Ouganda: trois morts, 33 blessés dans deux "attentats suicide" à Kampala

Grace MATSIKO, Michael O'HAGAN
<p>Des voitures en feu après l'explosion d'une bombe près du parlement à Kampala, le 16 novembre 2021</p>

Au moins trois personnes ont été tuées et 33 blessées mardi dans la capitale ougandaise Kampala lors d'un double "attentat suicide" mené par un "groupe local lié aux ADF", une rébellion musulmane active dans la République démocratique du Congo voisine, a affirmé la police.

Le gouvernement avait déjà attribué deux attaques à la bombe menées fin octobre à Kampala aux Forces démocratiques alliées (ADF), groupe né en Ouganda et qui a fait souche depuis plus de 25 ans dans l'est de la RDC, où il est accusé de nombreux massacre de civils.

L'Etat islamique désigne les ADF comme sa "Province d'Afrique centrale" (Iscap en anglais). En mars, les Etats-Unis les ont officiellement déclarés affiliés à l'EI.

Les attaques n'ont pour l'instant pas été revendiquées, mais "leurs caractéristiques correspondent aux ADF", a déclaré un porte-parole de la police, Fred Enanga.

Les deux explosions se sont produites à trois minutes d'intervalle, peu après 10H00 locales (07H00 GMT), dans le quartier d'affaires de Kampala.

La première attaque a été menée à un check-point situé près du quartier général de la police par un homme transportant une bombe dans un sac à dos. La deuxième par deux hommes "déguisés en moto taxis" à proximité de l'entrée du Parlement, selon la police.

Les forces contre-terroristes ont arrêté un quatrième kamikaze et "récupéré un engin explosif artisanal non explosé (...) chez lui", a précisé Fred Enanga.

La Croix-Rouge ougandaise a indiqué que 21 des 33 personnes blessées étaient des policiers.

Ces attentats interviennent trois semaines après deux autres attaques à la bombe, une contre un restaurant de la capitale le 23 octobre revendiquée par l'Iscap et un attentat-suicide mené dans un bus près de Kampala deux jours plus tard.

- Corps "déchiquetés" et "dispersés" -

Les attaques de mardi ont semé la panique dans le quartier d'affaires, où des corps "déchiquetés" et "dispersés" jonchaient le sol, selon M. Enanga.

<p>Carte de Kampala, capitale de l'Ouganda, visée mardi par deux explosions</p>

Le maire de Kampala, Salim Uhuru, se trouvait dans un établissement bancaire à proximité du QG de la police au moment de l'explosion.

"C'était tellement fort. J'ai couru vers le poste de police et j'ai vu un policier que je connais mort au sol. Son corps a été éparpillé", a-t-il affirmé à l'AFP.

"Il y a des gens qui pleurent et les autres ne cherchent qu'à quitter la zone", a également raconté à l'AFP Kyle Spencer, directeur exécutif d'une ONG.

Le Parlement a annulé sa session prévue mardi.

Les alentours du Parlement ont été bouclés par des soldats lourdement armés et des membres de la police scientifique, vêtus de blanc, ont inspecté le site durant plusieurs heures.

- "Influence jihadiste"-

Ces attaques "montrent clairement que les groupes liés aux ADF ont toujours la volonté de mener des attaques meurtrières contre des cibles faciles avec des kamikazes et des engins explosifs artisanaux", a déclaré Fred Enanga.

<p>La police ougandaise déployée le 24 octobre 2021, sur les lieux de l'attentat commis la veille au soir contre un restaurant de Kampala</p>

La police ougandaise avait arrêté le mois dernier un certain nombre de membres présumés des ADF, affirmant soupçonner une attaque contre des "installations majeures".

Les ADF sont considérés par les experts comme le plus meurtrier des quelque 120 groupes armés qui arpentent l'est de la RDC, beaucoup d'entre eux étant le produit de deux guerres régionales menées il y a un quart de siècle.

En avril 2019, l'EI a commencé à revendiquer des attaques des ADF sur les réseaux sociaux.

"Il est de plus en plus clair que les ADF recentrent leur attention sur l'Ouganda", a déclaré à l'AFP Kristof Titeca, spécialiste de ce groupe armé à l'Université d'Anvers.

"Cela pourrait être lié à une influence accrue des éléments jihadistes au sein des ADF ces deux dernières années", estime-t-il.

En 2010, deux attentats à la bombe, revendiqués par les islamistes somaliens shebab, avaient visé à Kampala des supporters assistant à la finale de la Coupe du monde, faisant 76 morts.

Ces attaques, les premières commises par les insurgés somaliens en dehors de Somalie, ont été perçues comme une vengeance après l'envoi par l'Ouganda de troupes dans ce pays déchiré par la guerre, dans le cadre de l'Amisom, mission de l'Union africaine destiné à épauler les autorités somaliennes dans le combat contre les shebab.

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