Antilles: nouvelles violences durant la nuit, les barrages continuent

Karl LORAND avec Cécile REMUSAT en Guadeloupe et Emmanuelle TRECOLLE à Paris

Des violences ont de nouveau eu lieu en Martinique et en Guadeloupe dans la nuit de mardi à mercredi, faisant des blessés parmi les forces de l'ordre, tandis que les barrages continuaient de paralyser l'activité sur ces deux îles en proie à une crise sociale d'ampleur.

"En Basse-Terre quatre interpellations ont été réalisées et deux à Pointe-à-pitre. Au cours des interventions de cette nuit, deux gendarmes ont été légèrement blessés", a indiqué mercredi après-midi la préfecture de Guadeloupe.

La préfecture, qui a prolongé le couvre-feu jusqu'à samedi, assure que "le dispositif de sécurité renforcé mis en place cette nuit (de mardi à mercredi) a permis de déjouer des tentatives de cambriolages et d'assurer un retour au calme et à la sérénité".

"Celles et ceux qui cassent et qui s'en prennent aux forces de l'ordre, la nuit, en tirant à balles réelles sur eux, n'ont rien à voir avec des manifestants ou avec des personnes formant des revendications sanitaires", a estimé devant le Sénat le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu qui a assuré qu'en Guadeloupe, "la réponse pénale est en cours: pratiquement une centaine d'interpellations au moment où je vous parle".

Si certaines routes étaient vierges de tout blocage, d'autres étaient parsemées de différents barrages, certains filtrants, d'autres où les véhicules passaient sans encombre et d'autres totalement impossibles à franchir. Des gendarmes organisaient des opérations de déblaiement sur certains axes, comme à Rivière des Pères, à Basse-Terre, selon la gendarmerie.

- Levée des barrages en Martinique -

En Martinique, cinq gendarmes mobiles, selon la gendarmerie, et quatre policiers (syndicat police), ont été blessés lors d'échauffourées dans le quartier de Sainte-Thérèse, à Fort-de-France, déjà le théâtre la nuit précédente de tirs par arme ciblant les forces de sécurité.

<p>Des manifestants bloquent une route lors d'une grève générale, le 23 novembre 2021 à Fort-de-France, en Martinique</p>

"Deux individus ont été arrêtés à Schoelcher après qu'une bande circulant à moto a ouvert le feu sur les gendarmes qui tenaient un contrôle routier", selon la gendarmerie. Un tireur a été arrêté, selon un syndicat de police.

Ces violences sont advenues malgré l'annonce d'une levée des barrages par l'intersyndicale qui avait appelé à une grève générale pour dénoncer, comme en Guadeloupe, l'obligation vaccinale et les suspensions de soignants, mais aussi le coût de la vie et les prix des carburants.

Cet appel avait pour but de ramener le calme en Martinique pour éviter un embrasement comme en Guadeloupe où le bureau des internes a annoncé mercredi qu'ils exerçaient leur droit de retrait, évoquant un "péril imminent" face à l'"insécurité croissante" et à des "menaces" quand ils se rendent sur leur lieu de travail.

Depuis Paris, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a dénoncé une "minorité récalcitrante" et "violente" qui prend "toute une île en otage".

"La santé publique ne peut pas être instrumentalisée à des fins politiques", a-t-il insisté à l'issue du Conseil des ministres lors duquel le président Emmanuel Macron a "rappelé que notre objectif, notre cap, c'est de protéger les Guadeloupéens".

Pour calmer la situation, le Premier ministre Jean Castex avait notamment annoncé lundi la création d'une "instance de dialogue" afin de "convaincre et d'accompagner individuellement, humainement", les professionnels concernés par l'obligation vaccinale.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a également "décidé de mettre en place une structure qui va permettre de trouver une solution à chacune des 1.400 personnes suspendues parce qu'elle ne sont pas en conformité avec cette obligation vaccinale", a expliqué Sébastien Lecornu.

- "Contre la vie chère" -

Des solutions qui n'ont pas convaincu en Guadeloupe. "Il y en ras le bol. L'Etat laisse pourrir la situation. Au lieu de répondre, ils nous envoient le GIGN. Tant qu'il n'y pas de négociation, on est là, on attend", a déclaré à l'AFP, Colette, qui refuse de donner son nom, participant à un rassemblement au niveau d'un barrage, sur la commune Les Abymes.

Cette technicienne administrative dans un centre de dialyse dépendant du CHU, est contre l'obligation vaccinale qu'elle assimile à "un viol". Opposée au vaccin principalement par "manque de recul", elle a "reçu sa mise en demeure préalable à sa suspension".

Colette manifeste aussi pour "l'emploi de la jeunesse, contre la vie chère". Quand on lui demande si le mouvement s'essouffle, elle répond "pas à mon niveau, mais il faut faire attention, car les gens en ont marre".

Dans l'opposition, la cheffe de file des députés insoumis Mathilde Panot a souligné la "conjonction de facteurs" à l'origine de cette "colère sociale immense" en Guadeloupe, en insistant particulièrement sur la "crise de l'eau", alors que "le premier geste barrière dans une pandémie c'est se laver les mains".

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