Les Chiliens élisent leur président deux ans après le soulèvement social

Alberto PEÑA
<p>Des électeurs votent dans un bureau de Paine, au sud de Santiago, pour les élections présidentielles du 21 novembre 2021 au Chili</p>

Le Chili élit dimanche son nouveau président, deux ans après un soulèvement social sans précédent contre les inégalité sociales et en plein processus de rédaction d'une nouvelle Constitution.

Pour ces élections particulièrement indécises, le président sortant conservateur Sebastián Piñera a été la première personnalité à aller voter dans une école de Las Condes, un quartier aisé de Santiago.

"Toutes les opinions comptent. Venez voter", "Nous sommes capables de résoudre nos différends de manière pacifique, votons", a exhorté devant les caméras le chef de l'Etat qui après deux mandats (2010-2014, réélu en 2017) ne peut pas se représenter.

Les deux favoris des derniers sondages, crédités d'environ un quart des intentions de vote, se situent aux extrêmes du paysage politique, et en dehors des coalitions de droite et de centre gauche qui ont gouverné le pays depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

D'un côté, Gabriel Boric, 35 ans, ancien leader étudiant et candidat de la coalition de gauche "Apruebo dignidad" qui comprend notamment les communistes; de l'autre, José Antonio Kast, avocat de 55 ans et chef du mouvement d'extrême droite Parti républicain, qui surfe sur l'impopularité du gouvernement sortant.

"L'essentiel (est que) beaucoup de gens puissent se rendre aux urnes et que chacun puisse s'exprimer librement", a déclaré ce dernier après avoir voté à Paine, à 37 km au sud de Santiago.

"Que l'espoir l'emporte sur la peur", a pour sa part lancé Gabriel Boric, en votant dans sa ville natale de Punta Arenas, à l'extrême sud du pays.

"Nous représentons le processus de changement et de transformation qui arrive", a-t-il a ajouté, en proposant un changement du modèle de développement néolibéral du pays.

<p>Dans un bureau de vote pour l'élection présidentielle, à Santiago du Chili, le 21 novembre 2021</p>

Quelque 15 millions d'électeurs - sur une population de 19 millions - sont appelés aux urnes pour départager sept candidats à la présidence, renouveler la totalité de la Chambre des députés, la moitié du Sénat, ainsi que les conseils régionaux. Les bureaux de vote fermeront à 18H00 heure locale (21H00 GMT).

Juste derrière les deux favoris se détachent deux anciens ministres, la démocrate-chrétienne (centre-gauche) Yasna Provoste, 51 ans, et le libéral de droite, Sebastian Sichel, 44 ans.

"Ceux qui n'ont jamais été favoris apparaissent désormais comme des favoris", constate pour l'AFP Raul Elgueta, politologue à l'Université de Santiago. "Ce sont les dernières élections de l'ancien cycle et elles pourraient avoir une issue différente de ce que nous avons eu" jusqu'à présent, ajoute l'universitaire.

Avec 50% d'indécis, un vote non obligatoire et une remontée des cas de Covid-19, il s'agit du scénario le plus incertain depuis le retour à la démocratie.

Autre inconnue, la participation des jeunes, fortement mobilisés dans la rue depuis le soulèvement de fin 2019 pour plus de justice sociale, mais qui expriment régulièrement leur peu d'intérêt envers les propositions des candidats.

- Programmes opposés -

<p>Les principaux candidats au 1er tour de l'élection présidentielle au Chili du dimanche 21 novembre</p>

Ce scrutin particulièrement ouvert intervient deux ans après une crise sociale inédite dans le pays sud-américain pour réclamer une société plus juste.

Le programme de M. Boric vise à s'orienter vers un modèle d'État-providence et à garantir les droits sociaux. Il propose de "construire un État qui garantit les droits, qui garantit la dignité et l'égalité, c'est la seule façon d'avoir une stabilité sociale", a -t-il déclaré en conclusion de sa campagne jeudi.

De son côté, M. Kast tente de maintenir le modèle néolibéral hérité de la dictature de Pinochet et promet d'imposer "l'ordre, la sécurité et la liberté", après deux ans de révolte sociale suite aux manifestations qui ont éclaté en octobre 2019.

<p>Des soldats patrouillent devant le bureau électoral installé dans l'école Gualberto Kong Fernandez à Vallenar, Chili, le 20 novembre 2021</p>

"Deux modèles de société s'affrontent. Celui que nous représentons, de liberté et de justice, et (...) un pays dont nous ne voulons pas et qui tomberait dans le chaos, la faim et la violence", a déclaré José Antonio Kast, à la clôture de sa campagne, aux côtés de son épouse et de huit de ses neuf enfants.

Autre incertitude, la Constitution qui sortira des travaux entamés en juin par l'Assemblée constituante. Le texte, qui pourrait revoir les prérogatives du président et du Parlement, sera soumis aux Chiliens par référendum au cours du mandat à venir.

Quel qu'il soit "celui qui sera élu président affrontera une période difficile", prédit Claudia Heiss, professeure de sciences politiques à l'Université du Chili, soulignant les risques de "conflit social" lorsque les aides ayant permis de soutenir l'économie pendant la pandémie prendront fin.

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