A la frontière du Belarus et de la Pologne, un jeune migrant enterré

Damien SIMONART with Anna Maria JAKUBEK in Warsaw
<p>L'enterrement d'un jeune migrant mort noyé en octobre en essayant de traverser la frontière Pologne-Bélarus, le 15 novembre 2021</p>

Ahmad Al Hasan, 19 ans, est mort noyé le mois dernier en tentant de traverser la rivière qui devait lui permettre de gagner l'Union européenne. Lundi, le jeune migrant syrien a été enterré dans un cimetière de la minuscule communauté musulmane de Pologne.

Après une prière dans la mosquée en bois du village de Bohoniki (est), une poignée de témoins ont assisté à son enterrement - le premier en Pologne depuis le début de la crise migratoire à la frontière avec le Belarus, cet été.

La famille d'Ahmad Al Hasan a pu y participer, à distance, grâce à la retransmission téléphonique d'un médecin syrien qui vit dans la région depuis des années.

L'adolescent "avait l'espoir de continuer les études qu'il a commencées dans un centre pour réfugiés en Jordanie", détaille Kasim Shady, s'exprimant au nom de sa famille originaire de Homs, ville du centre de la Syrie dévastée par la guerre.

"Il cherchait la même chose que tout jeune homme avec des rêves mais il n'y est pas arrivé".

Le leader de la communauté musulmane locale, Maciej Szczesnowicz, assure pour sa part que Ahmad Al Hasan était "un être humain" à qui il était essentiel de "donner un enterrement digne de ce nom".

"C'est un musulman, un jeune. Nous devons aider", ajoute-t-il.

<p>Maciej Szczesnowicz, le leader de la communauté musulmane de Bohoniki (Pologne), montre le passeport d'un jeune Syrien mort en tentant de traverser la frontière, le 15 novembre 2021</p>

Selon Maciej Szczesnowicz, l'adolescent - un des 11 migrants décédés depuis le début de la crise - est mort alors qu'il tentait de traverser le Bug, la rivière limitrophe entre la Pologne et le Belarus.

Un de ses compagnons ayant survécu a affirmé aux autorités polonaises que les gardes-frontières bélarusses les avaient poussés dans la rivière, alors même qu'ils ne savaient pas nager.

Plusieurs milliers d'hommes, femmes et enfants, pour la plupart originaires du Moyen-Orient, sont massés à la frontière depuis plusieurs semaines par des températures de plus en plus glaciales.

- Pris en étau -

Ils sont pris en étau, les policiers bélarusses refusant qu'ils reviennent à Minsk pour retourner chez eux et la Pologne leur interdisant de franchir la frontière.

Les Européens accusent le Bélarus d'avoir organisé ces mouvements migratoires à partir du Moyen-Orient pour se venger de sanctions occidentales prises après la répression de l'opposition

<p>L'imam Aleksander Bazarewicz prie pour un jeune syrien mort en voulant traverser la frontière et enterré en Pologne, le 15 novembre 2021</p>

La Pologne a répondu en décrétant l'état d'urgence à la frontière, envoyant plusieurs milliers de soldats tout en érigeant à la hâte une clôture en fils barbelés.

La communauté musulmane menée par M. Szczesnowicz compte un peu plus de 300 personnes, des descendants de Tatars implantés dans le pays depuis au moins le XIVe siècle. Les souverains locaux les employaient alors pour leur réputation de redoutables cavaliers.

In 1679, le roi polonais Jean Sobieski, manquant d'argent pour payer ses troupes tatares, leur offrit des terres. Aujourd'hui, seuls 5.000 tatars de Pologne vivent dans le pays de 38 millions d'habitants à immense majorité catholique.

Depuis le début de la crise, la petite communauté de Bohoniki a aidé les migrants, collectant des vêtements ou de la nourriture et récoltant des fonds. Ils ont aussi donné un coup de main aux troupes envoyées dans la région, cuisinant chaque jour des soupes pour les soldats.

"Nous aidons les deux. Peu importe leur foi ou leur couleur de peau ou leur nationalité, nous aidons tout le monde", explique Maciej Szczesnowicz.

"S'ils sont sur le territoire polonais, nous devons aider".

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.