A Paris, la communauté internationale cherche une sortie de crise en Libye

Jérôme RIVET et Valérie LEROUX
<p>Mohamed al-Manfi (d) et Abdelhamid Dbeibah à Tripoli le 16 mars 2021</p>

Dix ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la communauté internationale se réunit vendredi à Paris pour tenter d'aider la Libye à retrouver la stabilité avec, comme première étape, la bonne tenue des élections prévues le 24 décembre.

Autour du président français Emmanuel Macron, hôte de la conférence, seront rassemblés une trentaine de dirigeants à 15H00 (14H00 GMT), dont ceux des pays co-organisateurs: l'Allemande Angela Merkel, l'Italien Mario Draghi et les Libyens Mohamed Al-Manfi, président du Conseil présidentiel, et Abdelhamid Dbeibah, Premier ministre. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres interviendra en visioconférence.

Des responsables de la plupart des pays impliqués dans la crise libyenne ou dans son règlement, dont la vice-présidente américaine Kamala Harris, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov seront également présents.

Les voisins de la Libye ont aussi été conviés, dont le président nigérien Mohamed Bazoum et le président du Conseil militaire de transition du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno.

"L'objectif de cette conférence est d'apporter un soutien international à la poursuite de la transition politique engagée et à la tenue des élections selon le calendrier prévu", a expliqué l'Elysée.

Or la présidentielle du 24 décembre et les législatives qui doivent se tenir un mois plus tard restent très incertaines sur fond de regain de tensions entre camps rivaux.

"Des +spoilers+ (ceux qui veulent gâcher la dynamique, NDLR) sont en embuscade, ils essaient de faire dérailler le processus", souligne la présidence française.

L'objectif est donc de "rendre le processus électoral incontestable et irréversible" et faire en sorte que le résultat des élections soit ensuite "respecté", selon l'Elysée.

"Sans ces élections, il n'y aura pas de gouvernement en état de marche l'an prochain en Libye", avertit un haut responsable américain, en agitant tout comme Paris la menace de sanctions contre ceux qui veulent "gâcher" le processus.

<p>Mouammar Kadhafi devant sa tente dans le jardin de sa résidence de Bab al-Aziziya à Tripoli le 10 avril 2011</p>

Ces scrutins, aboutissement d'un processus politique laborieux parrainé par l'ONU, sont censés tourner la page d'une décennie de chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et mettre fin aux divisions et aux luttes fratricides entre deux camps rivaux, l'un dans l'ouest du pays et l'autre dans l'est.

- Départ des mercenaires -

Les chances de succès de la conférence de Paris sont jugées très incertaines par les experts après les conférences de Berlin 1 et 2.

"L'absence des présidents algérien Tebboune, turc Erdogan et russe Poutine et l’impasse actuelle en Libye" risquent "d'entacher cette séquence libyenne", relève Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève (Suisse).

<p>Le contrôle des territoires en Libye</p>

Emmanuel Macron, qui a déjà organisé deux conférences sur la Libye en 2017 et 2018, se voit aussi reprocher d'avoir trop favorisé l'homme fort de l'Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, également soutenu par l'Egypte et les Emirats arabes unis, au détriment du camp de l'Ouest même si Paris s'efforce d'afficher une plus grande neutralité.

"Si le comportement de la France, de l’ONU ou des Etats-Unis contribue à exacerber la polarisation qui manifestement est en train de s’accélérer en Libye, cela peut participer de cette course vers une aggravation de la crise", prévient Jalal Harchaoui, spécialiste de la Libye à la Global Initiative. "L'horizon temporel est extrêmement resserré, chaque journée compte", selon lui.

Malgré la crise diplomatique avec Paris sur le mémoire de la colonisation, Alger a annoncé la présence du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamarma.

L'exécutif français, qui souhaite voir endossé lors de la conférence "le plan libyen de départ des forces et mercenaires étrangers", concède qu'en la matière, la partie reste "difficile".

Plusieurs milliers de mercenaires russes - du groupe privé Wagner -, syriens pro-turcs, tchadiens et soudanais sont encore présents en Libye, selon l'Elysée.

<p>Khalifa Haftar à Athènes le 17 janvier 2020</p>

Trois cents d'entre eux actifs dans des zones contrôlées par le camp de Khalifa Haftar vont être rapatriés "à la demande de la France", a annoncé jeudi soir l'entourage du maréchal.

Mais la Turquie, qui sera représentée par Sedat Önal, vice-ministre des Affaires étrangères, se montre peu pressée d'engager un retrait de ses forces. Le Kremlin dément, lui, tout envoi de militaires ou mercenaires en Libye ainsi que tout lien avec le groupe Wagner.

Le dépôt de candidatures pour l'élection du chef d'Etat --premier scrutin au suffrage universel en Libye-- s'est ouvert lundi. Les spéculations vont bon train sur les intentions de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien "Guide", et du maréchal Khalifa Haftar.

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