Guadeloupe: des routes bloquées au 4e jour de la mobilisation

Amandine ASCENSIO
<p>Blocage de routes en Guadeloupe pour protester contre l'obligation vaccinale le 17 novembre 2021</p>

La Guadeloupe a continué jeudi à voir ses routes, tout comme l'accès au CHU, bloquées par des manifestants lors du quatrième jour d'une mobilisation lancée par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes pour protester contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19.

Sur les barrages, qui se lèvent ou se renforcent selon les lieux, des voix s'élèvent pour contester la méthode. "Je n'ai pas pu rallier mon lieu de travail", raconte à l'AFP le docteur Tania Foucan, médecin au CHU de Guadeloupe. "Je ne sais pas qui va gérer mes consultations ce matin", écrit-elle sur les réseaux sociaux.

Peu avant 06H00 (11H00 à Paris), la route devant le CHU de Guadeloupe était bloquée dans les deux sens par des pneus érigés en barrière tenue par une "trentaine de manifestants, la plupart cagoulés", a constaté une vidéaste de l'AFP.

La barrière a été plusieurs fois démontée par les forces de l'ordre et remontée par les manifestants avant d'être enflammée sur l'un des deux axes. Le feu a ensuite été éteint, la route a été débloquée et la circulation a repris. Cependant, sur le piquet de grève du CHU, les seuls véhicules autorisés à entrer sont les ambulances.

"Certains de nos patients doivent monter à pied, même ceux de pathologies coronariennes", souligne le Dr Foucan.

"La situation est compliquée au CHU de Guadeloupe. Les barrages, les suspensions, les arrêts maladie mais aussi le blocage et les manifestations devant l'hôpital etc, perturbent le bon déroulement des soins (...) les chimiothérapies par exemple n'ont pas pu être administrés aujourd'hui. Les médecins ne peuvent rallier leur poste", explique à l'AFP Cédric Zolezzi, DG adjoint du CHU de Guadeloupe.

"Il y a du filtrage à l'entrée, notamment pour les internes dont certains sont empêchés de passer. L'un d'entre eux a même été agressé par une personne cagoulée", assure le DG adjoint qui déclare qu'"Il n'y a pas de dialogue possible".

La rectrice de région académique, Christine Goff-Ziegler, a également condamné jeudi dans un communiqué "l’ensemble des actes de vandalisme et les entraves à la circulation" ou "à l’accès des établissements", dont les élèves "sont les premières victimes".

- "Les gens ont besoin de travailler" -

Sur les autres axes routiers, y compris dans les petites routes des Grands Fonds, dans la campagne guadeloupéenne, des barrages bloquent le passage.

Nombre d'entre eux ont été démontés, "par des riverains ou des automobilistes", a constaté Steve Salim, entrepreneur spécialisé dans les circuits courts agricoles. "Il y a de nombreux points routiers où il n'y a personne sur les barrages", raconte-t-il.

L'entrepreneur, qui sillonne l'île pour assurer la livraison de ses paniers de légumes, n'a pas pu travailler normalement aujourd'hui: "C'est une grosse perte, 60 paniers me restent sur les bras. Mais j'ai aussi plusieurs palettes de paniers qui doivent partir à Saint-Martin et Saint-Barthélémy: le camion frigorifique ne peut pas prendre les petites routes". Il fustige les blocages alors que "les gens ont besoin de travailler après ces mois de pandémie".

Dans un communiqué, l'Union des Entreprises-Medef "condamne fermement les entraves à la liberté de circuler". "Où allons-nous ? Quelle est la légitimité de ceux qui interdisent l'accès aux soins ?", a questionné l'organisation patronale.

"Après des mois de mesures restrictives pour notre population et pour l'économie du pays, il est inacceptable de laisser prospérer cette spirale de l'autodestruction", a-t-elle ajouté, en estimant que les entreprises, dans lesquelles la grève générale appelée par les syndicats n'est pas très suivie, sont tout de même paralysées par les blocages.

Par ailleurs, l'épidémie de Covid reprend légèrement en Guadeloupe, bien que "la situation reste stable au niveau hospitalier", selon un communiqué de la préfecture, avec un taux de positivité à 1,5%. "Le respect des mesures de protection individuelle et collective est impératif", rappelle le communiqué.

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