Troisième scrutin de l'année dans une Bulgarie laminée par le Covid

Anne BEADE, avec Vessela SERGUEVA
<p>Des affiches électorales d'Anastas Gerdzhikov, candidat à la présidentielle du parti de centre-droit GERB, à Haskovo au sud-est de Sofia, le 8 novembre 2021</p>

Les Bulgares votent dimanche pour les troisièmes législatives de l'année, partagés entre lassitude et mince espérance d'un avenir meilleur.

Les élections se déroulent en pleine quatrième vague de Covid-19, dans le pays le moins vacciné de l'UE.

"J'espère que nous aurons enfin un nouveau gouvernement pour une meilleure vie", confie Stanka Lenkova, une retraitée de 73 ans, dans un bureau de la banlieue de Sofia. Mais d'autres, avant de glisser leur bulletin dans l'urne, craignaient "que ce soit en vain".

Après l'échec des deux précédents scrutins, en avril puis juillet 2021, faute d'accord de coalition entre les partis, cette fois sera-t-elle la bonne ?

À l'unisson, les différents responsables politiques ont dit leur détermination à sortir de l'impasse.

<p>Kiril Petkov, ancien ministre bulgare de l'Économie par intérim à Sofia le 10 novembre 2021</p>

"La Bulgarie a besoin d'un gouvernement qui fonctionne normalement", a plaidé Kiril Petkov, l'une des stars du scrutin, après avoir voté dans la capitale, entouré d'une nuée de photographes et caméras.

– "Sentiment de chaos" –

Parmi les sujets urgents à traiter, la gestion de la crise sanitaire. Car le cabinet intérimaire apparaît impuissant face à la dégradation de la situation.

<p>Sous le drap, le corps d'un patient décédé du coronavirus dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lozenets de Sofia le 9 novembre 2021</p>

Les hôpitaux sont débordés par les cas de coronavirus et près de 200 personnes succombent chaque jour, dans ce pays des Balkans où moins d'un quart des 6,9 millions d'habitants est complètement vacciné.

Le taux de mortalité y est un des plus élevés au monde, sur fond de vétusté du système de santé. Trois patients sont décédés dans la nuit de samedi à dimanche dans l'incendie d'un établissement hospitalier.

"Dans la société, il y a le sentiment d'une situation chaotique", souligne Antony Todorov, professeur à la Nouvelle Université bulgare.

Le parti conservateur Gerb de Boïko Borissov "en joue d'ailleurs très bien", placardant dans la ville des affiches électorales "Contre le désordre".

Crédité de la première place dans les sondages (avec 24% des voix), l'ex-Premier ministre, accusé de corruption par ses détracteurs, est désormais jugé "infréquentable". Et de l'avis du politologue, il est peu probable que sa formation parvienne à revenir au pouvoir.

– Soif de changement –

Il y a une soif "d'alternance", assure Boriana Dimitrova, directrice de l'institut de sondages Alpha Research.

<p>Assen Vassilev, l'ancien ministre bulgare des Finances par intérim à Sofia le 10 novembre 2021</p>

Au sein d'un Parlement qui s'annonce de nouveau "fragmenté", alors que pas moins de 27 partis se présentent, les enquêtes d'opinion placent en bonne position deux "nouveaux visages".

M. Petkov et son acolyte Assen Vassilev, rencontré sur les bancs d'Harvard, détonnent dans le paysage politique bulgare.

Ces entrepreneurs quadragénaires, ex-ministres du cabinet intérimaire, ont bousculé la course en lançant en septembre un mouvement centriste, "Continuons le changement". Leur objectif : "éradiquer la corruption", dans ce pays dernier du classement au sein de l'UE.

Les estimations les placent au coude-à-coude avec les socialistes, avec 16% des suffrages.

Les deux hommes se sont dits prêts au "compromis" pour mettre fin à cette crise politique inédite depuis la fin du régime communiste.

"Ils sont très enthousiastes" mais ont peu d'expérience, prévient Mme Dimitrova, qui pronostique une coalition "instable" du fait des divergences d'idées.

"Gauche, centre ou droite, peu importe", rétorque Kiril Petkov. "Si nous pouvons stopper" la corruption "et redistribuer l'argent pour le bien-être des contribuables, alors nous devrions pouvoir nous entendre avec de nombreux partis".

Parallèlement aux législatives, les Bulgares élisent aussi dimanche leur président.

<p>Le président bulgare Rumen Radev lors d'un rassemblement électoral, à Haskovo, le 8 novembre 2021</p>

Roumen Radev, candidat à sa succession, fait figure de favori parmi les 23 candidats même s'il lui faudra sans doute attendre le second tour prévu le 21 novembre pour s'imposer face au recteur de l'université de Sofia Anastas Gerdjikov, appuyé par Gerb.

M. Radev, ancien pilote de chasse et chef des forces armées, a rappelé "l'énorme enjeu" de ces élections pour "poursuivre l'assainissement" du pays, entamé depuis la chute en avril de Boïko Borissov, son ennemi juré.

Les bureaux fermeront à 20H00 (18H00 GMT), quand des estimations de sortie des urnes seront dévoilées.

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