Libye: l'homme fort de l'Est, Khalifa Haftar, candidat à la présidentielle

AFP
<p>Capture d'écran de la télévision libyenne Alhadath TV le 16 novembre 2021 montrant le maréchal Khalifa Haftar annonçant sa candidature à l'élection présidentielle de décembre</p>

L'homme fort de l'Est de la Libye Khalifa Haftar s'est porté mardi candidat à la présidentielle de décembre, deux jours après un fils de Mouammar Kadhafi, deux hommes aux penchants autoritaires qui risquent selon leurs détracteurs de torpiller le passage du pays à la démocratie.

Depuis la chute du régime du dictateur Kadhafi en 2011, la Libye est en proie à des violences sanglantes et à des luttes entre pouvoirs rivaux dans l'Est et l'Ouest du pays.

"Je déclare ma candidature à l'élection présidentielle, non pas parce que je cours après le pouvoir mais pour conduire notre peuple en cette période cruciale vers la gloire, le progrès et la prospérité", a lancé le maréchal Haftar dans un discours retransmis en direct depuis Benghazi, son fief.

Après son discours, il s'est rendu dans un bureau de la Haute Commission électorale (HNEC) pour déposer sa candidature.

"La prochaine étape est difficile et requiert un homme au sujet duquel les Libyens doivent faire le bon choix pour ne pas avoir à le regretter", a-t-il ensuite déclaré.

Le 22 septembre, le maréchal Haftar, 77 ans, s'était provisoirement retiré de ses fonctions à la tête de l'autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), comme le stipule la loi électorale, pour pouvoir se présenter à la présidentielle du 24 décembre.

La loi électorale en question, critiquée par les détracteurs du maréchal Haftar comme taillée sur mesure pour lui, lui permet d'être candidat à la présidentielle et de pouvoir retrouver son poste militaire s'il n'était pas élu.

Accusé par ses adversaires de vouloir instaurer une dictature militaire, il est soutenu par des acteurs régionaux clefs impliqués dans le dossier libyen comme l'Egypte et les Emirats arabe unis.

Khalifa Haftar cherche à conquérir le pouvoir par les urnes après l'échec retentissant en juin 2020 de son offensive militaire aux portes de Tripoli, siège du gouvernement reconnu par l'ONU et soutenu militairement par la Turquie.

- "Un tournant" -

<p>Photo prise le 17 janvier 2020 montrant le maréchal libyen Khalifa Haftar lors de discussions à Athènes avec le ministre grec des Affaires étrangères</p>

"La Libye se trouve aujourd'hui à un tournant. Soit elle opte pour la liberté et l'indépendance, soit pour la corruption et le chaos", a-t-il déclaré dans son allocution mardi.

Selon Wolfram Lacher, expert de la Libye à l'institut allemand SWP, les forces dirigées par Haftar "sont de loin les principaux auteurs de crimes de guerre depuis 2014 et elles pourraient recourir à la violence pour influer sur les élections".

La candidature du maréchal survient deux jours après celle de Seif al-Islam Kadhafi, recherché par la Cour pénale internationale pour "crimes contre l'humanité".

Pour son discours de candidature, M. Haftar a troqué son uniforme militaire pour un costume cravate bleu foncé. Les médias de l'Est libyen acquis à sa cause s'y réfèrent désormais comme "Monsieur Khalifa Haftar" sans mention de son grade militaire.

- Personnage controversé -

Son échec à conquérir la capitale avait été suivi de la signature d'un cessez-le-feu en octobre 2020 et, surtout, de l'installation en mars 2021 sous l'égide de l'ONU d'un gouvernement chargé de mener la transition d'ici les élections de décembre.

<p>Une photo diffusée sur la page Facebook de la commission électorale en Libye montre Seif al-Islam, le fils de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi, déposer sa candidature à la présidentielle dans un bureau de Sebha dans le sud de la Libye, le 14 novembre 2021</p>

Pour Khaled al-Montasser, professeur en relations internationales à l'Université de Tripoli, même en s'imposant sur le plan politique, Haftar "reste néanmoins un personnage controversé et contesté par une grande majorité dans l'ouest et le sud du pays". Il sera "difficile de faire accepter un processus électoral qui l'amène au pouvoir".

"Le prochain scrutin est désormais un moyen de recycler l'ancien système au lieu d'établir une transition consensuelle. Après l'échec de l'option militaire, le maréchal Haftar est en course pour succéder au colonel" Kadhafi, a commenté sur Twitter Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

Devant un rassemblement de jeunes lundi à Tripoli, le chef du gouvernement intérimaire, Abdelhamid Dbeibah, a lui évoqué de "gros problèmes" autour des lois électorales adoptées unilatéralement par le Parlement pro-Haftar, faisant savoir qu'il annoncerait, "le moment venu", s'il compte se présenter.

Des dignitaires de plusieurs villes ont appelé lundi au boycott de la présidentielle et des bureaux de vote --où les électeurs retirent leur carte-- ont fermé dans l'Ouest sous la pression de groupes hostiles à la candidature de Seif al-Islam Kadhafi et du maréchal Haftar avant même l'officialisation de cette dernière.

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