A Paris, la communauté internationale au chevet des élections en Libye

Jérôme RIVET et Valérie LEROUX
<p>Mohamed al-Manfi (d) et Abdelhamid Dbeibah à Tripoli le 16 mars 2021</p>

Les dirigeants ou responsables d'une trentaine de pays, dont la vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, se sont retrouvés vendredi à Paris à l'invitation du président Emmanuel Macron, pour tenter de consolider le chemin vers les élections en Libye et tourner la page d'une décennie d'instabilité dans ce pays.

La réunion s'est ouverte vers 15H00 (14H00 GMT) à la Maison de la Chimie, au coeur de la capitale française, autour des chefs d'Etat et de gouvernement des quatre pays organisateurs: Emmmauel Macron, l'Allemande Angela Merkel, l'Italien Mario Draghi et les Libyens Mohamed Al-Manfi, président du Conseil présidentiel, et Abdelhamid Dbeibah, Premier ministre. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres devait intervenir en visioconférence.

Les pays présents sont impliqués au côté des belligérants - l'Egypte, les Emirats arabes unis ou la Russie auprès de l'homme fort de l'Est libyen, la Turquie auprès du camp de Tripoli - ou dans le règlement de la crise, à l'image de l'Allemagne.

La Russie est représentée par son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov. La Turquie n'a délégué qu'un vice-ministre des Affaires étrangères, Sedat Önal.

Les voisins de la Libye ont aussi été conviés, dont le président nigérien Mohamed Bazoum et le président du Conseil militaire de transition du Tchad Mahamat Idriss Déby Itno.

Malgré la crise diplomatique avec Paris sur le mémoire de la colonisation, Alger a envoyé son ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamarma.

"L'objectif de cette conférence est d'apporter un soutien international à la poursuite de la transition politique engagée et à la tenue des élections selon le calendrier prévu", a expliqué l'Elysée.

Or la présidentielle du 24 décembre et les législatives qui doivent se tenir un mois plus tard restent très incertaines sur fond de regain de tensions entre camps rivaux.

<p>Mouammar Kadhafi devant sa tente dans le jardin de sa résidence de Bab al-Aziziya à Tripoli le 10 avril 2011</p>

"Sans ces élections, il n'y aura pas de gouvernement en état de marche l'an prochain en Libye", avertit un haut responsable américain, en agitant tout comme Paris la menace de sanctions contre ceux qui veulent "gâcher" le processus.

- Départ des mercenaires -

Ces scrutins, aboutissement d'un processus politique laborieux parrainé par l'ONU, sont censés tourner la page d'une décennie de chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et mettre fin aux divisions et aux luttes fratricides entre deux camps rivaux, l'un dans l'ouest du pays et l'autre dans l'est.

Les chances de succès de la conférence de Paris sont jugées très incertaines par les experts après les conférences de Berlin 1 et 2.

"L'absence des présidents algérien Tebboune, turc Erdogan et russe Poutine et l’impasse actuelle en Libye" risquent "d'entacher cette séquence libyenne", relève Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève (Suisse).

<p>Le contrôle des territoires en Libye</p>

Emmanuel Macron, qui a déjà organisé deux conférences sur la Libye en 2017 et 2018, s'est vu aussi reprocher d'avoir favorisé l'homme fort de l'Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, au détriment du camp de l'Ouest même si Paris affiche désormais une plus grande neutralité.

La question des sanctions contre ceux qui ne joueraient pas le jeu électoral et les personnes visées seront notamment suivies de près.

"Les individus ou entités, dans et à l'extérieur de la Libye, qui essaieraient de faire obstruction, miner, manipuler ou falsifier le processus électoral (..) pourraient être désignés par le comité des sanctions des Nations-Unies", selon un projet de la déclaration finale consulté par l'AFP.

L'exécutif français, qui souhaite voir endossé lors de la conférence "le plan libyen de départ des forces et mercenaires étrangers", concède qu'en la matière, la partie reste "difficile". Plusieurs milliers de mercenaires russes - du groupe privé Wagner -, syriens pro-turcs, tchadiens et soudanais sont encore présents en Libye, selon l'Elysée.

<p>L'homme fort de l'Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar à Athènes le 17 janvier 2020</p>

300 d'entre eux, actifs dans des zones contrôlées par le camp de Khalifa Haftar, vont être rapatriés "à la demande de la France", a annoncé jeudi l'entourage du maréchal.

Mais la Turquie se montre peu pressée d'engager un retrait de ses forces. Le Kremlin dément, lui, tout envoi de militaires ou mercenaires en Libye ainsi que tout lien avec le groupe Wagner.

Le dépôt de candidatures pour l'élection du chef d'Etat --premier scrutin au suffrage universel en Libye-- s'est ouvert lundi. Les spéculations vont bon train sur les intentions de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien "Guide", et du maréchal Khalifa Haftar.

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