Magdalena Andersson, "bulldozer" et première femme à gouverner la Suède

Marc PRÉEL
<p>Magdalena Andersson, élue Première ministre suédoise, le 24 novembre 2021 à Stockholm</p>

Elue mercredi première femme Premier ministre de Suède, Magdalena Andersson s'est taillée à 54 ans une réputation de "bulldozer" qui va désormais devoir tenir les murs de la gauche face à un rapprochement inédit entre droite et extrême-droite.

Héritière du chef de gouvernement démissionnaire Stefan Löfven dont elle a été la ministre des Finances pendant sept ans, cette économiste diplômée de la plus grande école de commerce de Suède arrive aux commandes à moins d'un an d'élections disputées prévues en septembre 2022.

Avec ses cheveux blonds mi-longs, l'ancienne nageuse de haut niveau se définit comme une "femme sympa et travailleuse", qui aime décider.

Mais politiquement, elle s'est bâtie une réputation de femme à poigne, sûre de son fait, au ton direct qui déstabilise dans une Suède souvent policée, soulignent les experts interrogés par l'AFP.

"Des gens ont même dit qu'ils avaient peur d'elle, ce qui est assez drôle quand cela vient de professeurs d'économie ou de politologues d'élite", avance Anders Lindberg, chef du service politique du quotidien Aftonbladet, proche des sociaux-démocrates.

La télévision publique SVT a intitulé "le bulldozer" une récente émission à son sujet.

- "Frugaux" -

Son slogan? "La Suède peut mieux faire".

A Bruxelles, cette "radine" autoproclamée porte la ligne suédoise faite de modération budgétaire jusqu'à former l'an dernier avec l'Autriche, les Pays-Bas et le Danemark le petit club des "frugaux" opposés à un trop grand plan de relance européen. Elle a aussi pris la présidence l'an dernier d'un comité consultatif au Fonds monétaire international (FMI).

<p>Biographie de Magdalena Andersson, Première ministre de Suède</p>

"Elle a une façon d'argumenter qui rappelle un peu Angela Merkel, ce qu'elle veut dire n'est pas toujours complètement clair, mais elle finit par l'emporter parce que personne d'autre ne sait répondre car elle maîtrise tous les détails", dépeint Anders Lindberg.

Qu'il ait fallu attendre 2021 pour voir une femme cheffe de gouvernement élue par le Parlement fait figure de quasi anomalie historique dans une Suède championne de l'égalité des genres.

Pour Magdalena Andersson, cette première a des airs de cadeau empoisonné alors que les sociaux-démocrates sont proches de leurs plus bas historiques dans les sondages et usés par sept ans au pouvoir.

Elle devra contrer le parti conservateur des Modérés, qui s'est progressivement rapproché avec le parti anti-immigration des Démocrates de Suède (SD) depuis 2017 et est depuis peu désormais prêt à gouverner avec son appui au Parlement.

- "Bon petit soldat" -

Un basculement politique majeur en Suède au terme d'une grosse décennie de percée de l'extrême-droite, nourrie par l'hostilité aux importantes entrées de réfugiés, avant un tour de vis décidé par Stefan Löfven en 2015-2016.

Proche de son précédesseur, Magdalena Andersson a un parcours singulièrement différent de l'ancien syndicaliste métallo.

"Elle aime bien se présenter aujourd'hui comme un bon petit soldat qui a organisé les pauses café et beurré les sandwiches aux réunions de parti. Mais elle vient d'une élite intellectuelle", résume Jonas Hinnfors, professeur de sciences politiques à l'Université de Göteborg.

Née à Uppsala, capitale académique de la Suède, cette fille unique d'un universitaire et d'une enseignante s'illustre d'abord dans les bassins, où elle se fait remarquer par sa détermination et finit championne de Suède junior de natation.

En parallèle de ses brillantes études - la "Handels" de Stockholm, équivalent suédois d'HEC, complétée par un passage à Harvard, elle plonge dans la vie de "sosse", militant social-démocrate.

Membre de la branche jeunesse, SSU, depuis ses 16 ans, elle devient collaboratrice du Premier ministre Göran Persson en 1996 et alterne les fonctions au sein du parti et des postes de haut fonctionnaire.

"C'est quelqu'un (...) qui vient de l'intérieur du système", selon Anders Lindberg.

Plutôt marquée au départ à l'aile gauche, elle a suivi "en pragmatique" le virage centriste de son parti, note M. Hinnfors.

Son premier défi va être d'imposer sa marque, selon les analystes.

Sous son style assez BCBG, la quinquagénaire, mariée à un professeur de "Handels" et mère de deux enfants, recèle quelques surprises. A l'image de sa chanson préférée: "B.Y.O.B" du groupe de heavy metal System of a Down.

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