Frontex: l'UE devrait se préparer à d'autres crises migratoires

Dario THUBURN
<p>Fabrice Leggeri, chef de l'agence européenne des frontières Frontex, pose le 16 novembre 2021 au siège de l'organisme à Varsovie</p>

L'Union européenne doit se préparer à d'autres crises migratoires semblables à celles aux frontières entre la Grèce et la Turquie ou entre la Pologne et le Bélarus, a déclaré à l'AFP le chef de l'agence européenne des frontières (Frontex).

Fabrice Leggeri a précisé lors de cet entretien que son agence travaillait avec les autorités polonaises en vue d'organiser le rapatriement de 1.700 migrants vers l'Irak, par des vols charters, dans les semaines à venir.

"Ce n'est pas la première fois que l'UE se trouve confrontée à des tentatives de, appelons ça du chantage, du chantage géopolitique, appelons ça menace hybride", a déclaré M. Leggeri.

Il a comparé la situation actuelle à l'époque des affrontements observés en février 2020 lorsque la Grèce a tenté de bloquer des dizaines de milliers de migrants que la Turquie avait délibérément laissé passer.

"Ca doit ouvrir les yeux de tous ceux qui n'ont pas encore compris que les flux migratoires peuvent être instrumentalisés à des fins politiques, contre l'Union européenne, pour obtenir quelque chose dans ce marchandage", a-t-il souligné.

<p>Fabrice Leggeri, chef de l'agence européenne des frontières Frontex, pose le 16 novembre 2021 au siège de l'organisme à Varsovie</p>

"Nous devons nous préparer à des situations comme ça qui peuvent finalement survenir assez rapidement", a-t-il prévenu, s'exprimant au siège de Frontex, à Varsovie.

- Vols charter -

Créée en 2004, Frontex, qui a vu ses compétences largement étendues en 2016, contrôle les frontières extérieures de l'UE. Il s'agit de la première agence européenne dont les membres, garde-frontières et garde-côtes, disposent d'un uniforme propre.

Ses effectifs doivent atteindre 10.000 hommes d'ici 2027, contre 2.200 aujourd'hui.

Bien qu'elle ne soit pas directement impliquée sur la frontière polono-bélarusse, n'y étant pas été invitée par Varsovie, elle compte une centaine de garde-frontières et 40 véhicules déployés à la frontière entre la Lituanie et le Bélarus.

M. Leggeri a déclaré que Frontex travaillait avec les autorités polonaises et l'UE pour obtenir l'autorisation nécessaire de l'Irak, afin de mettre en place une série de vols charters, pour des rapatriements.

<p>Des migrants espérant pouvoir entrer en Pologne sont rassemblés dans un camp côté Bélarus, près du poste-frontière de Bruzgi-Kuznica, le 17 novembre 2021</p>

"On a potentiellement 1.500 ou 1.700 personnes à rapatrier dans les prochaines semaines", a-t-il indiqué.

Quelques milliers de migrants se trouveraient actuellement à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, dont un groupe d'environ 1.800 personnes près du poste frontière de Brouzgi-Kuznica.

L'UE accuse le Bélarus d'avoir délibérément acheminé les migrants à cette frontière, en délivrant des visas et en affrétant des vols, pour se venger des sanctions imposées après l'implacable répression de l'opposition depuis 2020, ce que Minsk dément.

- Refoulement -

Selon M. Leggeri, la Pologne a déployé 25.000 soldats et garde-frontières dans la région, ainsi que des milliers de policiers.

La Pologne a annoncé qu'elle commencerait à construire une barrière permanente le long de la frontière avec le Bélarus, le mois prochain - un projet qui, selon M. Leggeri, aiderait le travail des garde-frontières car il réduirait le nombre de passages irréguliers et donc de retours controversés.

"Au moins, on n'est pas accusé de push-back (refoulement, ndlr) parce qu'on sait où est la frontière et on ne se trouve pas dans une situation ambigüe", a-t-il expliqué. "Un élément (...) très gênant dans le travail des garde-frontières, c'est lorsqu'il y a des ambiguïtés juridiques".

La Pologne a été critiquée par des ONG pour sa politique de refoulement, qui consiste à reconduire les migrants interpellés à la frontière et les pousser à retourner au Bélarus, et qui dans les faits a abouti à laisser de nombreux migrants bloqués entre les deux pays, dans des conditions difficiles et dans le froid.

L'agence Frontex avait elle-même été accusée par des associations pour ne pas être intervenue contre des refoulements présumés de migrants à la frontière maritime gréco-turque.

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