L'AIEA confirme la montée en puissance du programme nucléaire iranien

Jastinder KHERA
<p>Photo fournie par l'Organisation iranienne de l'énergie atomique le 12 septembre 2021 du chef de l'OIEA Mohammad Eslami (G) et du directeur général de l'AIEA Rafael Grossi, à Téhéran</p>

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a fait état mercredi d'une nette augmentation du stock d'uranium enrichi par l'Iran, à quelques jours d'une visite de son chef à Téhéran et de la reprise des pourparlers pour ressusciter l'accord de 2015.

Au fil des mois, Téhéran s'est affranchi des engagements pris dans le cadre de ce pacte. Selon un rapport de l'instance onusienne consulté par l'AFP, la quantité d'uranium accumulée dépasse désormais de plus de douze fois la limite autorisée: il était ainsi estimé début novembre à 2.489,7 kg.

Surtout, l'Iran a dépassé le taux d'enrichissement de 3,67% fixé par l'accord, montant d'abord à 20%: il dispose maintenant de 113,8 kg, contre 84,3 kg fin août.

Puis il a franchi le seuil inédit de 60%, se rapprochant des 90% nécessaires à la confection d'une bombe: il en a produit 17,7 kg, contre 10 kg il y a trois mois.

- Le chef de l'AIEA lundi en Iran -

Ce document sera examiné lors du Conseil des gouverneurs de l'AIEA prévu la semaine prochaine, juste avant le retour des négociateurs à Vienne, le 29 novembre.

M. Grossi est quant à lui attendu lundi soir à Téhéran à l'invitation de l'Iran. "Il "rencontrera mardi le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami, et le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian", a indiqué le porte-parole de l'OIEA, cité par l'agence de presse iranienne Fars.

Le 12 novembre, M. Grossi s'était plaint de l'absence de contacts avec le gouvernement en Iran en place depuis août. "C'est stupéfiant", avait-il dit, expliquant qu'il y avait "une longue liste de choses dont on a besoin de discuter".

La dernière visite de M. Grossi à Téhéran remonte au 12 septembre et il avait rencontré seulement le chef de l'OIEA.

Tous deux avaient alors négocié un compromis sur l'entretien des équipements de surveillance du programme nucléaire. Et le directeur général de l'AIEA devait revenir rapidement pour discuter avec le gouvernement investi en août.

- Manque d'accès -

Mais depuis, l'instance basée à Vienne se plaint de ne pas avoir l'autorisation "indispensable" d'accéder au complexe de Tesa, situé à Karaj, près de Téhéran, qui abrite un atelier de fabrication de composants de centrifugeuses.

Ce manque d'accès "affecte sérieusement" la mission de surveillance de l'Agence, déplore cette dernière dans le document mercredi, ajoutant qu'il était "essentiel" de faire la clarté sur le sujet en amont des pourparlers diplomatiques.

M. Grossi a par ailleurs "rejeté catégoriquement" la possibilité d'une utilisation des caméras de surveillance de l'AIEA par les auteurs d'une attaque sur le site en juin, comme l'a suggéré Téhéran.

Plus largement, la restriction des inspections depuis février par le gouvernement iranien "entrave sérieusement" les activités de vérification et de surveillance dans le pays, a-t-elle une nouvelle fois souligné.

L'Iran s'est certes engagé à fournir à terme les données des caméras mais M. Grossi a prévenu que cet arrangement ne pouvait être que temporaire. "Cela pose un défi de taille pour la capacité de l'agence à restaurer la continuité des connaissances", souligne le rapport.

- "Levée des sanctions" -

Après cinq mois de suspension, les négociations entre Téhéran et les autres pays encore parties à l'accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie) doivent reprendre le 29 novembre pour tenter de relancer ce pacte historique.

Les Etats-Unis, qui se sont retirés unilatéralement de l'accord en 2018 et rétabli ensuite les sanctions contre l'Iran, participeront de manière indirecte aux discussions.

En retour, Téhéran s'est progressivement affranchi des engagements pris dans cet accord.

Les responsables iraniens ne cessent de répéter la position de leur pays sur le retour irrévocable des Etats-Unis au pacte et la levée des sanctions qui asphyxient l'économie iranienne.

"Nous avons entendu les intentions des Etats-Unis et leurs exigences pour qu'ils rejoignent les (discussions de Vienne), mais pour nous, ce qui compte, c'est d'être assuré de la levée des sanctions après les vérifications et les garanties nécessaires", expliquait lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne.

L'accord de 2015 est censé empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, alors que Téhéran a maintes fois démenti avoir l'intention de fabriquer une telle arme en insistant sur le caractère pacifique de son programme.

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