Le Bélarus assure vouloir rapatrier les migrants, l'UE prépare des sanctions

Antoine LAMBROSCHINI
<p>Des migrants rassemblés devant la frontière entre la Pologne et le Bélarus, côté bélarusse, près du poste-frontière polonais de Kuznica, le 15 novembre 2021</p>

Le Bélarus a affirmé lundi travailler pour faire rentrer "chez eux" les migrants campant à la frontière avec la Pologne, des assurances intervenant alors que l'UE veut sanctionner Minsk à cause de cette crise migratoire.

Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux enfants, souvent originaires du Kurdistan irakien, ont passé une nouvelle nuit dehors par des températures négatives, se réchauffant dans des tentes ou devant des feux de bois, selon des images diffusées par les médias d'Etat du Bélarus.

Ceux-ci ont également diffusé de nouvelles photos et vidéos d'une foule de candidats à l'émigration vers l'UE s'entassant à la frontière, séparés par des barbelés des forces de l'ordre polonaises casquées, masquées et déployées en nombre.

Les chefs de la diplomatie des pays de l'Union européenne sont eux réunis à Bruxelles pour adopter des mesures punitives, estimant que Minsk a orchestré la situation en réplique à une précédente vague de sanctions décidée après la répression de l'opposition dans ce pays.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a assuré ne pas vouloir d'un conflit à sa frontière et travailler au retour des migrants "chez eux".

<p>Des migrants se réchauffent autour d'un feu dans un camp à la frontière entre le Bélarus et la Pologne, dans la région de Grodno (Bélarus), le 14 novembre 2021</p>

"Nous sommes prêts (...) à les mettre tous dans des avions qui les ramènent à la maison", a-t-il dit, selon l'agence d'Etat Belta. "Un travail actif est en cours pour convaincre ces gens".

"Ces gens, il faut le dire, sont têtus", a-t-il ajouté. "Ils ne veulent pas rentrer. Il est clair qu'ils n'ont plus où rentrer, plus de domicile, et n'ont rien pour y nourrir leurs enfants".

- "Jamais fait ça" -

Les propos de l'imprévisible M. Loukachenko n'ont pas semblé convaincre les Européens.

<p>Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas s'exprime à Bruxelles le 15 novembre 2021</p>

"Je n'ai aucune raison de croire que ce qu'il dit est vrai", a indiqué le chef de la diplomatie lituanienne Gabrielius Landsbergis. L'Allemand Heiko Maas avait plus tôt assuré que l'UE allait "durcir" ses sanctions.

Les Européens accusent Minsk d'avoir organisé depuis l'été des mouvements migratoires depuis le Moyen-Orient vers les frontières polonaises et lituaniennes pour se venger de sanctions occidentales.

"Nous n'avons jamais fait ça et nous n'avons pas l'intention de le faire", a nié lundi M. Loukachenko, avant de mettre en garde l'UE: "Ils veulent faire peur avec des sanctions, ils pensent que je blague mais rien de tel, nous allons nous défendre", a-t-il dit, faisant écho à son ministre des Affaires étrangères qui avait prévenu que toute mesure punitive s'avèrera "contre-productive".

<p>Des migrants rassemblés à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, côté bélarusse, près du poste-frontière polonais de Kuznica, le 15 novembre 2021</p>

Le président bélarusse s'était précédemment dit prêt à couper le transit du gaz russe vers l'Europe via son pays, mais Moscou, suzerain de Minsk, avait rapidement minimisé la portée de la menace. Le président Vladimir Poutine avait cependant estimé que les Européens se devaient de renouer le dialogue avec les Bélarusses.

La Russie a également rejeté les accusations de Varsovie, qui considère Moscou comme le commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales croissantes.

<p>Carte situant les points de passage entre le Bélarus et la Pologne</p>

Lundi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a encore jugé "erroné" d'imputer toute la responsabilité de la crise à Minsk et regretté que l'UE "fasse abstraction des idéaux européens d'humanisme" en ne portant pas secours aux migrants bloqués dehors dans le froid.

Varsovie refuse de laisser passer ces milliers de personnes, alors que l'Union européenne a déjà été déstabilisée à partir de 2015 par un afflux de centaines de milliers de malheureux fuyant les guerres et la misère au Moyen-Orient ou en Afghanistan.

Si certains groupes ont franchi les barbelés ces derniers jours, ils ont souvent été repris et renvoyés au Bélarus.

<p>Des migrants encadrés par des soldats bélarusses dans un camp de la région de Grodno (Bélarus), près de la frontière avec la Pologne, le 14 novembre 2021</p>

Les gardes-frontières polonais ont dit lundi matin avoir ainsi repoussé un groupe d'une soixantaine de migrants "agressifs", certains "jetant des pierres".

Puis une nouvelle foule de centaines de migrants s'est rassemblée à un poste frontalier fermé entre la Pologne et le Bélarus, face aux rangées de policiers et de soldats polonais, selon des vidéos publiées par les gardes-frontières et l'armée polonaises.

"De plus en plus de groupes de migrants sont acheminés au poste frontalier de Kuznica par les forces bélarusses", a indiqué le ministère polonais de la Défense sur Twitter.

<p>Des migrants se réchauffent près d'un feu le 14 novembre 2021 à la frontière entre le Bélarus et la Pologne</p>

En parallèle, la compagnie aérienne bélarusse Belavia a annoncé dimanche que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol depuis Dubaï vers le Bélarus, sur "décision des autorités compétentes des Emirats arabes unis". La Turquie a fait de même la semaine passée.

De son côté, le gouvernement irakien a annoncé l'organisation jeudi d'un premier vol de rapatriement de migrants irakiens coincés à la frontière entre le Bélarus et la Pologne "sur la base du volontariat".

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