En Bulgarie, le président sortant réélu pour poursuivre le changement

Vessela SERGUEVA
<p>Le président bulgare sortant et réélu Roumen Radev (à droite) salue des partisans après avoir voté au second tour de l'élection présidentielle, à Sofia le 2 novembre 2021</p>

Les Bulgares ont sans surprise renouvelé dimanche leur confiance à leur président, devenu une figure clef du mouvement anti-corruption dans ce pays, le plus pauvre de l'UE, selon des estimations sortie des urnes.

Roumen Radev, ancien pilote de chasse et ex-chef des forces armées âgé de 58 ans, a recueilli entre 63 et 65% des suffrages, selon trois instituts de sondage.

Son adversaire Anastas Guerdjikov, qui se présentait avec l'appui du parti conservateur Gerb de l'ex-Premier ministre Boïko Borissov, est crédité de 31 à 33% des voix.

Le scrutin, le quatrième de l'année, se déroulait en pleine vague meurtrière de la pandémie de Covid-19. Moins de 25% des 6,9 millions d'habitants sont complètement vaccinés, la mortalité y est une des plus élevées au monde et les vétustes hôpitaux sont débordés.

Dans cette république parlementaire des Balkans, c'est le gouvernement qui définit la politique, le président ayant un rôle essentiellement protocolaire.

- "Président du changement" -

Mais Roumen Radev, novice quand il a gagné en 2016, a donné à la fonction une autre ampleur et s'est imposé au fil des ans comme un personnage incontournable du jeu politique.

Sa réélection est une bonne nouvelle pour le jeune parti anti-corruption "Continuons le changement", vainqueur il y a une semaine des législatives.

"Le choix du président influera sur tout le développement de la Bulgarie", avait averti Kiril Petkov, qui brigue le poste de Premier ministre. Il avait appelé cette semaine à voter pour celui "qui a commencé le changement".

A l'été 2020, M. Radev s'était clairement rangé du côté des manifestants réclamant la démission de Boïko Borissov.

Puis, après les élections du 4 avril qui ont scellé la chute de son ennemi juré mais débouché sur une impasse politique, le général s'est de nouveau retrouvé en pleine lumière.

Il a choisi de nouveaux visages pour composer le gouvernement intérimaire, lequel a acquis une large popularité pour avoir mis au jour des pratiques de corruption de l'ère Borissov.

- Apathie -

Et ce sont deux ex-ministres de cette équipe qui ont remporté le scrutin législatif.

<p>Un assesseur d'un bureau de vote mobile, revêtu d'une combinaison de protection contre le coronavirus, recueille le vote au second tour de la présidentielle d'une femme dans le village de Voluek (Bulgarie), le 2 novembre 2021</p>

M. Petkov et son acolyte, Assen Vassilev, ont entamé cette semaine les tractations pour sortir d'une crise inédite depuis la fin du régime communiste.

Dans la capitale Sofia, des électeurs avaient confié leur désir d'un "nouveau départ".

"Tout va de travers. Je veux que cela change pour mes enfants, petits-enfants et anciens élèves", témoignait dans la matinée auprès de l'AFP une professeure à la retraite, Dobrinka Nakova, descendue dans la rue l'an dernier.

Mais la plupart des Bulgares se sont montrés peu enthousiastes après déjà trois élections cette année: selon la Commission électorale, le taux de participation était de 24% à 16H00 (14H00 GMT), en net retrait comparé à 2016.

- "Ne pas diviser la nation" -

Salué par beaucoup pour son rôle dans la marginalisation de Boïko Borissov après une décennie au pouvoir, Roumen Radev est accusé par ses détracteurs d'outrepasser ses fonctions et de "prendre parti".

<p>Anastas Gerdjikov, candidat indépendant à l'élection présidentielle bulgare, parle aux médias après avoir voté au second tour à Sofia le 21 novembre 2021</p>

"Le rôle du président est d'unir la nation, non de la diviser", avait lancé son adversaire Anastas Guerdjikov lors du débat d'entre-deux tours.

Le recteur de l'université de Sofia, lui aussi âgé de 58 ans, avait également attaqué Roumen Radev sur ses supposées sympathies pro-russes, qui lui avaient valu le sobriquet de "général rouge".

Mais au cours de son mandat, ce dernier a nuancé ses positions et "n'est plus considéré comme l'homme de Moscou", de l'avis des analystes.

"Les axes classiques de division en Bulgarie - Est-Ouest, droite/gauche - ont été dépassés par un nouvel axe commun à toutes les élections cette année": le ras-le-bol après 10 ans d'ère Borissov, a résumé le politologue Antony Todorov de la Nouvelle université bulgare.

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