Violences en Guadeloupe: le gouvernement envoie des renforts policiers

Amandine ASCENSIO
<p>Blocages de routes en Guadeloupe pour protester contre l'obligation vaccinale le 17 novembre 2021</p>

Routes et accès au CHU bloqués, mais aussi immeubles et véhicules incendiés, et écoles fermées: la mobilisation anti-pass sanitaire et vaccin contre le Covid-19 dégénère en Guadeloupe, et le gouvernement hausse le ton en annonçant l'envoi de 200 policiers et gendarmes.

Ces renforts seront sur place "dans les prochains jours", ont annoncé les ministres des Outre-mer Sébastien Lecornu et de l'Intérieur Gérald Darmanin, en condamnant "avec la plus grande fermeté les violences qui se sont déroulées ces dernières heures en Guadeloupe".

La préfecture a activé une cellule de crise depuis 08H00 (13H00 à Paris) vendredi.

Le procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, a annoncé l'ouverture de deux enquêtes pour "dégradation par incendie en bande organisée et vols avec dégradation en bande organisée", concernant "des attaques de magasins", dont cinq bijouteries pillées à Pointe-à-Pitre.

Quatre immeubles de la ville, qui compte de nombreuses habitations en bois, sont partis en fumée dans la nuit, suite à ces pillages, ont indiqué à l'AFP les pompiers et une source policière.

La mobilisation lancée il y a cinq jours par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19 se double désormais de violences commises par des émeutiers.

Après une nuit particulièrement violente, les écoles restent fermées vendredi et, en raison de très nombreux barrages routiers, l’activité tourne au ralenti. Devant le CHU, les seuls véhicules autorisés à entrer restent les ambulances.

Les centres de dialyse de la Guadeloupe ont d'ailleurs alerté sur "un danger de mort" pour près de 800 patients dont les barrages pourraient empêcher l'accès aux soins.

Les gendarmeries du Lamentin et de Morne-à-L'Eau notamment ont été "assiégées" par des personnes parfois "encagoulées", des gendarmes blessés "par jets de pierres" et des véhicules incendiés, selon des sources policières et le Parquet.

"Désormais, il y a un mélange des personnes sur les barricades. Beaucoup de jeunes, en colère par rapport à la situation de la Guadeloupe. L'obligation vaccinale, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", estime Maïté M'Toumo, secrétaire générale de l'UGTG, en demandant "l'ouverture de négociations avec le gouvernement".

- "Actes de vandalisme" -

Au CHU, "les barrages routiers pénalisent énormément le personnel qui vient de tous horizons. On est obligé d’attendre que tout le monde soit présent pour démarrer et d’attendre que la relève soit présente pour continuer", explique à l'AFP Anne-Gaëlle Pascale, cadre de santé au bloc opératoire du CHU.

<p>Un barrage routier installé par des manifestants en Guadeloupe, le 17 novembre 2021</p>

"Il y a du filtrage à l'entrée, notamment pour les internes dont certains sont empêchés de passer. L'un d'entre-eux a même été agressé par une personne cagoulée", affirme à l'AFP Cédric Zolezzi, directeur adjoint du centre hospitalier, en déplorant l'absence "de dialogue".

La situation est d'autant plus complexe que depuis début novembre, "on est en personnel restreint" avec l'instauration de l'obligation vaccinale des soignants, rappelle Anne-Gaëlle Pascale. Ainsi, en chirurgie, 50% des effectifs habituellement au planning sont absents.

Selon la direction du CHU, un peu plus de 87% des agents du centre hospitalier possèdent un pass sanitaire, mais certains personnels sont suspendus pour pass non valide, à quoi s'ajoute "une vague d’arrêts maladie", "sur consigne syndicale", accuse Cédric Zolezzi.

"Le coupable, c’est celui qui a mis l’obligation vaccinale", dénonce de son côté Sandro Sormain, secrétaire adjoint de l’UTS-UGTG. "Le personnel suspendu à 50%, ça veut dire que (ceux qui restent) font le travail de deux personnes".

Les équipes du CHU s'adaptent comme elles peuvent. "Chacun donne du sien: un médecin anesthésiste remplace une infirmière anesthésiste, un aide-soignant remplace un brancardier", raconte Mme Pascale.

- "Grosse perte d'activité" -

Côté éducation, la rectrice de région académique, Christine Goff-Ziegler, a condamné jeudi "l'ensemble des actes de vandalisme et les entraves à la circulation" ou "à l’accès des établissements", dont les élèves "sont les premières victimes".

Sur les autres axes routiers, y compris dans les petites routes des Grands Fonds, dans la campagne guadeloupéenne, plusieurs barrages persistaient.

Mais nombre d'entre eux ont été démontés "par des riverains ou des automobilistes", témoigne Steve Salim, entrepreneur spécialisé dans les circuits courts agricoles, qui accuse "une grosse perte" d'activité.

Au Gosier (commune de la Grande-Terre), des débris brûlés jonchaient encore certaines routes. Des pneus brûlaient toujours sur le bas-côté d’une route barrée dans le secteur de Pliane, dont le centre commercial est resté fermé.

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