Migrants: un important campement évacué à Grande-Synthe

Bernard BARRON
<p>Le camp de migrants de Grande-Synthe dans le Nord avant son démantèlement le 12 mai 2021</p>

Les forces de l'ordre ont entamé mardi le démantèlement d'un campement d'environ un millier de migrants à Grande-Synthe (Nord), sur fond de tension entre Paris et Londres autour de la question migratoire et de contestation du traitement réservé aux exilés sur le littoral français.

"Sur mon instruction, les forces de l’ordre procèdent à l'évacuation du campement illicite de migrants à Grande-Synthe ce matin", a twitté le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

"Merci aux policiers et aux gendarmes mobilisés, ainsi qu'aux agents de la préfecture du Nord qui assurent leur mise à l'abri", a-t-il ajouté.

Cette opération est menée à un moment de tensions diplomatiques entre Paris et Londres sur la question migratoire.

M. Darmanin s'est d'ailleurs entretenu lundi avec son homologue britannique Priti Patel, mais selon son entourage, ce démantèlement était "prévu à cette date indépendamment" de ces échanges. "C'était antérieur", insiste-t-on.

Selon la préfecture du Nord, le camp évacué est "le principal" de Grande-Synthe et il abrite "environ un millier de personnes". Les migrants doivent être conduits dans des centres "ou des places d’hébergements ont été identifiées dans le nord et d'autres régions".

- "Maltraitance d'Etat" -

Selon le cabinet du maire socialiste de Grande-Synthe, Martial Beyaert, près de 1.500 personnes, en majorité des Kurdes, vivent dans le camp démantelé, situé sur une ancienne friche industrielle.

"Il faut trouver une solution pour ces gens-là d'autant que nous allons arriver en hiver. L'Etat les empêche de prendre la mer et l'Etat les empêche de rester ici c'est un cercle vicieux", a-t-il plaidé.

"L’Etat s’attaque à des personnes qui n’ont rien, sans jamais travailler sur les causes", a pour sa part regretté Anna, coordinatrice à Grande-Synthe de l'association Utopia 56.

Depuis des années, des migrants affluent sur le littoral des Hauts-de-France, dans des villes comme Grande-Synthe ou Calais, dans l'espoir de se rendre au Royaume-Uni, où ils pensent pouvoir trouver du travail, sans être dissuadés par les démantèlements successifs et quasi quotidiens de leurs campements.

La pression migratoire ne se relâche pas: selon le Royaume-Uni, 22.000 migrants ont réussi à rallier l'Angleterre à bord de petites embarcations depuis le début de l'année. Le bilan humain s'élève à trois morts et quatre disparus.

Le traitement des migrants est sans cesse dénoncé par les associations qui leur viennent en aide, ainsi que des élus.

Une commission d'enquête parlementaire sur les migrations doit présenter mardi un rapport, dans lequel elle conclut que "la France est dans une maltraitance d’État" envers les migrants sur son sol, selon son président, le député Sébastien Nadot, du groupe Libertés et Territoires (LT, rassemblant des élus du centre-gauche et du centre-droit).

- "Pas de leçons à recevoir" -

A Calais, deux militants associatifs poursuivent une grève de la faim depuis le 11 octobre pour dénoncer le traitement "inhumain" réservés aux migrants et réclamer un moratoire sur les démantèlements.

Le gouvernement a dépêché un médiateur sur place pour tenter d'apaiser la situation, sans succès.

Le maire de Grande-Synthe avait d'ailleurs écrit début novembre à Gérald Darmanin pour lui demander de nommer "de toute urgence" un même médiateur pour sa commune. Mais il n'a pas reçu de réponse.

La question des migrants attise aussi les tensions entre Londres et Paris depuis plusieurs mois.

Celles-ci se sont encore accrues vendredi dernier, après que le nombre de traversées illégales a atteint un record la veille avec 1.185 migrants ayant réussi à atteindre le sol du Royaume-Uni, qui a qualifié la situation d'"inacceptable".

Gérald Darmanin a répondu lundi que la France n'avait "pas de leçons à recevoir des Britanniques".

Ils "doivent arrêter de nous prendre pour des punching balls de politique intérieure", a-t-il déclaré sur CNews. "Nous ne sommes ni leurs collaborateurs, ni leurs supplétifs."

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