Au tribunal, les parties civiles plaident contre le "dangereux" Eric Zemmour

Marie DHUMIERES
<p>Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Paris</p>

"Nous sommes à un moment de l'Histoire où tout peut se passer". Les parties civiles ont commencé à plaider mercredi soir au procès du candidat putatif à la présidentielle et polémiste d'extrême droite Eric Zemmour, jugé en son absence pour ses propos controversés sur les migrants mineurs isolés.

Le prévenu, convoqué pour provocation à la haine et injure raciale, a choisi de ne pas se présenter devant le tribunal correctionnel de Paris afin que l'enceinte judiciaire ne se transforme pas en "arène politique" ou "médiatique", avait justifié son avocat Me Olivier Pardo.

Pendant les sept premières heures d'audience, les avocats de la défense ont semblé tout faire pour retarder le moment de l'examen du fond du dossier, multipliant les demandes de renvoi et interminables questions de procédure.

Sans possibilité d'interroger le prévenu, le tribunal a ensuite fait le tour de l'affaire en moins d'une heure.

En cause, des propos prononcés sur CNews le 29 septembre 2020, par celui qui était alors le chroniqueur star de l'émission "Face à l'info" - diffusée "en différé", et à "une heure de grande écoute", notent des parties civiles.

Le tribunal passe l'extrait d'un débat sur les mineurs isolés, après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo : "Ils n'ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu'ils viennent", entend-t-on Eric Zemmour dire.

"Tous les mineurs isolés ne sont pas des violeurs" tempère-t-il ensuite, sur demande de la présentatrice. "Mais la responsabilité de la France et du gouvernement c'est de ne pas prendre le risque (...) Dans le doute il ne faut laisser rentrer personne".

"Pas tous", tente la présentatrice. "Tous, ils n'ont rien à faire ici", vocifère Eric Zemmour. "C'est une invasion permanente", "c'est un problème de politique d'immigration", dit-il aussi.

-Il "teste la République"-

"On essaie de faire croire que ces audiences sont liées au statut de candidat putatif de M. Zemmour", dit à la barre Dominique Sopo, président de SOS Racisme, partie civile au procès.

Mais les associations anti-racistes ont "assez peu" l'habitude de poursuivre les candidats à la présidentielle. "Ce qui motive c'est la nature de propos d'une grande violence d'une personne qui teste la République" et qui a "une influence", insiste-t-il.

"Le discours d'Eric Zemmour est dangereux parce qu'il y a des abrutis (...) prêts à passer à l'acte", abonde Samuel Thomas, président de La Maison des potes, également partie civile au procès.

Au total, une trentaine d'entre elles sont constituées, dont les associations SOS Racisme, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la Licra, ainsi qu'une vingtaine de conseils départementaux - les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, gérée par les départements.

La défense a longuement contesté la recevabilité de la plupart d'entre eux.

"Ils sont là parce qu'ils veulent se payer Eric Zemmour. Si vous voulez débattre avec lui, vous vous présentez à l'élection présidentielle !", leur a lancé Me Pardo.

"Nous sommes aujourd'hui objectivement dans un moment d'hégémonie de la pensée raciste", dit Me Arié Alimi, premier parmi les parties civiles à plaider, pour la LDH. M. Zemmour "a vocation à se présenter à la présidentielle, et il y a une possibilité qu'il devienne président de la République", insiste-t-il, appelant le tribunal à être ferme "dans un moment d'Histoire où tout peut se passer".

"La parole d'Eric Zemmour n'est pas une opinion, elle est un délit", martèle Me Jérôme Karsenti, demandant une condamnation qui "rappelle" cela.

Plus tôt dans la journée, Me Pardo avait soutenu que la citation pour provocation à la haine raciale ne se tenait pas : "Quand on dit +les Arabes+, on sait de quoi on parle", a-t-il dit. "Mais les mineurs isolés ne sont ni une race, ni une nation, ni une ethnie".

Les prises de position d'Eric Zemmour, 63 ans, lui ont valu depuis une dizaine d'années une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine.

L'ancien journaliste a été contraint à la mi-septembre de quitter l'émission phare de CNews à cause de ses ambitions présidentielles pour 2022. Il ne s'est encore pas déclaré candidat mais, selon des sources proches, il devrait le faire avant un premier meeting de campagne envisagé début décembre.

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