En Bulgarie, le président sortant réélu pour poursuivre le changement

Vessela SERGUEVA
<p>Le président bulgare sortant et réélu Roumen Radev (à droite) salue des partisans après avoir voté au second tour de l'élection présidentielle, à Sofia le 2 novembre 2021</p>

Les Bulgares ont sans surprise renouvelé dimanche leur confiance à leur président, devenu une figure clef de la lutte anti-corruption dans ce pays, le plus pauvre de l'UE.

Roumen Radev, ancien pilote de chasse et ex-chef des forces armées âgé de 58 ans, a recueilli 66% des suffrages, selon les nouveaux décomptes des instituts de sondage. Les premiers résultats officiels ne seront connus que lundi.

Son adversaire Anastas Guerdjikov, qui se présentait avec l'appui du parti conservateur Gerb de l'ex-Premier ministre Boïko Borissov, est crédité de 32% des voix. Le recteur de l'université de Sofia a rapidement reconnu sa défaite, accusant "tout l'appareil d'Etat d'avoir travaillé pour le président en exercice".

Le scrutin, le quatrième de l'année, se déroulait en pleine vague meurtrière de la pandémie de Covid-19. Moins de 25% des 6,9 millions d'habitants sont complètement vaccinés, la mortalité y est une des plus élevées au monde et les vétustes hôpitaux sont débordés.

- Mettre fin au "pillage" -

Dans cette république parlementaire des Balkans, c'est le gouvernement qui définit la politique, le président ayant un rôle essentiellement protocolaire.

Mais Roumen Radev, novice quand il a gagné en 2016, a donné à la fonction une autre ampleur et s'est imposé au fil des ans comme un personnage incontournable du jeu politique. Il était soutenu par une large palette de partis et d'organisations.

Sa réélection vient conforter le mouvement anti-corruption sorti vainqueur des législatives il y a une semaine et engagé dans des tractations pour former un gouvernement.

"Les deux scrutins se sont combinés pour rompre avec le pillage, l'arbitraire, l'éradication de la mafia au pouvoir", s'est félicité M. Radev: "La Bulgarie sort du marasme".

Tout dépend désormais des négociations menées par Kiril Petkov, un entrepreneur quadragénaire qui doit sa renommée à M. Radev et brigue le poste de Premier ministre. Il avait appelé à voter pour celui "qui a commencé le changement".

A l'été 2020, M. Radev s'était clairement rangé du côté des manifestants réclamant la démission de Boïko Borissov.

Puis, après de précédentes législatives le 4 avril qui ont scellé la chute de son ennemi juré mais débouché sur une impasse politique inédite depuis la fin du communisme, le général s'est de nouveau retrouvé en pleine lumière.

Il a choisi de nouveaux visages pour composer le gouvernement intérimaire, lequel a acquis une large popularité pour avoir mis au jour des pratiques de corruption.

- Apathie -

<p>Un assesseur d'un bureau de vote mobile, revêtu d'une combinaison de protection contre le coronavirus, recueille le vote au second tour de la présidentielle d'une femme dans le village de Voluek (Bulgarie), le 2 novembre 2021</p>

Dans la capitale Sofia, des électeurs avaient confié leur désir d'un "nouveau départ".

"Tout va de travers. Je veux que cela change pour mes enfants, petits-enfants et anciens élèves", témoignait dans la matinée auprès de l'AFP une professeure à la retraite, Dobrinka Nakova, descendue dans la rue l'an dernier.

Mais la plupart des Bulgares se sont montrés peu enthousiastes après déjà trois élections cette année: le taux de participation est estimé à moins de 34%, soit le plus faible depuis la transition démocratique de 1989.

Salué par beaucoup pour son rôle dans la marginalisation de Boïko Borissov, Roumen Radev est accusé par ses détracteurs d'outrepasser ses fonctions.

<p>Anastas Gerdjikov, candidat indépendant à l'élection présidentielle bulgare, parle aux médias après avoir voté au second tour à Sofia le 21 novembre 2021</p>

Sa large victoire risque d'accentuer "la concentration des pouvoirs", a estimé à la télévision l'expert Antony Galabov. "Le président aura une influence incommensurable".

Roumen Radev est aussi régulièrement attaqué sur ses supposées sympathies pro-russes, qui lui avaient valu par le passé le sobriquet de "général rouge".

Au cours de son mandat, il a toutefois nuancé ses positions, de l'avis de plusieurs analystes.

"Les axes classiques de division en Bulgarie - Est-Ouest, droite/gauche - ont été dépassés par un nouvel axe commun à toutes les élections cette année": le ras-le-bol après une décennie d'ère Borissov, résume le politologue Antony Todorov, de la Nouvelle université bulgare.

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