Soudan: appels à manifester dimanche, 40 morts depuis le putsch du 25 octobre

AFP
<p>Des Soudanais manifestent contre le coup d'Etat militaire dans la banlieue nord de Khartoum, le 17 novembre 2021</p>

Des opposants au putsch au Soudan ont de nouveau manifesté samedi pour réclamer le retour du pouvoir civil et appelé à de nouvelles protestations dimanche, malgré la répression qui a fait au moins 40 morts depuis le 25 octobre, selon des médecins.

Les Etats-Unis et l'Union africaine ont appelé à éviter le recours "excessif" à la force. L'ambassadrice de Norvège, membre de la Troïka à la manoeuvre sur le dossier soudanais avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, a dénoncé elle une répression "intolérable".

En menant un coup d'Etat le 25 octobre, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l'armée, a rebattu les cartes d'une transition chancelante au Soudan. Il a fait arrêter la quasi-totalité des civils au sein du pouvoir, mis un point final à l'union sacrée formée par civils et militaires et décrété l'état d'urgence.

Depuis, des protestations contre l'armée et appelant au retour du pouvoir civil ont eu lieu principalement à Khartoum et ont souvent été réprimées.

Samedi, des centaines de manifestants ont défilé à Khartoum-Nord, une banlieue de la capitale, érigé des barricades dans les rues et mis le feu à des pneus, selon un correspondant de l'AFP. "Non au pouvoir militaire", scandaient-ils.

- Commissariat incendié -

<p>Le chef de la police soudanaise Mahdi Ibrahim donnant une conférence de presse à Khartoum, le 18 novembre 2021</p>

Un commissariat a été incendié dans le secteur. Il n'était pas clair dans l'immédiat qui était les auteurs de ce délit.

Des militants prodémocratie ont appelé sur les réseaux sociaux à manifester en masse dimanche contre le coup d'Etat avec le hashtag "La marche du million le 21 novembre".

L'Association des professionnels soudanais (APS), l'un des fers de lance de la révolte populaire de 2019 qui poussa l'armée à écarter le général Omar el-Béchir après 30 ans de règne, a elle appelé les Soudanais à maintenir la pression pour un retour du pouvoir civil.

Et ce malgré l'intervention musclée des forces de l'ordre contre les manifestants.

Mercredi 17 novembre a été la journée la plus meurtrière depuis le coup d'Etat avec la mort de 16 personnes, la plupart à Khartoum-Nord, une banlieue reliée à Khartoum par un pont sur le Nil, selon un syndicat de médecins prodémocratie.

L'une des 16 personnes a succombé samedi à ses blessures. "Un adolescent de 16 ans touché par balle à la tête et à la jambe le 17 novembre est tombé en martyr", a déclaré ce syndicat dans un communiqué.

Son décès porte à 40 le nombre de personnes, parmi lesquelles des adolescents, tuées lors des manifestations depuis le 25 octobre. La grande majorité sont des manifestants.

La police assure qu'elle n'a jamais ouvert le feu contre les protestataires. Elle ne recense qu'un seul mort et 30 blessés parmi eux du fait, selon elle, du gaz lacrymogène, contre 89 policiers blessés.

Vendredi, des petits groupes de manifestants ont défilé à Khartoum mais ont été dispersés par les forces de sécurité à coups de gaz lacrymogènes.

Après l'aggravation des violences, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken s'est dit jeudi "profondément préoccupé" par la répression et a exhorté l'armée à autoriser les manifestations pacifiques, répétant la nécessité de "rétablir la transition dirigée par les civils".

- "Par surprise" -

<p>L'ambassadrice de Norvège au Soudan, Therese Loken Gheziel, s'exprimant lors d'une interview à l'AFP, le 16 novembre 2021</p>

L'Union africaine, qui a suspendu le Soudan, a également condamné "dans les termes les plus forts" la répression de mercredi et appelé à "la transition démocratique", selon un communiqué samedi.

De son côté, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exigé la libération de reporters arrêtés alors qu'ils couvraient les protestations, y compris Ali Farsab, qui selon l'organisation, a été battu et touché par balle mercredi.

Face aux appels au retour du pouvoir civil, le général Burhane reste inflexible. Il s'est renommé à la tête de la plus haute institution de la transition, le Conseil de souveraineté et a reconduit tous ses membres militaires ou pro-armée et nommé des civils apolitiques.

Les militaires en revanche tardent à nommer un nouveau gouvernement qu'ils promettaient depuis des semaines après la mise à l'écart du Premier ministre Abdallah Hamdok, placé en résidence surveillée.

Pour l'ambassadrice de Norvège, Therese Loken Gheziel, le monde nourrissait "de grands espoirs" au Soudan, qui ont été douchés par un coup d'Etat "qui nous a pris par surprise".

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