Birmanie: le journaliste américain Danny Fenster gracié et bientôt aux Etats-Unis

AFP
<p>Le journaliste américain Danny Fenster (g) pose avec l'ancien diplomate américain Bill Richardson le 15 novembre 2021 sur le tarmac de l'aéroport de Naypyidaw, en Birmanie</p>

Après avoir passé près de six mois dans une prison birmane, le journaliste américain Danny Fenster est attendu aux Etats-Unis: détenu notamment pour terrorisme, il a été gracié, libéré et expulsé lundi, à la veille d'un procès où il risquait la prison à vie.

M. Fenster a été gracié "pour des raisons humanitaires" après des négociations avec l'ancien diplomate américain Bill Richardson et deux émissaires japonais, a indiqué dans un communiqué le service de communication du régime.

Le bureau de M. Richardson avait auparavant évoqué "des négociations en tête-à-tête" avec le chef du la junte Min Aung Hlaing.

MM. Fenster et Richardson se rendront aux États-Unis, "via le Qatar, dans les prochaines 36 heures", a déclaré le Richardson Center.

Des images diffusées par les médias d'Etat birmans montrent Danny Fenster, très amaigri, en short et en tongs aux côtés de M. Richardson. Ce dernier a ensuite posté une photo du journaliste, âgé de 37 ans, devant un petit avion sur le tarmac de Naypyidaw, la capitale de la Birmanie.

<p>Photo non datée du journaliste américain Danny Fenster transmise par sa famille en juin 2021</p>

Danny Fenster, rédacteur en chef du magazine Frontier Myanmar, l'un des principaux organes de presse indépendants du pays, avait été arrêté en mai alors qu'il tentait de quitter la Birmanie. Il était détenu depuis à la tristement célèbre prison d'Insein près de Rangoun, aux côtés de nombreux prisonniers politiques.

La semaine dernière, il avait été condamné à 11 ans de prison pour incitation à la dissidence, association illégale et violation de la loi sur les visas.

Il devait comparaître mardi devant un tribunal pour terrorisme et sédition, et encourait pour ces deux nouveaux chefs d'accusation la prison à vie.

Aux Etats-Unis, sa famille s'est dite soulagée: "Nous sommes ravis que Danny ait été libéré et en train de rentrer", a-t-elle déclaré dans un communiqué, remerciant "tous ceux qui ont contribué à sa libération".

Le département d'Etat a également salué l'annonce, réitérant son "appel à la libération des autres prisonniers injustement détenus en Birmanie".

- "Il n'avait rien fait de mal" -

<p>Données sur le journaliste américain Danny Fenster, condamné à 11 ans de détention en Birmanie le 12 novembre puis libéré le 15 avant d'être expulsé</p>

"C'est une merveilleuse nouvelle pour tous ses amis et sa famille", a déclaré à l'AFP son collègue de Frontier Myanmar, Andrew Nachemson.

"Il n'aurait jamais dû passer six mois en prison (...) et tous les journalistes locaux qui restent emprisonnés devraient également être libérés immédiatement".

Bill Richardson s'était rendu en Birmanie au début du mois pour une "mission humanitaire privée". Il avait alors déclaré que le département d'État américain lui avait demandé de ne pas évoquer le cas de Fenster lors de sa visite.

"Il est fort probable qu'on ait tout de même poliment expliqué à la junte que garder des citoyens américains en otage était une très mauvaise idée", relève Richard Horsey du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Danny Fenster, qui a passé 176 jours derrière les barreaux, aurait contracté le Covid-19 pendant sa détention, d'après sa famille. Il a perdu de nombreux kilos, selon son avocat Than Zaw Aung.

La Birmanie a sombré dans le chaos depuis le putsch militaire du 1er février qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi et mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Le régime militaire poursuit une sanglante répression contre ses opposants avec plus de 1.200 civils tués et plus de 7.000 en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), une ONG locale qui rapporte des cas de tortures, de viols et d'exécutions extra-judiciaires.

La presse est muselée par la junte qui tente de renforcer son contrôle de l'information, limitant l'accès à l'internet et annulant les licences des médias.

Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporting ASEAN, une association de défense des droits. 31 d'entre eux sont toujours en détention.

Assignée à résidence, Aung San Suu Kyi, 76 ans, est jugée, depuis juin à huis clos, pour une multitude d'infractions qui peuvent la conduire en prison pour des décennies.

Fin octobre, Win Htein, un de ses proches collaborateurs âgé de 80 ans, a été condamné à 20 ans de détention pour trahison.

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