La COP26 en prolongations difficiles, sans avancée sur l'aide aux pays pauvres

Stéphane ORJOLLET et Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS
<p>Des manifestants autour d'une banderole appelant à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°, en marge de la COP26, à Glagow, en Ecosse</p>

La COP26 était samedi dans un final à suspense, les questions de l'aide aux pays pauvres et de la sortie des énergies fossiles menaçant de faire dérailler la conclusion d'un accord destiné à freiner le réchauffement de la planète.

Un nouveau projet de déclaration finale de la conférence mondiale sur le climat publié par la présidence britannique n'a pas débouché sur les avancées espérées et une nouvelle séance plénière à la mi-journée s'annonçait houleuse.

Après un sommet accueillant plus de 120 chefs d'Etat, des annonces en tout genre sur les forêts ou le méthane et deux semaines de négociations menées jour et nuit, Londres espérait toujours conclure samedi la COP26 en "gardant en vie" l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Alors que le monde se trouve toujours, selon l'ONU, sur la trajectoire "catastrophique" d'un réchauffement de +2,7°C, le nouveau texte préserve les avancées en matière de réductions d'émissions et sur les énergies fossiles, principales sources de gaz à effet de serre.

- "Forum de bavardages" -

Mais il n'apporte pas de progrès sur le dossier au cœur des tensions de ces derniers jours de négociations, l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres --les moins responsables du changement climatique mais en première ligne face à ses impacts.

Les pays en développement avaient notamment demandé un mécanisme spécifique de prise en compte des "pertes et préjudices", c'est-à-dire les dommages déjà causés par les impacts ravageurs des tempêtes, sécheresses et canicules qui se multiplient.

Mais pour Mohamed Adow de l'ONG Power Shift Africa, "le texte a été affaibli" par rapport à une précédente version publiée jeudi, expurgée d'une référence déjà considérée minimale à un système d'appui "technique". "Les pays riches poussent vers un système qui aboutirait à un forum de bavardages incessants" avec la passivité de la présidence britannique, a-t-il dénoncé.

Selon plusieurs observateurs et sources proches des négociations, les pays riches, et notamment les Etats-Unis, qui craignent de possibles conséquences juridiques, ont fait barrage à cette proposition. L'Union européenne de son côté rechigne à l'idée d'un mécanisme spécifique, mais serait en revanche ouverte à l'idée d'un calendrier.

Le représentant guinéen Amadou Sebory Touré, chef du groupe de négociation G77+Chine (plus de 100 pays en développement et émergents), avait encore insisté vendredi pour qu'un tel mécanisme figure dans le texte, rappelant que la proposition émanait "de la totalité du monde en développement", grands pays émergents compris.

Autre point très controversé, la mention inédite dans un texte à ce niveau des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète et qui ne sont même pas citées dans l'accord de Paris, est préservée dans cette troisième version du projet de déclaration, au grand dam des pays producteurs.

- Aménagements -

Mais de version en version la portée du texte a été amoindrie. Il appelle désormais les pays membres à "accélérer les efforts vers la sortie de l'énergie au charbon sans systèmes de capture (de CO2) et des subventions inefficaces aux énergies fossiles".

La précédente déclaration ne comportait notamment pas les termes "efforts" et "inefficacité".

"Il va falloir se battre comme des dingues pour conserver ça dans le texte alors qu’une poignée de pays essayent de l'en enlever", a commenté la directrice de Greenpeace international, Jennifer Morgan.

<p>Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'un discours à la COP26, le 10 novembre 2021 à Glasgow</p>

Les discussions sont compliquées par la méfiance des pays pauvres, puisque les pays riches n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2009 de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards par an.

Les pays pauvres accusent aussi les pays développés de vouloir leur imposer de faire plus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors qu'ils ne sont pas responsables du changement climatique.

Sur les émissions de gaz à effet de serre, le nouveau texte reprend sans changement l'appel aux Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022.

Mais avec la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières", point rajouté vendredi lors des négociations et qui avait provoqué des critiques des ONG sur la réelle ambition des pays à limiter la hausse des températures.

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