Londres et Paris sous le choc après la plus terrible tragédie migratoire dans la Manche

Zoé LEROY avec Sylvie MALIGORNE
<p>Un canot de sauvetage de la RNLI sur une plage de Dungeness, sur la côte sud-est de l'Angleterre, le 24 novembre 2021</p>

La mort mercredi de 31 migrants dans le naufrage de leur embarcation dans la Manche, un drame aussi terrible qu'inédit, a provoqué une onde de choc à Londres et Paris, qui ont appelé à un sursaut international contre le trafic migratoire après des semaines de tension.

Parmi les victimes figurent cinq femmes et une fillette, a précisé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, accouru à Calais, évoquant aussi "au conditionnel" un disparu. Deux migrants ont été rescapés mais leur pronostic vital est engagé.

Le bilan, annoncé par le chef de l'Etat Emmanuel Macron, "est en cours de consolidation " a précisé dans la soirée le ministère de l'Intérieur.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a réagi le président, réclamant "une réunion d'urgence des ministres européens".

Il a promis que tout serait "mis en œuvre pour retrouver et condamner les responsables" de ce naufrage au large de Calais, qualifié de "tragédie" par le Premier ministre Jean Castex.

"Choqué, révolté et profondément attristé", le Premier ministre britannique Boris Johnson a assuré vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales.

"Nous avons eu des difficultés à persuader certains de nos partenaires, en particulier les Français, d'agir à la hauteur de la situation", a-t-il déclaré sur Sky News après une réunion de crise, pointant les désaccords franco-britanniques.

"La réponse doit évidemment venir aussi de Grande-Bretagne", lui a répondu Gérald Darmanin, appelant à "une réponse internationale coordonnée très dure".

Londres et Paris étaient récemment convenus de renforcer leur coopération pour tarir les départs, après l'arrivée le 11 novembre de 1.185 migrants en Angleterre, un record.

- "Long boat" -

Le drame de mercredi, redouté par les autorités et les associations, est de loin le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel, empruntés jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre.

Les navires de sauvetage ramenant les victimes ont accosté dans la soirée dans le port de Calais, où un hangar a été ouvert pour accueillir les corps.

Les dépouilles doivent être transférées à l'institut médico-légal de Lille pour autopsie, a précisé à l'AFP la procureure de la République Carole Etienne.

La Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lille a été saisie de l'enquête ouverte pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs".

Avant ce naufrage, le bilan des décès depuis le début de l'année s'élevait à trois morts et quatre disparus, après six morts et trois disparus en 2020.

Selon M. Darmanin, quatre passeurs soupçonnés d'être en lien avec la tragédie ont été arrêtés, mais la procureure n'a pas "confirmé cet élément dans le cadre de sa saisine".

Le drame s'est déroulé sur un "long boat", un bateau gonflable fragile au fond souple. L'utilisation de ces embarcations particulièrement dangereuses est de plus en plus fréquente depuis cet été.

- "Cimetière à ciel ouvert" -

"Nous avons récupéré six corps à la dérive", a raconté Charles Devos, le patron de la vedette Notre-Dame du Risban de la SNSM de Calais, décrivant "une embarcation pneumatique carrément dégonflée".

<p>Des migrants débarqués d'un canot de sauvetage de la RNLI sur une plage de Dungeness, sur la côte sud-est de l'Angleterre, le 24 novembre 2021</p>

D’importants moyens ont été dépêchés lors du sauvetage, notamment deux hélicoptères et trois bateaux.

La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), s'en est pris à Boris Johnson, qui "n'a pas le courage lui-même de prendre des responsabilités".

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées dans la soirée près du port, munis de petites bougies. "La honte Bouchart, Calais devient un corbillard" ou encore "Darmanin assassin t’as du sang sur les mains", ont-ils scandé.

"Les gens meurent dans la Manche qui est en train de se transformer en cimetière à ciel ouvert", s'est alarmé Pierre Roques, de l'Auberge des Migrants, une association locale.

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), "choquée et bouleversée", a estimé que "seuls les efforts coordonnés et solidaires (...) permettront de prévenir de nouvelles tragédies".

Les tentatives de traversées de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé ces trois derniers mois, avait mis en garde vendredi dernier le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux.

<p>Un gendarme maritime recherche des migrants tentant de traverser la Manche, le 12 août 2021</p>

Au 20 novembre, 31.500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l'année et 7.800 migrants avaient été sauvées. Une tendance qui n'a pas baissé malgré les températures hivernales.

Selon Londres 22.000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année.

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