Crise pénitentiaire en Équateur: les chefs des armées et des prisons démissionnent

Jimmy TAPIA, avec Santiago PIEDRA SILVA à Quito
<p>Intervention de l'armée et de la police équatoriennes dans le pénitentier Litoral de Guayaquil, le 15 novembre 2021</p>

Les chefs des forces armées et des prisons de l'Équateur ont démissionné, a annoncé lundi le gouvernement, après un nouveau bain de sang dans un pénitentier et alors que le pays est confronté à une flambée de criminalité liée au narcotrafic.

Le président équatorien Guillermo Lasso a "accepté la démission" du chef du commandement interarmées, le vice-amiral Jorge Cabrera, et du directeur de l'agence chargée des prisons (SNAI), Bolivar Garzon, a indiqué la présidence dans un communiqué.

Des nouvelles nominations ont été annoncées dans la foulée et M. Lasso a réuni lundi un cabinet de crise à Guayaquil (sud-ouest), deuxième ville du pays.

Le vaste complexe carcéral de Guayaquil a été le théâtre vendredi et samedi de nouveaux affrontements entre gangs rivaux de détenus qui ont fait 68 morts et 25 blessés.

À coups d'armes blanches, d'armes à feu et d'explosifs, des prisonniers ont attaqué, après avoir saboté l'électricité, les occupants d'une autre unité de la prison, qui abrite 8.500 détenus avec une surpopulation de 60%.

Les autorités ont dénoncé la "sauvagerie" et la "barbarie" des assaillants, que des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré s'acharnant, à coups de couteaux et de bâtons, sur des corps entassés et carbonisés dans une cour.

Une "lutte pour le leadership", après la sortie de prison la semaine dernière d'un chef de gang, serait à l'origine de ces nouvelles violences, selon la police.

– "Menace extérieure" –

L'Equateur "est gravement menacée de l'extérieur par les mafias du narcotrafic, ces mêmes mafias qui prétendent prendre le contrôle de toutes les prisons du pays et imposer l'insécurité dans les rues", a déclaré dans la soirée le président Lasso.

<p>Intervention de la police et de l'armée équatoriennes dans le pénitentier Litoral de Guayaquil, le 15 novembre 2021</p>

Promettant des "actions conjointes" de l'Etat, le président a jugé que le pays faisait face à "l'une des plus grandes crises de ces dernières décennies".

Dans l'après-midi, le porte-parole de la présidence, Carlos Jijon a également sous-entendu l'existence d'un complot politique visant à déstabiliser le gouvernement du président conservateur mis en cause dans les Pandora Papers pour délit présumé de fraude fiscale.

"Le véritable objectif (du massacre) était de commettre un acte de terrorisme qui choquerait la nation", a déclaré M. Jijon, estimant que ce n'était pas seulement "un affrontement entre des bandes de prisonniers ou des gangs" mais "une situation extrêmement grave qui a des ramifications politiques".

<p>Le président équatorien Guillermo Lasso (à droite), au côté du vice-président Alfredo Borrero et de la présidente de l'Assemblée nationale Guadalupe Llori, le 15 novembre 2021 à Guayaquil</p>

Divisé en douze quartiers, où sont détenus séparément les membres d'au moins sept organisations criminelles, souvent rivales, ayant des liens notamment avec les cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion, le complexe carcéral de Guayaquil avait déjà été le théâtre fin septembre du plus grand massacre de l'histoire pénitentiaire de l'Équateur et l'un des pires en Amérique latine.

Lors de rixes entre bandes rivales, 119 personnes y avaient été tuées, certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés. Depuis le début de l'année 320 détenus sont morts dans différents épisodes de violences.

Les 65 prisons équatoriennes souffrent d'une surpopulation de 30%. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre.

<p>A l'entrée du pénitentier Litoral de Guayaquil, en Equateur, le 15 novembre 2021</p>

Situé entre la Colombie et le Pérou, principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l'expédition vers les États-Unis et l'Europe, l'Equateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue.

Le président avait décrété le 18 octobre un "état d'exception" dans tout le pays pour lutter contre cette criminalité qui a coûté la vie à près de 1.900 personnes depuis janvier.

Un autre "état d'exception" a été décrété dans les prisons, avec des renforts militaires. La Cour constitutionnelle a cependant limité sa durée et interdit que les militaires ne pénètrent à l'intérieur des prisons.

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