Crise migratoire: Minsk dit avoir obtenu des négociations avec l'UE

Romain COLAS avec Damien SIMONART à Sokolka
<p>Des migrants près du camp Bruzgi-Kuznica, au Belarus, à la frontière avec la Pologne, le 17 novembre 2021</p>

Le Bélarus a affirmé mercredi avoir obtenu l'organisation de négociations avec Bruxelles pour régler la crise migratoire en cours aux frontières de l'Union européenne, Berlin n'évoquant toutefois qu'une coopération pour l'aide humanitaire et le retour des migrants.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko et la chancelière allemande Angela Merkel se sont entretenus dans la journée par téléphone, pour la seconde fois en trois jours, afin d'évoquer ce dossier qui a suscité de graves tensions entre l'UE et le Bélarus soutenu par Moscou.

Quelques milliers de migrants, originaires principalement du Moyen-Orient, campent depuis des jours par des températures glaciales le long de la frontière polonaise, du côté du Bélarus, dans l'espoir de pouvoir entrer dans l'UE.

L'Occident accuse Minsk d'avoir orchestré depuis l'été cet afflux, en réponse à des sanctions occidentales contre le Bélarus après la répression en 2020 d'un mouvement d'opposition, et afin de diviser les Vingt-Sept.

Très isolé depuis sur la scène internationale, Minsk a soutenu mercredi que l'appel entre Mme Merkel et M. Loukachenko avait abouti à un accord sur l'organisation de pourparlers Bélarus-UE.

<p>La construction d'un mur de 180 kilomètres le long de la frontière polonaise débutera en décembre</p>

Selon la présidence bélarusse, les deux dirigeants se sont entendus pour "que le problème dans son ensemble remonte au niveau Bélarus-UE, et que des responsables désignés par chacune des parties entreprennent immédiatement des négociations".

"C'est dans ce contexte que sera étudié le souhait des réfugiés de se rendre en Allemagne", a poursuivi la présidence dans un communiqué.

Mais cette annonce a été immédiatement nuancée par Berlin, qui n'a évoqué qu'une coopération entre Minsk et l'UE pour fournir une aide humanitaire aux migrants coincés à la frontière.

"La chancelière a souligné la nécessité de fournir une aide humanitaire et des options de rapatriement pour les personnes concernées" avec les Nations Unies et "en coopération avec la Commission européenne", a indiqué le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert.

- Risque de crise longue -

Le ministre polonais de la Défense Mariusz Blaszczak a averti mercredi que cette crise "pourrait durer des mois, voire des années", affirmant que les migrants ont à nouveau "attaqué la frontière polonaise" pendant la nuit.

La vieille, les forces de sécurité polonaises avaient fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau pour repousser des migrants qui leur jetaient des pierres en tentant de traverser la frontière.

Varsovie, ainsi que les deux autres voisins européens du Bélarus, la Lituanie et la Lettonie, refusent d'accueillir ces milliers de migrants.

Les gardes-frontières polonais ont dit avoir enregistré mardi 161 tentatives de "passages illégaux" de frontière, y compris "deux tentatives de passages en force", la police polonaise rapportant également neuf fonctionnaires blessés mardi lors des affrontements, de même qu'un garde-frontière et un soldat.

De leur côté, les organisations humanitaires affirment qu'au moins 11 migrants sont morts des deux côtés de la frontière depuis le début de la crise cet été et ont réclamé une réponse humanitaire.

<p>Des migrants espérant pouvoir entrer en Pologne rassemblés devant le poste-frontière de Bruzgi-Kuznica, côté Bélarus, le 16 novembre 2021</p>

Le Bélarus et la Russie, qui nient être l'origine de la crise rejeté et critiquent l'UE pour ne pas avoir accueilli les migrants, ont condamné l'usage de la force par Varsovie.

Bruxelles et Washington ont annoncé lundi vouloir élargir dans les prochains jours les mesures punitives prises contre le Bélarus.

Suite à des pressions de l'UE, la compagnie aérienne bélarusse Belavia avait annoncé lundi que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol depuis Dubaï vers le Bélarus. La Turquie a imposé les mêmes restrictions la semaine dernière.

L'Irak a annoncé un vol de rapatriement prévu jeudi pour au moins 200 de ses ressortissants bloqués à la frontière, dont des femmes et des enfants.

- Appels à l'aide humanitaire -

Le président Loukachenko, au pouvoir depuis trois décennies, s'était entretenu lundi Angela Merkel, son premier appel avec un dirigeant européen depuis le début de la crise.

<p>Des migrants espérant pouvoir entrer en Pologne se réchauffent autour d'un feu dans la région de Grodno (Bélarus), le 16 novembre 2021</p>

Selon le porte-parole de la chancelière, cette dernière avait appelé M. Loukachenko pour trouver des issues humanitaires et permettre à l'ONU d'intervenir. Le président français Emmanuel Macron s'est également entretenu avec son homologue russe Vladimir Poutine pour tenter de désamorcer la crise.

La commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic, qui s'est rendue dans la région frontalière mardi a affirmé que la situation à la frontière entre la Pologne et le Bélarus était "extrêmement complexe et problématique".

La télévision d'État russe a montré mercredi des centaines de migrants dans un centre couvert mis en place par les autorités bélarusses près de la frontière, où des familles avec des enfants ont passé la nuit.

Le ministère bélarusse de la Santé a déclaré avoir hospitalisé six personnes, dont quatre enfants.

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