La COP en prolongations difficiles, sans avancée sur l'aide aux pays pauvres

Stéphane ORJOLLET
<p>Des manifestants autour d'une banderole appelant à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°, en marge de la COP26, à Glagow, en Ecosse</p>

La présidence britannique a publié samedi matin un projet de déclaration finale pour la COP26 sans avancée sur l'épineuse question de l'aide financière aux pays pauvres, mais qui préserve l'appel à accélérer les réductions d'émissions et la sortie des énergies fossiles responsables du réchauffement climatique.

Après un sommet accueillant plus de 120 chefs d'Etat, des annonces en tout genre sur les forêts ou le méthane et deux semaines de négociations serrées sur de nombreux sujets explosifs, la présidence espère boucler samedi les difficiles négociations, avec un jour de retard sur le calendrier prévu.

Et réussir ainsi à "garder vivant" l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, celui de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Alors que le monde se trouve toujours, selon l'ONU, sur la trajectoire "catastrophique" d'un réchauffement de +2,7°C, le nouveau texte préserve les avancées en matière de réductions d'émissions et sur les énergies fossiles, principales sources de gaz à effet de serre.

Mais il n'apporte pas de progrès sur le dossier au coeur des tensions de ces derniers jours de négociations, l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres --les moins responsables du changement climatique mais en première ligne face à ses impacts.

- Circonstances nationales -

Les négociateurs doivent se retrouver à la mi-journée pour une séance plénière qui s'annonce houleuse. La présidence britannique devrait à la fin de cette séance présenter son calendrier pour la suite et assurait toujours vendredi soir espérer boucler la conférence samedi.

Sur les émissions, le nouveau texte reprend sans changement l'appel aux Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022.

Mais avec la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières", point rajouté vendredi lors des négociations et qui avait provoqué des critiques des ONG sur la réelle ambition des pays à limiter la hausse des températures.

La mention inédite des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète et qui ne sont même pas citées dans l'accord de Paris, est préservée dans cette troisième version du projet de déclaration.

Mais elle est à nouveau un peu moins impérieuse que la précédente, puisqu'elle appelle cette fois les pays membres à "accélérer les efforts vers la sortie de l'énergie au charbon sans systèmes de capture (de CO2) et des subventions inefficaces aux énergies fossiles".

Les termes "les efforts vers" ne figuraient pas dans la précédente version qui avait déjà atténué la formulation par rapport à la première, laquelle n'évoquait pas les "systèmes de capture", technologie encore peu rodée, et ne précisait pas "inefficaces" concernant les financements des énergies fossiles.

- Positions figées -

Les positions sont en revanche restées figées sur l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions et à se préparer à affronter les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique.

Les pays en développement avaient notamment mis sur la table une proposition pour créer un mécanisme spécifique de prise en compte des "pertes et préjudices", c'est-à-dire les dommages déjà causés par les impacts ravageurs des tempêtes, sécheresses et canicules qui se multiplient.

Mais selon plusieurs observateurs et sources proches des négociations, les pays riches, et notamment les Etats-Unis, ont fait barrage à cette proposition.

Les Etats-Unis craindraient notamment les conséquences juridiques potentielles, alors que l'Union européenne rechigne à l'idée d'un mécanisme spécifique, mais serait en revanche ouverte à l'idée d'un calendrier.

Le représentant guinéen Amadou Sebory Touré, chef du groupe de négociation G77+Chine (plus de 100 pays en développement et émergents), avait encore insisté vendredi pour qu'un tel mécanisme figure dans le texte, rappelant que la proposition émanait "de la totalité du monde en développement", grands pays émergents compris.

"Les pays les plus pauvres risquent d'être perdus de vue, les prochaines heures doivent faire changer ce cap. Ce qui est sur la table n'est toujours pas assez", a commenté l'ONG Oxfam, alors que Greenpeace appelait "les pays développés, en particulier les Etats-Unis à faire plus sur les financements" et à "tenir bon" sur les énergies fossiles, dont la mention hérisse les pays producteurs.

<p>Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'un discours à la COP26, le 10 novembre 2021 à Glasgow</p>

Les discussions sont compliquées par la méfiance des pays pauvres, puisque les pays riches n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2009 de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards par an.

Les pays pauvres accusent aussi les pays développés de vouloir leur imposer de faire plus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors qu'ils ne sont pas responsables du changement climatique.

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