Philippines: la fille aînée de Duterte candidate à la vice-présidence

Cecil MORELLA, Allison JACKSON
<p>Sara Duterte, candidate à la vice-présidence et fille du président philippin Rodrigo Duterte, le 9 novembre 2021 à Davao</p>

La fille du président philippin Rodrigo Duterte, Sara Duterte, a annoncé samedi sa candidature à la vice-présidence du pays aux élections de mai 2022 et a reçu le soutien immédiat de Ferdinand "Bongbong" Marcos Junior, fils et homonyme de l'ancien dictateur, qui devient quant à lui le favori pour la présidence.

Mme Duterte met ainsi fin à d'intenses spéculations selon lesquelles elle allait tenter de succéder à la tête de l'Etat à son père, qui ne peut se représenter.

Ces conjectures avaient été alimentées par le retrait surprise, il y a quelques jours, de sa candidature à un nouveau mandat à la mairie de Davao (sud), et par son ralliement tout aussi soudain au Lakas-Christian Muslim Democrats, le parti politique national de son alliée et ancienne présidente Gloria Arroyo.

La candidature de Mme Duterte a reçu, dès son annonce, le soutien de Ferdinand "Bongbong" Marcos Junior, qui brigue quant à lui la présidence et voit ses chances de succès renforcées.

<p>Sara Duterte et son père, le président philippin Rodrigo Duterte, lors d'un sommet en 2018 à Boao, en Chine</p>

Sara Duterte, 43 ans, était jusqu'à présent en tête dans les enquêtes d'opinion sur les préférences des électeurs pour la présidentielle de mai 2022, tandis que "Bongbong" Marcos était donné en deuxième position.

Aux Philippines, le président et le vice-président sont élus séparément.

La plupart des observateurs pariaient sur un accord entre Mme Duterte et M. Marcos pour que la première postule à la présidence et le second à la vice-présidence -un poste sans grand pouvoir- mais c'est finalement l'inverse qui s'est produit.

- Marcos, le candidat à battre -

"Le fait que Duterte brigue la vice-présidence consolide plus ou moins Bongbong Marcos dans la position de concurrent numéro un, de candidat à battre lors de ces élections", a commenté l'analyste politique Richard Heydarian, interrogé par l'AFP.

Selon lui, les cotes de popularité de Sara Duterte et de son père se sont dégradées ces derniers mois, et le vent a tourné en faveur de M. Marcos.

<p>Ferdinand "Bongbong" Marcos Junior lors de l'annonce de sa candidature à la présidentielle aux Philippines, le 6 octobre 2021</p>

Le clan Marcos exerce essentiellement son influence dans le nord et le sud du pays, tandis que la famille Duterte jouit d'un fort soutien populaire dans le sud.

Si Sara Duterte emporte la vice-présidence, cela maintiendra "une Duterte proche du sommet et en bonne position pour l'élection de 2028", a estimé Mark Thompson, directeur du Southeast Asia Research Centre à la City University de Hong Kong.

Ferdinand "Bongbong" Marcos Junior, 64 ans, est le fils du dictateur Ferdinand Marcos, chassé du pouvoir par une insurrection populaire en 1986 après plus de vingt ans de règne sans partage sur les Philippines.

Il avait été l'un des premiers membres du clan Marcos à rentrer d'exil, au début des années 1990, et avait entamé une carrière politique aux Philippines comme député puis comme sénateur.

Sa candidature se heurte toutefois à quelques obstacles. Ses détracteurs ont notamment demandé à la Commission électorale d'invalider sa candidature en raison de plusieurs condamnations pour fraude fiscale dans les années 1990.

Parmi les autres candidats déjà déclarés à la présidentielle figurent le boxeur superstar Manny Pacquiao, le maire de Manille et acteur célèbre Francisco Domagoso et l'actuelle vice-présidente Leni Robredo. La date butoir pour les candidatures est le 15 novembre.

Le président sortant Rodrigo Duterte s'est rendu tristement célèbre pour sa guerre contre la drogue qui a fait des milliers de morts, et qui est actuellement l'objet d'une enquête de la Cour pénale internationale. La constitution interdit à M. Duterte de briguer un nouveau mandat de six ans.

Les efforts de Mme Duterte pour briguer un poste élevé au niveau national sont parfois perçus comme une volonté de protéger son père contre les poursuites judiciaires dont il pourrait faire l'objet, aux Philippines comme à l'étranger.

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