Le secrétaire d'Etat américain au Nigeria, avec une relation à redéfinir

Shaun TANDON
<p>Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken à son arrivée à l'aéroport Nnamdi Azikiwe d'Abuja, au Nigeria, le 18 novembre 2021</p>

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a entamé jeudi une visite au Nigeria, où la gestion des droits humains suscite depuis un an de vives critiques aux Etats-Unis et des appels à une "refonte" des relations avec le pays le plus peuplé d'Afrique.

En provenance du Kenya, première étape de sa première tournée en Afrique subsaharienne, le chef de la diplomatie américaine a atterri dans la capitale Abuja et s'est directement rendu à la présidence pour un entretien avec le chef de l'Etat Muhammadu Buhari. Il rencontrera également au Nigeria des membres de la société civile.

M. Blinken est le premier diplomate américain de haut rang à se rendre au Nigeria depuis trois ans. Un haut-fonctionnaire voyageant avec lui a déclaré qu'il cherche à établir une relation "à la mesure de la taille et de l'importance du Nigeria".

"Je pense que nous avons été un peu irréguliers et peut-être inadéquats ces dernières années. J'aimerais donc que nous améliorions la qualité et la hauteur de notre engagement", a déclaré ce haut fonctionnaire.

<p>Le Secrétaire d'Etat américain Antony Blinken s'exprime à l'ambassade US à Nairobi, le 18 novembre 2021</p>

Première économie d'Afrique subsaharienne, le Nigeria, où vit 20% de la population de cette région, est un acteur essentiel sur le continent pour les différentes administrations américaines qui ont toutes courtisé les dirigeants nigérians depuis le rétablissement d'un pouvoir civil en 1999.

Mais depuis un an, le discours américain envers le Nigeria s'est fait plus ferme, notamment face à la sanglante répression d'un vaste mouvement de contestation contre les violences policières.

Alors candidat, Joe Biden avait exprimé sa solidarité avec les manifestants et exhorté le président Muhammadu Buhari – que M. Blinken rencontrera jeudi à Abuja– à infléchir la riposte des forces de sécurité.

Le sénateur américain Bob Menendez, membre du Parti démocrate et président la commission sénatoriale des Affaires étrangères, a appelé lors d'une audition de M. Blinken à une "refonte fondamentale du cadre de notre engagement global" avec le Nigeria.

- Retiré d'une liste noire -

Le Congrès a retardé la vente au Nigeria de 12 hélicoptères d'attaque américains Cobra, face aux interrogations sur l'engagement de l'armée à protéger les civils dans son combat contre l'insurrection jihadiste de Boko Haram depuis plus d'une décennie.

Mais le Nigeria a récemment commencé à recevoir une livraison séparée d'avions d'attaque au sol Super Tucano. Le président Donald Trump avait donné en 2017 le feu vert à cette vente, suspendue par son prédécesseur Barack Obama à la suite d'une frappe accidentelle nigériane sur un camp de réfugiés qui a tué plus de 100 personnes.

<p>La foule écoute le discours d'Antony Blinken le 18 novembre 2021 à Nairobi</p>

Avant sa visite, Antony Blinken a annulé une décision de M. Trump, en retirant le Nigeria d'une liste noire américaine des nations qui violent la liberté religieuse.

Le prédécesseur de M. Blinken, Mike Pompeo, qui ne s'est jamais rendu au Nigeria, avait pris cette décision à la fin de son mandat à la demande de chrétiens évangélistes qui dénonçaient des attaques qualifiées de systématiques contre cette communauté.

Le Nigeria a salué jeudi son retrait de cette liste.

M. Blinken a entamé sa tournée au Kenya, où il a appelé à des solutions africaines aux crises du continent, notamment à la guerre qui fait rage en Ethiopie, et s'est engagé à promouvoir la démocratie et la lutte contre le changement climatique et le Covid-19.

Pour Oge Onubogu, directrice pour l'Afrique de l'Ouest à l'Institut américain de la paix (Usip), l'administration Biden devrait voir des parallèles entre le Nigeria et l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent, où un conflit ethnique persistant s'est transformé en guerre dévastatrice menaçant la stabilité de toute la région.

M. Blinken peut insister sur le fait que "ce qui se passe au Nigeria n'affecte pas seulement le Nigeria, mais affecte également l'Afrique de l'Ouest et le reste du continent", explique-t-elle.

Selon elle, on ne peut plus faire "comme si de rien n'était" et les Etats-Unis doivent traiter plus directement avec le peuple nigérian, pas seulement avec le gouvernement.

"C'est ce que les gens regarderont", estime Mme Onubogu: "Ils diront +D'accord, le ton change+ mais ils voudront plus d'assurances que les choses changent réellement dans la bonne direction".

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