L'ONU va évacuer les familles de ses employés internationaux en Ethiopie

Robbie COREY-BOULET
<p>Un char détruit abandonné sur une route près de Humera, en Ethiopie, le 22 novembre 2020</p>

L'ONU va évacuer d'ici à jeudi les familles de ses employés internationaux en Ethiopie tandis que la France appelle ses ressortissants à quitter "sans délai" ce pays, où des combats se rapprochent de la capitale après plus d'une année de guerre entre forces gouvernementales et rebelles dans le nord.

Un document interne des services de sécurité de l'ONU, daté de lundi et consulté mardi par l'AFP, demande à l'organisation de "coordonner l'évacuation et d'assurer que tous les membres éligibles des familles du personnel recruté à l'étranger quittent l'Ethiopie au plus tard le 25 novembre 2021".

<p>Carte d'Ethiopie localisant les régions du Tigré, de l'Afar et de l'Amhara, ainsi que Debre Sina</p>

"Compte tenu de la situation sécuritaire dans le pays et par excès de prudence, l'ONU a décidé de réduire son empreinte dans le pays en relocalisant provisoirement toutes les personnes à charge éligibles", a déclaré le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, estimant à plusieurs centaines le nombre des personnes concernées par cette mesure.

Parallèlement, "tous les ressortissants français sont formellement appelés à quitter le pays sans délai", souligne l'ambassade de France à Addis Abeba dans un courriel envoyé aux membres de la communauté française.

Avant la France, plusieurs autres pays dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis, ont exhorté leurs ressortissants à quitter l'Ethiopie, où la communauté internationale ne parvient pas à obtenir un cessez-le-feu.

L'ambassade de France, qui dit prendre cette décision au vu de "l’évolution de la situation militaire", ajoute prévoir de faciliter le départ des Français sur des vols commerciaux en réservant des sièges et "si nécessaire" d'affréter un vol charter.

Selon elle, plus de 1.000 Français vivent en Ethiopie.

Un de ses responsables a déclaré à l'AFP que des départs "volontaires" du personnel pourraient avoir lieu, notamment parmi les familles.

Le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé début novembre 2020 l'armée fédérale au Tigré afin de destituer les autorités de cette région, issues du Front de libération du Tigré (TPLF), qui défiaient son autorité et qu'il accusait d'avoir attaqué des bases militaires.

<p>Un membre des forces fédérales éthiopiennes prend un selfie lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes du conflit au Tigré, à Addis Abeba, le 3 novembre 2021</p>

M. Abiy, Prix Nobel de la paix 2019, avait proclamé la victoire trois semaines plus tard, après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais, en juin, les combattants fidèles au TPLF ont repris l'essentiel du Tigré et ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l'Amhara et de l'Afar.

Fin octobre, le TPLF a revendiqué la prise de deux villes-clés en Amhara, se rapprochant ainsi de la capitale - ce qu'avait démenti le gouvernement éthiopien.

Le TPLF, qui s'est allié avec un groupe rebelle oromo actif dans la région qui entoure la capitale, a affirmé se trouver à Shewa Robit, à 220 km au nord-est d'Addis Abeba.

Le gouvernement n'a pas commenté cette information.

Selon des diplomates, certains combattants rebelles ont atteint la localité de Debre Sina, plus proche d'environ 30 km de la capitale.

Des responsables à Addis Abeba ont affirmé au cours d'un briefing avec des diplomates que les forces de sécurité, qui incluent des groupes de jeunes, oeuvraient à assurer la sécurité de la capitale.

"La propagande et les discours de terreur disséminés par les médias occidentaux contredisent pleinement l'état pacifique de la ville, donc la communauté diplomatique ne devrait pas s'inquiéter ou avoir peur", a déclaré Kenea Yadeta, le chef du bureau d'Addis Abeba pour la paix et la sécurité.

- "Au front" -

<p>Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed le 4 octobre 2021 à Addis Abeba</p>

Lundi, M. Abiy a dit vouloir aller sur le front pour diriger les soldats affrontant les rebelles.

"A partir de demain, je serai mobilisé sur le front pour mener les forces armées", a-t-il déclaré dans un communiqué posté sur Twitter. "Ceux qui veulent être parmi les enfants éthiopiens qui seront salués par l'histoire, levez-vous pour le pays aujourd'hui. Retrouvons-nous au front".

<p>Des soldats éthiopiens en formation au sud du Tigré le 15 septembre 2021</p>

Mardi, les chefs d'Etat sud-africain et kényan, Cyril Ramaphosa et Uhuru Kenyatta, ont réitéré l'appel à un cessez-le-feu à l'occasion d'une rencontre à Pretoria.

L'émissaire américain pour l'Ethiopie, Jeffrey Feltman, a quant à lui fait état mardi de "progrès naissants" en vue d'un règlement diplomatique du conflit, mais a prévenu que "l'escalade" militaire risquait de les rendre vains. Il s'exprimait de retour d'une nouvelle mission à Addis Abeba.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a récemment averti des risques d'"implosion" de l'Ethiopie si aucune solution politique n'était trouvée.

<p>Des Ethiopiens ayant fui les violences dans la région du Tigré font la queue pour recevoir de la nourriture, le 19 juin 2021 à Mekele</p>

Par ailleurs, des centaines de milliers de personnes sont selon l'ONU au bord de la famine au Tigré en raison du conflit, qui a également fait des milliers de morts et plus de deux millions de déplacés.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a annoncé mardi à Genève le début d'une "importante" opération d'aide humanitaire pour aider plus de 450.000 personnes dans le nord, à Dessie et Kombolcha.

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