Présence policière à La Havane avant la manifestation prévue par l'opposition

Katell ABIVEN
<p>Le dramaturge Yunior Garcia, créateur du groupe de débat politique sur Facebook Archipiélago à l'origine de l'appel à manifester à Cuba, le 14 novembre 2021 à La Havane</p>

Le centre de La Havane s'est réveillé lundi patrouillé par la police avant une manifestation appelée par l'opposition mais interdite par les autorités, qui célèbrent le même jour le retour des enfants à l'école et des touristes sur l'île.

Le long du Malecon, célèbre boulevard côtier de la capitale cubaine, des groupes de trois agents étaient postés à chaque croisement et des agents en civil déployés dans les parcs et sur les places, a constaté l'AFP.

Malgré l'interdiction, le groupe de débat politique sur Facebook Archipiélago, qui compte 37.000 membres à Cuba et à l'étranger, maintient son appel à manifester à La Havane et dans six provinces à partir de 15H00 (20H00 GMT), pour exiger la libération des prisonniers politiques, le respect des droits de l'homme et la démocratie.

Cet appel survient quatre mois après des manifestations spontanées historiques le 11 juillet, qui ont fait un mort et des dizaines de blessés. 1.270 personnes avaient été arrêtées, dont 658 restent emprisonnées, selon l'ONG Cubalex.

Les participants sont appelés à s'habiller en blanc ou, s'ils ont peur de manifester, à accrocher des draps blancs à leurs balcons.

Le dramaturge Yunior Garcia, 39 ans, fondateur de Archipiélago et fer de lance d'une nouvelle génération de dissidents cubains stimulée par l'essor des réseaux sociaux, était toujours empêché de sortir de chez lui lundi matin par des agents en civil, a constaté une journaliste de l'AFP.

La veille, son projet de défiler en solitaire, une rose blanche à la main, avait été stoppé par la présence des forces de l'ordre autour de son immeuble.

- Retour à la normale -

Le gouvernement accuse l'opposition de saboter ses efforts pour célébrer un certain retour à la normale après des mois de fermeture du pays et des établissements scolaires en raison de la pandémie de coronavirus. Il a aussi programmé des festivités pour les 502 ans de La Havane.

"Ainsi s'éveille Cuba le 15 novembre, avec plus de 700.000 élèves de retour en classes, en recevant les amis, la famille et les touristes, en relançant l'activité productive, en diminuant les cas de Covid", a souligné via Twitter le président Miguel Diaz-Canel, qui a assisté à la rentrée dans une école de Ciudad Libertad, dans l'ouest de La Havane.

Le président avait dénoncé dimanche une volonté de "perturber l'ordre interne" et une "campagne médiatique contre Cuba", promettant que "Cuba va vivre en paix". Lundi matin, de nombreux fonctionnaires du gouvernement partageaient des photos sur les réseaux sociaux de rues de l'île, assurant que le calme régnait.

Cuba vit sa pire crise économique en près de 30 ans, avec de fortes pénuries d'aliments et de médicaments, le mécontentement social est grandissant et la confrontation est au plus haut entre défenseurs et critiques du gouvernement.

<p>Rassemblement à Miami en soutien aux manifestants anti-gouvernementaux cubains, le 14 novembre 2021</p>

Les autorités accusent les organisateurs de la manifestation d'être des agents entraînés et payés par les Etats-Unis pour provoquer un changement de régime. Elles ont interdit le rassemblement et menacé de sanctions pénales.

De quoi en dissuader certains après que des peines pouvant atteindre 30 ans de prison ont été requises contre des manifestants du 11 juillet, selon des médias indépendants cubains.

- "Préoccupation" de la France -

Contrairement à juillet, il n'y aura plus l'effet de surprise, dans ce pays où l'importante présence policière et militaire décourage généralement toute tentative de rassemblement.

Ces derniers jours, de nombreux dissidents, promoteurs de la manifestation et journalistes indépendants ont dénoncé sur les réseaux sociaux le fait d'être bloqués chez eux par les forces de l'ordre.

Plusieurs d'entre ont raconté lundi matin être victimes d'actes de répudiation, ces rassemblements d'habitants utilisés depuis des décennies pour invectiver les dissidents.

<p>Des partisans du gouvernement cubain manifestent devant le domicile de l'opposant Yunior Garcia à La Havane, le 14 novembre 2021</p>

Dans une lettre ouverte publiée dimanche, une quarantaine d'organisations civiles à Cuba et à l'étranger ont dénoncé "la vague répressive qui s'est intensifiée dans le pays contre les organisateurs de la manifestation et les citoyens qui s'y identifient".

Lundi, la France a demandé à Cuba de respecter le droit de ses citoyens à manifester.

"Nous appelons le gouvernement cubain à garantir le droit de la population cubaine à se réunir et à manifester pacifiquement", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, la France suivant "avec préoccupation" la situation à Cuba.

La veille, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken avait appelé "le gouvernement cubain à respecter les droits des Cubains, en les laissant se rassembler de manière pacifique".

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