Migrants mineurs: une amende requise contre Eric Zemmour pour ses "propos outrageants"

Marie DHUMIERES
<p>Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Paris</p>

Des "propos méprisants, outrageants", et "un rejet violent" de la population immigrée. Le parquet a requis mercredi 10.000 euros d'amende, avec possibilité d'emprisonnement en cas de non paiement, à l'encontre du polémiste d'extrême droite Eric Zemmour, jugé en son absence pour ses propos controversés sur les migrants mineurs isolés.

"Les limites de la liberté d'expression ont été franchies", et Eric Zemmour s'est rendu coupable de provocation à la haine et injure raciale, a estimé la procureure Manon Adam, demandant "100 jours amende à 100 euros" en condamnation.

Au début de ses réquisitions, elle a relu une grande partie des propos reprochés au candidat putatif à la présidentielle et habitué des procédures judiciaires.

Lors d'un débat sur les mineurs isolés sur CNews le 29 septembre 2020, après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, Eric Zemmour affirme: "Ils n'ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu'ils viennent".

"Tous les mineurs isolés ne sont pas des violeurs" tempère ensuite, sur demande de la présentatrice, celui qui était alors le chroniqueur star de l'émission "Face à l'info". "Mais la responsabilité de la France et du gouvernement c'est de ne pas prendre le risque (...) Dans le doute il ne faut laisser rentrer personne".

"Pas tous", tente la présentatrice. "Tous, ils n'ont rien à faire ici", vocifère Eric Zemmour. "C'est une invasion permanente", "c'est un problème de politique d'immigration", dit-il aussi.

"Ce n'est pas un accident de langage, il persiste et signe", constate la procureure dans ses réquisitions. "Sous couvert de parler des mineurs, il vise la population immigrée", contre laquelle il semble avoir "une détestation très forte".

Les expressions utilisées "synthétisent les mécanismes de la haine", il use "du lexique de la guerre", parle "d'invasion, de conquête", avance-t-elle. Il fonctionne par "généralisations, un procédé classique du racisme", ajoute-t-elle, souhaitant "insister" sur le danger de la "banalisation du discours d'un ennemi commun".

"On sape le fondement du contrat social, on interdit une vie collective apaisée, et on sape les valeurs de la République", martèle la procureure.

- "Se payer Zemmour" -

Ce réquisitoire a fait suite à une journée d'audience largement occupée par les demandes de renvoi et interminables questions de procédure de la défense. Les parties civiles ont tour à tour souligné "la grande violence" des propos de celui qui "teste la République" et "a une influence", selon Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

"On essaie de faire croire que ces audiences sont liées au statut de candidat putatif de M. Zemmour", dit M. Sopo à la barre, mais les associations anti-racistes ont "assez peu" l'habitude de poursuivre les candidats à la présidentielle, note-t-il.

Au total, une trentaine d'entre elles sont constituées, dont les associations SOS Racisme, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la Licra, ainsi qu'une vingtaine de conseils départementaux - les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, gérée par les départements.

La défense a longuement contesté la recevabilité de la plupart d'entre eux.

"Ils sont là parce qu'ils veulent se payer Eric Zemmour. Si vous voulez débattre avec lui, vous vous présentez à l'élection présidentielle !", leur a lancé Me Pardo.

"Nous sommes aujourd'hui objectivement dans un moment d'hégémonie de la pensée raciste", lance Me Arié Alimi, avocat de la LDH, qui rappelle la multiplication de projets d'actions violentes de groupes d'extrême droite ces dernières années. M. Zemmour "a vocation à se présenter à la présidentielle, et il y a une possibilité qu'il devienne président de la République", insiste-t-il, appelant le tribunal à être ferme "dans un moment d'Histoire où tout peut se passer".

Plus tôt dans la journée, l'avocat du polémiste Me Pardo avait soutenu que la citation pour provocation à la haine raciale ne se tenait pas : "Quand on dit +les Arabes+, on sait de quoi on parle", a-t-il dit. "Mais les mineurs isolés ne sont ni une race, ni une nation, ni une ethnie".

Les prises de position d'Eric Zemmour, 63 ans, lui ont valu depuis une dizaine d'années une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine.

L'ancien journaliste a été contraint à la mi-septembre de quitter l'émission phare de CNews à cause de ses ambitions présidentielles pour 2022. Il ne s'est encore pas déclaré candidat mais, selon des sources proches, il devrait le faire avant un premier meeting de campagne envisagé début décembre.

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