Mort d'Emiliano Sala: l'organisateur du vol condamné à 18 mois de prison

Geoff CADDICK
<p>David Henderson à la sortie du tribunal de Cardiff le 12 novembre 2021 après sa condamnation à 18 mois de prison pour son rôle dans l'accident d'avion fatal au footballeur argentin Emiliano Sala</p>

L'intermédiaire qui a organisé le vol dont le crash a coûté la vie au footballeur argentin Emiliano Sala en 2019 a été condamné vendredi à 18 mois de prison pour avoir engagé un pilote qu'il savait non qualifié.

Le 28 octobre, après deux semaines d'audience et sept heures de délibéré, le jury populaire d'un tribunal de Cardiff avait déclaré David Henderson, 67 ans, coupable d'imprudence ou négligence susceptible d'avoir mis en danger un appareil.

Il avait, par ailleurs, plaidé coupable de transport d'un passager sans autorisation valide. Il avait été depuis laissé en liberté.

Sa défense a indiqué envisager un appel.

Le petit avion privé à bord duquel se trouvait le joueur de 28 ans et le pilote David Ibbotson s'était abîmé dans la Manche le 21 janvier 2019. L'attaquant du FC Nantes rejoignait le club de Cardiff City, où il venait d'être transféré pour 17 millions d'euros.

<p>L'Argentin Emiliano Sala au cours d'un match de championnat de France contre Nancy, le 10 janvier 2017 à Nantes</p>

Le corps du joueur, dont la disparition avait ému le monde du football, avait été retrouvé dans la carcasse de l'appareil, plus de deux semaines après l'accident, à 67 mètres de profondeur. Le corps du pilote, âgé de 59 ans, n'a pas été retrouvé.

Selon l'accusation, le prévenu devait initialement piloter l'appareil mais, en vacances à Paris avec sa femme, il avait confié le transport à David Ibbotson. Ce dernier n'avait pas de licence de pilote commercial, sa qualification pour ce type d'appareil avait expiré et il n'était pas compétent pour voler de nuit.

Produisant des SMS à l'audience, le procureur Martin Goudie avait accusé l'intermédiaire d'avoir agi "dans son intérêt financier" et de savoir pertinemment que le pilote n'était pas qualifié: "Il a ignoré certaines exigences (de sécurité) lorsque cela l'arrangeait, lui et ses intérêts commerciaux".

- "Paperasse" -

<p>Une photo diffusée par les enquêteurs britanniques, le 25 février 2019, montre le Piper Malibu sur le tarmac de l'aéroport de Nantes, en France, avant l'accident</p>

La propriétaire du Piper Malibu, Fay Keely, avait par ailleurs indiqué lors de son témoignage avoir demandé explicitement par écrit au prévenu de ne plus recourir aux services de David Ibbotson, après plusieurs infractions signalées.

La défense de David Henderson avait cependant réfuté toute "imprudence", affirmant que les manquements aux règlements reprochés à son client relevaient "purement d'une question de paperasse" et qu'ils n'avaient pas conduit à mettre réellement le vol en danger.

Elle avait assuré que la seule différence entre une licence commerciale et privée relevait de la possibilité de faire payer les passagers, sans que cela ne dise rien des capacités du pilote, qui comptait plus de 3.500 heures de vol à son actif.

<p>Des fleurs déposées devant le 8 février 2019 stade de la Beaujoire à Nantes en hommage à l'ancien attaquant du club Emiliano Sala mort dans un accident d'avion</p>

Indiquant envisager un appel, l'avocat de M. Henderson, Andrew Shanahan, a relevé que les autorités de l'aviation civile "avaient toujours accepté" le fait que l'organisation du vol en elle-même n'avait pas causé le crash et que l'appareil était correctement entretenu, leur rapport "suggérant" un dysfonctionnement de l'avion.

Dans son rapport définitif publié en mars 2020, le bureau d'enquête britannique sur les accidents aériens avait estimé que le pilote a "probablement" été intoxiqué au monoxyde de carbone par le système d'échappement du moteur.

Il avait conclu que le pilote avait perdu le contrôle de l'appareil lors d'une manœuvre effectuée à une vitesse trop élevée, "probablement" destinée à éviter le mauvais temps. L'avion était lancé à une vitesse de 270 miles par heure (435 km/h) au moment de l'impact avec l'eau, ne laissant aucun espoir de survie.

"Les vols commerciaux illégaux comportent un important risque pour la sécurité et c'est ce que reflète la décision du tribunal", a réagi vendredi la Civil Aviation Authority.

<p>Les funérailles d'Emiliano Sala à Progreso, en Argentine, le 16 février 2019</p>

La dépouille d'Emiliano Sala avait été rapatriée en février 2019 en Argentine. Parents, amis, émissaires de Nantes, Bordeaux et Cardiff, habitants: ils étaient des centaines à être venus s'incliner, pleurer, poser une main sur le cercueil du footballeur à Progreso, le village argentin de 3.000 habitants qui l'avait vu grandir.

En France, les hommages s'étaient aussi multipliés après l'annonce de la disparition du footballeur.

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