Pris en étau à la frontière Bélarus-Pologne, les migrants refusent de partir

Ola CICHOWLAS
<p>Des migrants près de la frontière Bélarus-Pologne, le 15 novembre 2021</p>

Aryan Wali Zellmi, un Kurde d'Irak âgé de 25 ans, espérait gagner l'Europe en passant par le Bélarus. Mais après deux tentatives infructueuses, il est coincé à la frontière avec la Pologne, avec des milliers d'autres migrants.

"On attend ici, entre les soldats polonais et bélarusses. Ils ne nous laissent aller nulle part", déclare le jeune homme à l'AFP, qui a pu lui parler au téléphone.

La plupart des médias occidentaux ne sont pas autorisés à se rendre au Bélarus depuis la répression implacable d'un mouvement de contestation en 2020, tandis que la Pologne a interdit l'accès à la zone frontalière.

Entre 2.000 et 3.000 personnes, dont des femmes et des enfants, campent depuis plusieurs jours par un froid glacial à la frontière entre ces deux pays d'Europe orientale, agglutinés autour de feux de camp ou emmitouflés dans des couvertures.

Bruxelles accuse le régime de l'imprévisible président bélarusse Alexandre Loukachenko d'avoir orchestré cet afflux pour se venger de sanctions occidentales, en délivrant des visas avec la promesse d'un passage facile en Pologne, pays membre de l'Union européenne et de l'espace Schengen.

Mais pour empêcher les intrusions, Varsovie a déployé plus de 15.000 militaires pour appuyer ses policiers et gardes-frontières, et érigé une clôture surmontée de fils de fer barbelé.

Face à ce dispositif, des migrants ont été incités par des membres des forces de sécurité bélarusses à découper la clôture pour entrer en Pologne, ont indiqué à l'AFP des proches de candidats à l'exil ayant requis l'anonymat.

Varsovie a aussi accusé les militaires bélarusses d'avoir tiré des coups de feu en l'air pour pousser les migrants à avancer, ce que dément Minsk.

- "N'importe où" -

Plusieurs migrants contactés par l'AFP, comme M. Zellmi, sont originaires du Kurdistan irakien, une région du nord de l'Irak réputée pour sa relative stabilité mais où les opportunités économiques manquent.

Pour se rendre au Bélarus, M. Zellmi, propriétaire d'un café dans la région de Halabja, est passé par une agence de voyage qui lui a procuré un visa et un billet d'avion Bagdad-Minsk, avec une correspondance à Dubaï. Le tout pour environ 4.300 euros.

<p>Des migrants rassemblés à un poste-frontière Belarus-Pologne, le 15 novembre 2021</p>

Il avait tenté de faire le voyage une première fois le mois dernier, mais avait été arrêté à l'aéroport de Minsk et expulsé, les autorités bélarusses affirmant que son visa n'était pas valide. Ce qui ne l'a pas empêché de réessayer.

Un autre Irakien, originaire de la province d'Anbar (ouest) et âgé de 28 ans, indique avoir pris un taxi après avoir atterri à Minsk pour rejoindre la frontière.

Ensuite, il a "marché à travers les bois" en se fiant au GPS de son téléphone et aux "indications données par des Irakiens qui avaient déjà fait le trajet".

Plusieurs migrants disent que les autorités bélarusses ont du mal à nourrir toutes les personnes coincées à la frontière. Certains affirment que seuls les enfants et les femmes ont reçu des vivres au cours des trois derniers jours.

Un ex-chauffeur routier irakien originaire de Souleimaniyeh, à la frontière avec l'Iran, est bloqué là avec sa femme et leurs trois enfants, dont un nourrisson et un garçon de huit ans amputé des quatre membres.

"Je veux aller dans n'importe quel pays qui acceptera de prendre mes enfants", dit-il à l'AFP au téléphone: "Nous sommes tous fatigués et à bout".

L'Irak a affirmé qu'il allait organiser jeudi un premier vol de rapatriement de migrants irakiens bloqués à la frontière "sur la base du volontariat".

<p>Les forces de l'ordre polonaises observent des migrants se réunir à la frontière avec le Belarus, le 15 novembre 2021</p>

Mais nombre d'entre ceux que l'AFP a contactés refusent de revenir en arrière.

"Il est hors de question de partir", balaie Bahaddine Mohsine Kader, un Kurde irakien qui parle anglais et se présente comme un "porte-parole" des migrants.

Il a vécu plusieurs années en Grande-Bretagne avant de revenir au Kurdistan irakien, en 2009. Mais face au manque de perspectives, il a de nouveau choisi l'exil.

"Dites d'abord à l'Irak d'améliorer les conditions de vie", lance-t-il. "Alors, seulement, les gens rentreront".

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