Tennis: un courriel attribué à la Chinoise Peng Shuai soulève des inquiétudes

Patrick BAERT avec Igor GEDILAGHINE à Paris
<p>La Chinoise Peng Shuai s'entraîne avant un match lors de l'Open d'Australie, le 13 janvier 2019 à Melbourne</p>

Le patron de la WTA, qui gère le circuit professionnel féminin de tennis, a exprimé son "inquiétude" concernant la sécurité de Peng Shuai et affirmé douter des informations officielles provenant de Chine sur la championne.

Le monde du tennis est sans nouvelles de la joueuse depuis qu'elle a accusé début novembre un ancien haut responsable chinois de l'avoir contrainte à un rapport sexuel.

"Le communiqué publié aujourd'hui (mercredi) par les médias officiels chinois concernant Peng Shuai ne fait qu'augmenter mon inquiétude quant à sa sécurité et sa localisation", écrit Steve Simon dans un communiqué publié mercredi soir.

"J'ai du mal à croire que Peng Shuai ait effectivement écrit l'email que nous avons reçu et qu'elle puisse penser les mots qui lui sont attribués", ajoute-t-il.

La chaîne d'État chinoise CGTN a dévoilé mercredi soir sur Twitter la capture d'écran d'un courriel attribué à Peng Shuai, que la joueuse chinoise aurait envoyé à la direction de la WTA, sans que l'authenticité du message puisse être confirmée.

Les propos tenus dans ce message à l'origine suspecte vont à l'encontre des déclarations de Peng Shuai, qui avait accusé un ancien vice-Premier ministre de l'avoir contrainte à un rapport sexuel il y a trois ans.

"Les informations, notamment concernant l'accusation d'agression sexuelle, sont fausses", affirmerait la joueuse dans ce message. "Je ne suis ni disparue ni en danger. J'étais juste au repos chez moi, tout va bien. Merci encore d'avoir pris de mes nouvelles".

- Aveux forcés -

Le contenu de ce message a soulevé des doutes quant à son authenticité: des utilisateurs de Twitter ont relevé qu'un curseur était visible sur le message diffusé par CGTN, un phénomène inexplicable pour une capture d'écran.

Par le passé, le régime communiste a été accusé de diffuser des aveux forcés de suspects sur les médias publics. La même chaîne CGTN s'est vue retirer sa licence au Royaume-Uni en début d'année pour avoir diffusé des "aveux" attribués à un citoyen britannique arrêté en Chine.

<p>La Chinoise Peng Shuai pendant l'Open d'Australie à Melbourne, le 21 janvier 2020</p>

"Les dernières déclarations de Peng Shuai, publiées par un média public, ne doivent pas être prises pour argent comptant", a déclaré William Nee, de l'association Défenseurs des droits de l'Homme en Chine.

"Le gouvernement chinois a une longue expérience consistant à détenir arbitrairement des gens impliqués des affaires controversées, à les empêcher de parler librement et à les contraindre à des déclarations publiques", a-t-il estimé dans un communiqué.

"C'est au gouvernement chinois de prouver qu'elle n'est pas en détention".

- "Incroyable courage" -

Le chef de l'organisation internationale du tennis féminin a observé que Peng Shuai avait "fait preuve d'un incroyable courage en décrivant des violences sexuelles dont elle dit avoir été victime de la part d'un ancien haut dirigeant chinois". Il réclame par ailleurs une "preuve indépendante et vérifiable" que la joueuse est en sécurité.

"J'ai tenté à plusieurs reprises de la joindre par différents moyens de communication, en vain", souligne-t-il, en réclamant que Peng Shuai "soit autorisée à s'exprimer librement, sans coercition ni intimidation d'aucune sorte."

L'ancienne N.1 mondiale en double, âgée de 35 ans, a accusé sur les réseaux sociaux l'ancien vice-Premier ministre Zhang Gaoli, qui a été de 2013 à 2018 l'un des sept hommes politiques les plus puissants de Chine, de l'avoir contrainte à une relation sexuelle avant d'en faire sa maîtresse.

Cette accusation avait été brièvement postée le 2 novembre sur le compte officiel Weibo (un équivalent chinois de Twitter) de la joueuse. La Chine avait très vite bloqué toute référence à ce message, dont l'AFP n'a pas été en mesure de confirmer s'il avait bien été écrit par elle.

Depuis, la joueuse n'a pas communiqué ou fait d'apparition publique et Zhang Gaoli n'a jamais réagi publiquement à ces accusations.

Interrogés à plusieurs reprises, les porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères ont dit tout ignorer de cette affaire et se sont refusé à tout commentaire en arguant qu'il ne s'agissait pas d'un dossier diplomatique.

Toute référence à cette affaire reste censurée sur l'internet chinois.

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