La Colombie commémore cinq ans de paix avec les FARC

Hector Velasco
<p>Le Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres (g) et l'ancien commandant des FARC Rodrigo Londoño, alias Timochenko (d) à Dabeiba au nord-ouest de Bogota, le 23 novembre 2021</p>

Il y a cinq ans prenait fin l'un des conflits les plus cruels et les plus longs d'Amérique latine : la Colombie a commémoré mercredi l'accord historique qui a permis le retour à la paix et le désarmement de la guérilla marxiste des FARC.

Dans un acte de réconciliation renouvelé, les signataires de l'accord de 2016 se sont symboliquement retrouvés à Bogota pour la première fois depuis cinq ans et ont réaffirmé leur engagement devant les représentants de la communauté internationale et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Côte à côte, l'ex-président (2010-2018) et prix Nobel de la paix Juan Manuel Santos et l'ancien commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) Rodrigo Londoño ont, chacun à leur manière, loué les avancées du "train de la paix".

La présence de l'actuel président Ivan Duque, qui fut longtemps un adversaire de l'accord de 2016 car le jugeant trop favorable aux FARC, a ajouté à la force de la cérémonie organisée dans les locaux de la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), tribunal créé pour rendre justice aux neuf millions de victimes du conflit : tués (260.000), mutilés, disparus et déplacés.

"Nous insistons pour demander pardon aux victimes de nos actions durant le conflit, nous comprenons chaque jour un peu plus leur douleur et cela nous remplit de tristesse et de honte", a déclaré M. Londoño, plus connu sous son nom de guerre de "Timochenko".

<p>L'ancien président colombien Juan Manuel Santos à Bogota le 22 novembre 2021</p>

"Rien ni personne ne peut ébranler notre conviction que la voie que nous avons empruntée est la bonne", a assuré celui qui fut à la tête de près de 13.000 combattants, aujourd'hui démobilisés et qui tentent de se réintégrer à la vie civile. Près de 300 d'entre eux ont néanmoins été assassinés depuis 2016.

L'ex-président Juan Manuel Santos, l'homme qui est parvenu à convaincre les FARC de s'asseoir à la table des négociations, a dressé un bilan "positif" des cinq années de l'accord signé avec M. Londoño, qui "a respecté ses engagements".

"Le train de la paix que tant de personnes ont voulu faire dérailler ou arrêter continue d'avancer", a jugé M. Santos, exprimant au passage sa "satisfaction" de voir que l'actuel président Duque, l'un de ses plus grands adversaires politiques, soit lui aussi "monté dans ce train".

- "Risques pour la paix" -

<p>Les FARC</p>

Avec l'accord de 2016, souvent loué par les diplomates comme un "modèle pour le monde", la guérilla des FARC, un mouvement de paysans ayant pris les armes dans les années 1960, en pleine Guerre froide, est devenue un parti politique légal (sous l'appellation "Comunes") avec une représentation garantie au parlement, mais sans réelle influence dans les urnes.

L'accord signé il y a cinq ans prévoyait des réformes politiques et agraires - la question de la terre est une clé du conflit - qui en théorie devraient être mises en oeuvre d'ici 2031.

S'il a permis de réduire considérablement la violence, de nombreux groupes armés continuent de sévir dans le pays, dont des dissidents des FARC ayant repris les armes, qui ont exploité à leur avantage le vide laissé dans les montagnes par le départ de l'ancienne guérilla marxiste.

Ces groupes, comptant près de 10.000 membres, vivent du narcotrafic et de l'exploitation minière illégale, contribuant à la déforestation.

La situation sécuritaire dans ces zones éloignées et marginalisées reste critique, avec des violences à l'encontre des communautés locales, en particulier indigènes et d'origine africaine, des assassinats de leaders sociaux, de défenseurs des droits humains et de l'environnement.

Le patron des Nations unies a de nouveau mis en garde, comme il l'avait fait la veille, contre les "risques pour la paix" posés par les "groupes armés liés au trafic de drogue".

"Il n'est pas trop tard pour inverser cette tendance en concentrant tous les efforts (...) dans les endroits où la violence est la plus intense", a souligné M. Guterres, renouvelant le "soutien total" de l'ONU.

<p>Une maison dans un espace territorial de formation et de réintégration (ETCR) à Dabeiba au nord-ouest de Bogota, le 23 novembre 2021</p>

De son côté, après avoir appelé à une minute de silence et énuméré les actions de son gouvernement en faveur de la paix, le président Duque a appelé à une "vérité totale" et "pas une vérité sur mesure" pour les victimes du conflit. "Nous tous ici voulons voir une justice efficace, rapide et réelle", a insisté le président conservateur.

Cible fréquente de la droite colombienne, la JEP se prépare à rendre ses premières condamnations contre l'ancien commandement des FARC pour plus de 21.000 enlèvements. Elle doit également juger des militaires pour les exécutions de quelque 6.400 civils.

En échange de la reconnaissance de leurs crimes et de réparations faites aux victimes, les accusés pourront bénéficier de peines alternatives à la prison.

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