Les Chiliens élisent leur président, scrutin très indécis

Alberto PEÑA
<p>Des électeurs votent dans un bureau de Paine, au sud de Santiago, pour les élections présidentielles du 21 novembre 2021 au Chili</p>

Les Chiliens votaient dimanche pour élire leur nouveau président, un scrutin très indécis avec deux favoris à l'opposé de l'échiquier politique.

Par une journée particulièrement chaude du printemps austral, les électeurs s'alignaient en longues files d'attente devant les bureaux de vote à Santiago, a constaté l'AFP.

L'affluence était également importante dans les autres grandes villes du pays. Les bureaux de vote fermeront à 18H00 heure locale (21H00 GMT) et les résultats sont attendus dans la soirée.

Quelque 15 millions d'électeurs - sur une population de 19 millions - sont appelés aux urnes pour départager sept candidats à la présidence, renouveler la totalité de la Chambre des députés, la moitié du Sénat, ainsi que les conseils régionaux.

Crédités d'environ un quart des intentions de vote par les derniers sondages, les deux favoris du premier tour se situent en dehors des coalitions de droite et de centre gauche qui ont gouverné le pays depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

D'un côté, Gabriel Boric, 35 ans, ancien leader étudiant et candidat de la coalition de gauche "Apruebo dignidad" qui comprend notamment les communistes ; de l'autre, José Antonio Kast, avocat de 55 ans et chef du mouvement d'extrême droite Parti républicain, qui surfe sur l'impopularité du président sortant, le conservateur Sebastian Piñera.

Le vote intervient deux ans après une crise sociale inédite dans le pays sud-américain pour réclamer une société moins inégalitaire.

La contestation, qui s'est parfois accompagnée au fil des semaines de violences et de pillages, a fait une trentaine de morts et des centaines de blessés.

"Il faut venir voter pour tourner cette page de division et de désordre dans les rues", a déclaré à l'AFP Cristina Arellano, une comptable de 42 ans, venue voter à Ñuñoa, un quartier bourgeois de la capitale.

Au Chili, le vote n'est plus obligatoire depuis 2012 et la participation électorale est généralement faible, notamment chez les jeunes. Mais ces derniers se sont fortement mobilisés dans la rue depuis le soulèvement de fin 2019.

En octobre 2020, pour le référendum sur un changement de Constitution, finalement plébiscité à 79%, ils avaient participé en nombre. Ils étaient à nouveau bien visibles dimanche devant les bureaux de vote.

"Nous devons voter, le pays a besoin de changements, nous en avons assez des mêmes politiciens",a déclaré à l'AFP Felipe Rojas, un étudiant de 24 ans. "Nous faisons la queue depuis plus d'une heure, ce n'est pas normal, nous voulons voter, assez de ce Chili", s'impatientait Carla Fuenzalida, 19 ans.

- "Venez voter" -

<p>Dans un bureau de vote pour l'élection présidentielle, à Santiago du Chili, le 21 novembre 2021</p>

Cette participation des jeunes pourrait favoriser Gabriel Boric qui, à 35 ans, est le plus jeune candidat à la présidence de l'histoire du Chili. Le jeune député promet un modèle d'Etat-providence et de garantir les droits sociaux à l'éducation et la santé.

"Que l'espoir l'emporte sur la peur", a pour sa part lancé Gabriel Boric, en votant dans sa ville natale de Punta Arenas, à l'extrême sud du pays. "Nous représentons le processus de changement et de transformation qui arrive.

De son côté, M. Kast, qui pourrait l'affronter au second tour du 19 décembre, veut maintenir le modèle néolibéral hérité de la dictature de Pinochet et promet d'imposer "l'ordre, la sécurité et la liberté".

"L'essentiel (est que) beaucoup de gens puissent se rendre aux urnes et que chacun puisse s'exprimer librement", a déclaré ce père de neuf enfants, après avoir voté à Paine, à 37 km au sud de Santiago.

<p>Les principaux candidats au 1er tour de l'élection présidentielle au Chili du dimanche 21 novembre</p>

Juste derrière les deux favoris se trouvent deux anciens ministres, la démocrate-chrétienne (centre gauche) Yasna Provoste, 51 ans, et le libéral de droite, Sebastian Sichel, 44 ans.

"Toutes les opinions comptent. Venez voter", avait exhorté dès l'ouverture des bureaux de vote le président Piñera, qui après deux mandats (2010-2014, réélu en 2017) ne peut pas se représenter.

<p>Des soldats patrouillent devant le bureau électoral installé dans l'école Gualberto Kong Fernandez à Vallenar, Chili, le 20 novembre 2021</p>

Le pays est également en plein processus de rédaction d'une nouvelle Consitution. Le texte, qui pourrait revoir les prérogatives du président et du Parlement, sera soumis aux Chiliens par référendum au cours du mandat à venir.

"Ce sont les dernières élections de l'ancien cycle et elles pourraient avoir une issue différente de ce que nous avons eu" jusqu'à présent, estime Raul Elgueta, politologue à l'Université de Santiago.

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