Sous l'"emprise" du Covid, l'Europe pourrait dénombrer 700.000 morts supplémentaires

Camille BAS-WOHLERT
<p>Un soignant pousse un lit transportant le corps d'un patient décédé du Covid-19 à l'hôpital Lozenets à Sofia, en Bulgarie, le 9 novembre 2021</p>

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est alarmée mardi de l'"emprise" du Covid-19 en Europe qui pourrait faire 700.000 morts supplémentaires sur le continent, où les nouvelles restrictions sanitaires suscitent la colère.

Si les sombres prédictions de l'OMS venaient à se réaliser, cela porterait à 2,2 millions le nombre total de décès dus à la pandémie sur le Vieux Continent d'ici au printemps.

"La Région Europe reste sous l'emprise de la pandémie de Covid-19. La semaine dernière, les décès signalés dus au Covid-19 sont passés à près de 4.200 par jour, soit un doublement par rapport aux 2.100 décès quotidiens enregistrés à la fin du mois de septembre", a souligné l'OMS.

"On peut s'attendre à ce que les lits d'hôpitaux soient soumis à une pression élevée ou extrême dans 25 pays et à une pression élevée ou extrême dans les unités de soins intensifs dans 49 des 53 pays d'ici au 1er mars 2022", a-t-elle alerté dans un communiqué.

Plus de 1,5 million de personnes sont déjà mortes du Covid dans la région.

<p>Des cercueils portant la mention "Covid-19" au crématorium de Meissen, dans l'est de l'Allemagne, le 13 janvier 2021</p>

Dans une formule choc, le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, a prévenu que "chacun ou presque sera vacciné, guéri ou mort" d'ici "vraisemblablement la fin de l'hiver" en raison de la propagation du variant Delta qui provoque une nouvelle flambée des cas dans le pays.

Les autorités américaines ont d'ailleurs conseillé à leurs ressortissants d'éviter de se rendre en Allemagne et au Danemark, lui aussi frappé de plein fouet par la nouvelle vague de la pandémie.

Pour l'OMS, l'augmentation des cas en Europe s'explique par la combinaison de la prévalence du variant Delta hautement contagieux, d'une couverture vaccinale insuffisante et de l'assouplissement des mesures anti-Covid.

"La situation (...) est très sérieuse", a affirmé mardi son directeur régional pour l'Europe, Hans Kluge, qui a appelé à adopter une approche "vaccin plus", associant vaccination, port du masque, mesures d'hygiène et distanciation.

- Contestations -

Dans l'Union européenne, 67,7% de la population a reçu deux doses de vaccins mais les écarts sont vertigineux entre les pays. Ainsi, seuls 24,2% des Bulgares sont vaccinés contre 86,7% des Portugais.

<p>Un patient infecté par le Covid-19 en soins intensifs dans un hôpital public de Salzbourg, en Autriche, 17 novembre 2021</p>

Pour préserver la mobilité au sein de l'espace européen, la Commission travaille actuellement à une "mise à jour" des recommandations et doit présenter ses propositions pour actualiser le certificat européen dans les prochains jours.

Pour l'heure, afin de contrer cette nouvelle vague dans la région, les gouvernements resserrent la vis - du confinement en Autriche, aux nouvelles restrictions sanitaires en Belgique et aux Pays-Bas, qui ont donné lieu à des manifestations de violences.

Le gouvernement néerlandais a dénoncé ces troubles, des actes de "violence pure" de la part d'"idiots", selon le Premier ministre, Mark Rutte, à l'heure où les Antilles françaises sont, elles, en proie à une contestation de l'obligation vaccinale contre le Covid-19.

La contestation des soignants et des pompiers entamée le 15 novembre en Guadeloupe a tourné à la crise sociale émaillée de violences dans ce département français des Caraïbes, où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Sur l'île voisine de la Martinique, une mobilisation similaire se poursuit et forces de l'ordre et pompiers ont essuyé des tirs d'arme à feu, qui n'ont pas fait de blessés, dans la nuit de lundi à mardi.

- Troisième dose -

S'il apparaît, selon l'OMS, "de plus en plus évident que la protection induite par la vaccination contre les infections et les formes bénignes décline", l'organisation recommande désormais un rappel pour les plus vulnérables, y compris les immunodéprimés.

<p>Un soignant déplace le corps d'un patient décédé du Covid-19 dans la chambre mortuaire de l'hôpital Bichat Claude Bernard, à Paris, le 29 janvier 2021</p>

En France, le Conseil de défense va plancher mercredi sur le calendrier des rappels face à cette question rendue pressante par l'accélération de l'épidémie dans l'Hexagone, dont la contamination du Premier ministre, Jean Castex, est un exemple symbolique.

Cette réunion permettra "d'aborder la question de l'extension de la troisième dose du vaccin, considérant les recommandations que nous avons obtenues des différentes autorités scientifiques et sanitaires", a indiqué mardi le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Pendant ce temps, Israël a entamé sa campagne de vaccination des enfants de cinq à onze ans, devenant ainsi l'un des premiers pays, après les Etats-Unis, à abaisser aussi drastiquement l'âge d'accès au vaccin.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.