Biden à l'offensive pour faire baisser le pétrole et remonter sa cote auprès des Américains

Aurélia END
<p>Le président Joe Biden salue des militaires sur une base de Caroline du Nord (est), le 22 novembre 2021</p>

Joe Biden a annoncé mardi une offensive inédite pour tenter de faire baisser les prix du pétrole, et donc de l'essence, espérant enfin convaincre les Américains qu'il est bien le président de la classe moyenne.

Avant que ses compatriotes ne prennent la route pour la fête très familiale de Thanksgiving, qui tombe jeudi, le démocrate a lancé l'initiative dont bruissait le marché depuis quelque temps: puiser dans les réserves stratégiques d'or noir.

Elles contiennent actuellement 609 millions de barils, et habituellement, les Etats-Unis ne touchent qu'avec parcimonie à cet or noir enterré en Louisiane et au Texas, en cas de catastrophes naturelles ou de crises internationales.

Cette fois, non seulement Joe Biden assume de prélever 50 millions de barils pour corriger les prix, mais il le fait en plus de manière coordonnée au niveau international, ce qui est inédit.

Pour l'occasion, Washington et Pékin ont mis leur rivalité de côté: la Chine est l'un des pays gros consommateurs d'or noir à se joindre à cette initiative, tout comme l'Inde, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni.

L'un des ténors du camp républicain, le sénateur Lindsey Graham, a dénoncé par communiqué un "abus" de l'utilisation de ces réserves, qui ne doivent selon lui servir que pour "des urgences."

A l'inverse, le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a salué une initiative qui va apporter un "répit temporaire plus que bienvenu" aux automobilistes.

Le prix de l'essence est un sujet politique brûlant, particulièrement pour Joe Biden, qui clame que son principal objectif politique est de faciliter la vie de la classe moyenne, découragée face à la mondialisation et à la pandémie de Covid-19.

Le président démocrate veut réveiller le rêve américain de l'aisance matérielle à la portée de tous, pour prouver la supériorité du modèle démocratique sur les dictatures.

Dans les faits, tant bien que mal, Joe Biden déroule son programme.

En l'espace de dix jours, il a promulgué un plan monstre de rénovation des infrastructures de 1.200 milliards de dollars, et fait avancer la procédure législative pour un pharaonique programme de 1.750 milliards de dollars de dépenses sociales et climatiques.

<p>Deux plateformes pétrolières en construction le 13 juin 2021, à Port Fourchon en Louisiane (sud-est).</p>

Sur le front de la lutte contre le Covid-19, le président démocrate peut désormais déployer la vaccination des enfants, et des doses de rappel ("boosters") pour les adultes.

- Message positif -

Mais malgré ces avancées, et un marché de l'emploi qui ne cesse de progresser, Joe Biden est impopulaire.

Selon le site FiveThirtyEight, qui agrège des sondages, sa cote de popularité, en baisse depuis un retrait militaire chaotique d'Afghanistan cet été, était inférieure à 43% mardi.

L'inflation, qui atteint des sommets, y est pour quelque chose. Et en particulier la hausse des prix à la pompe, dans un pays où prendre la voiture est autant une nécessité, faute de transports publics développés, qu'un mode de vie.

Le prélèvement de 50 millions de barils de réserve est symbolique - cela ne couvre que trois jours de demande des raffineries américaines.

Joe Biden espère surtout un impact psychologique, à la fois sur des pays producteurs tels que l'Arabie saoudite, qui renâclent à ouvrir les vannes, et sur son opinion publique.

M. Biden doit prononcer mardi à 19h00 GMT, avant de prendre une pause prolongée pour Thanksgiving, un grand discours sur l'économie.

Le président, après avoir épuisé le vocabulaire de l'effort contre la pandémie et de la lutte contre la récession, a visiblement envie de déployer un message plus positif.

Lundi, il en avait donné un avant-goût. "Voici les faits: record de création d'emplois, croissance record, record de création de petites entreprises. Voilà qui devrait nous donner confiance (...) en nous-mêmes et dans l'avenir", avait-il déclaré.

La Maison Blanche a aussi, ces derniers jours, tenté d'imprimer un esprit de fête en remettant au goût du jour une série de traditions mises à mal par la pandémie.

L'on a ainsi vu vendredi un Joe Biden visiblement ravi enfiler les mauvaises blagues au moment de gracier deux dindes avant Thanksgiving, sur fond de fanfare et de gloussements des volatiles.

Lundi, son épouse Jill Biden a accueilli l'immense sapin de Noël qui va orner la Maison Blanche. Et dans la soirée, le couple a enfilé des tabliers - marqués du sceau présidentiel - pour servir un dîner traditionnel à des militaires et à leurs familles.

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