Elections au Venezuela: "bonne participation" pour le retour de l'opposition et des observateurs internationaux

Patrick FORT et Margioni BERMUDEZ
<p>Dans un bureau de vote à Caracas, sous l'oeil de Hugo Chavez, le 21 novembre 2021</p>

La participation s'annonçait "très bonne" dimanche lors des élections régionales au Venezuela qui voient le retour des observateurs internationaux après 15 ans absence, un scrutin qui constitue un point de départ pour le pouvoir et l'opposition, qui a rompu avec la stratégie du boycott.

"Nous allons avoir une très bonne participation", a affirmé lors d'une conférence de presse le président du Conseil national électoral (CNE) Pedro Calzadilla, sans toutefois donner de chiffres, alors qu'il y avait des files d'attente devant de nombreux bureaux de vote du pays au début de l'après-midi.

Il a précisé que "tout fonctionne comme prévu" malgré des "petits incidents" (retard à l'ouverture notamment).

Tout se passe avec "tranquillité" a confirmé la chef de la mission électorale européenne l'euro-députée portugaise Isabel Santos, qui présentera un rapport préliminaire sur le scrutin mardi.

Quelque 21 des 30 millions de Vénézuéliens sont appelés aux urnes pour élire 23 gouverneurs ainsi que les maires et conseillers de 335 communes de ce pays touché par une crise économique inédite et par l'hyper-inflation. 70.000 candidats sont en lice.

Les bureaux de vote, dotés de machines, devaient fermer à 18H00 (22H00 GMT) mais l'horaire pourrait être prolongé dans certains bureaux.

Les résultats sont attendus vers "2 ou 3H00 du matin" (6 ou 7H00 GMT lundi), selon une source au sein du CNE.

"J'exerce mon droit de vote dans un pays démocratique. Chaque élection est un bienfait pour ce pays béni malgré tous ses problèmes", a affirmé José Casanova, 74 ans, militant chaviste (du nom de Hugo Chavez, figure de la gauche radicale latino-américaine et défunt prédécesseur de M. Maduro) après avoir voté dans le grand quartier populaire de Petaré (Est de Caracas).

- Chaud et froid -

Le président Nicolas Maduro cherche à faire lever les sanctions économiques qui pèsent sur son pays en donnant des gages de bonne volonté et de démocratie.

De son côté, l'opposition divisée a finalement décidé d'aller au scrutin, en espérant qu'il lui permettra d'impulser une dynamique positive en vue de la présidentielle de 2024.

Le résultat ne fait guère de doute: le chavisme devrait l'emporter haut la main, lors de ce scrutin à un seul tour face à une opposition morcelée, estime le politologue Pablo Quintero.

<p>L'ancien candidat à la présidentielle pour l'opposition, Henrique Capriles, en conférence de presse le 19 novembre 2021 à Caracas</p>

Henrique Capriles, deux fois deuxième de la présidentielle, a reconnu que sans union, "soyons honnêtes: le PSUV (parti socialiste uni du Venezuela, au pouvoir) va gagner".

Selon les observateurs, l'opposition pourrait l'emporter dans six Etats tout au plus: Tachira, Zulia, Lara (Ouest), Nueva Esparta (île) ou Sucre et Anzoategui (est).

Faisant face à des sanctions économiques, notamment de la part des Etats-Unis qui veulent évincer Maduro du pouvoir, Caracas cherche à desserrer l'étau et à "faire lever au moins partiellement les sanctions, notamment celles sur le pétrole", estime Oswaldo Ramirez, consultant.

Le pouvoir a fait des concessions. Il a ouvert des négociations avec l'opposition et invité des missions d'observation de l'UE, de l'ONU ou de la fondation Carter. Habituellement à cheval sur sa "souveraineté", Caracas a même avalé quelques couleuvres comme des déclarations de Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l'UE. Cela "montre que le régime a besoin de cette mission" qui crédibilise le scrutin, selon un opposant.

"C'est le meilleur système électoral du monde", a lancé le président Maduro dimanche juste après avoir voté. Cette élection "est une victoire pour le Venezuela".

Soufflant le chaud et le froid, le président a aussi évoqué les observateurs européens: "Jusqu'à présent, ils se sont montrés à la hauteur respectant la constitution et les lois. Pourvu que cela dure jusqu'à la fin de leur mission".

L'opposition qui a boycotté la présidentielle de 2018 et les législatives de 2020 a rompu avec sa stratégie mais malgré les discours vantant l'union, les différentes tendances n'ont pas réussi à fusionner leurs listes.

Juan Guaido, sans pouvoir mais reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, estime qu'il faut "unifier la lutte". Il a indiqué qu'il n'irait pas voter. "Voter ou non (...) il n'y a pas de dilemme, il y a une certitude Maduro est et continuera à être illégitime".

Electrice à Chacao (centre de Caracas) Aura Hernandez, opposante de 67 ans, estime qu'il faut voter: "Si on ne participe pas, comment pouvons-nous réclamer?".

<p>File d'attente devant un bureau de vote, à Caracas, le 21 novembre 2021</p>

"Il n'y a pas de possibilité de fraude avec les machines", souligne un spécialiste électoral de l'opposition "mais il peut y avoir de la coercition, de la persécution, de la motivation (achat de voix, service etc...), une inégalité de l'accès aux médias".

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