En Bulgarie, un nouveau duo anti-corruption donné en tête des législatives

Anne BEADE, avec Vessela SERGUEVA
<p>Premier tour des élections présidentielle et législatives dans un bureau de vote à Sofia le 14 novembre 2021</p>

Une nouvelle formation anti-corruption menée par deux entrepreneurs quadragénaires a remporté dimanche en Bulgarie les troisièmes législatives de l'année, en pleine vague meurtrière du Covid-19, selon des instituts de sondage.

Avec un score surprise de 26% des suffrages, selon les nouveaux décomptes des instituts de sondage, "Continuons le changement" dépasse le parti conservateur Gerb de l'ex-Premier ministre Boïko Borissov (23%), initialement donné premier. Les résultats partiels officiels ne seront publiés que lundi.

Le champ serait donc libre pour Kiril Petkov et Assen Vassilev, qui se sont lancés en septembre à la conquête du pouvoir après avoir séduit les Bulgares par leur action au sein du gouvernement intérimaire.

"La Bulgarie prend un nouveau chemin", s'est félicité M. Petkov, apparu tout sourire devant une nuée de photographes et caméras. "Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la doter d'un gouvernement normal".

Après l'échec des deux précédents scrutins, en avril puis juillet 2021, faute d'accord de coalition entre les partis, ce duo réussira-t-il dans une mission de son propre aveu "difficile"  ?

- Cancre de la vaccination -

Dans les bureaux de vote, les électeurs étaient partagés entre lassitude et optimisme modéré.

"J'espère que nous aurons enfin un nouveau gouvernement pour une meilleure vie", confiait Stanka Lenkova, une retraitée de 73 ans venue voter dans la banlieue de Sofia.

De nombreux Bulgares ne se sont même pas déplacés: le taux de participation était estimé à quelque 40%.

À l'unisson, les différents responsables politiques ont dit leur détermination à sortir de l'impasse inédite depuis la fin du régime communiste.

Parmi les sujets urgents à traiter, la gestion de la crise sanitaire. Car le cabinet intérimaire apparaît impuissant face à la dégradation de la situation.

Les hôpitaux sont débordés par les cas de coronavirus et près de 200 personnes succombent chaque jour, dans ce pays des Balkans où moins d'un quart des 6,9 millions d'habitants est complètement vacciné, pire performance de l'UE.

<p>Sous le drap, le corps d'un patient décédé du coronavirus dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lozenets de Sofia le 9 novembre 2021</p>

Le taux de mortalité y est un des plus élevés au monde, sur fond de vétusté du système de santé. Trois patients sont décédés ce week-end dans l'incendie d'un établissement hospitalier.

– "Jeter des ponts" –

Un "chaos" dénoncé par M. Borissov, déchu en avril après une décennie de pouvoir, et qui pourrait se poursuivre.

Les deux nouveaux venus "sont très enthousiastes" mais ont peu d'expérience, prévient Boriana Dimitrova, directrice de l'institut de sondages Alpha Research. Elle pronostique une coalition "instable" du fait des divergences d'idées.

<p>Assen Vassilev, l'ancien ministre bulgare des Finances par intérim à Sofia le 10 novembre 2021</p>

M. Petkov et son acolyte Assen Vassilev, rencontré sur les bancs d'Harvard, détonnent dans le paysage politique bulgare.

Leur objectif : "éradiquer la corruption", dans ce pays dernier du classement au sein de l'UE.

Les deux hommes se disent prêts au "compromis" et "très ouverts au dialogue" pour mettre sur pied une coalition.

"Gauche, centre ou droite, peu importe", assure Kiril Petkov, qui brigue le poste de Premier ministre. "Si nous pouvons stopper" la corruption "et redistribuer l'argent pour le bien-être des contribuables, alors nous devrions pouvoir nous entendre avec de nombreux partis".

"Ils sont en mesure de jeter des ponts entre la droite et la gauche", confirme Ivailo Ditchev, de l'université de Sofia.

- 'Rompre avec la corruption' -

Mais les voix "du changement" ne suffiront pas. Selon les experts, il leur faudra sans doute s'allier avec les socialistes du PSB (environ 11% des voix), dont l'image est entachée par un passage au pouvoir désastreux dans les années 1990.

Parallèlement aux législatives, les Bulgares élisaient aussi dimanche leur président.

<p>Le président bulgare Rumen Radev lors d'un rassemblement électoral, à Haskovo, le 8 novembre 2021</p>

Roumen Radev, candidat à sa succession, fait la course en tête à l'issue du premier tour avec plus de 49% des suffrages, contre 24% pour son plus proche concurrent, le recteur de l'université de Sofia Anastas Gerdjikov, appuyé par Gerb.

M. Radev, ennemi juré de Boïko Borissov, a salué les résultats des élections, signe que "la société veut rompre avec la corruption et l'arbitraire".

Les partis parlementaires ont désormais "la tâche impérative de former un gouvernement réformateur, anti-corruption et social", a-t-il exhorté.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.