Suède: Andersson en passe d'être élue première cheffe du gouvernement

Marc PREEL avec Hélène DAUSCHY
<p>Magdalena Andersson, ministre des Finances suédoise et cheffe du Parti social-démocrate, à Stockholm, le 11 novembre 2021</p>

Le Parlement suédois vote mercredi pour élire Première ministre la cheffe des sociaux-démocrates Magdalena Andersson, qui semble s'être assurée in extremis le soutien nécessaire pour devenir la première femme à diriger le pays nordique.

Après des jours de négociations incertaines dont la politique suédoise est coutumière, elle a décroché mardi soir un accord avec le Parti de Gauche, qui réclamait une hausse des retraites pour l'adouber à la tête du gouvernement.

Sauf surprise de dernière minute, l'actuelle ministre des Finances, âgée de 54 ans, a désormais les appuis nécessaires pour être investie. Et succéder à son camarade Stefan Löfven, qui avait décidé de se retirer après sept ans au pouvoir et à l'approche des législatives de septembre 2022 qui s'annoncent disputées.

Pour pouvoir devenir Premier ministre en Suède, un candidat ne doit pas nécessairement avoir une majorité pour lui, mais ne pas être rejeté par une majorité absolue (175 sièges sur 349) au Parlement.

Le vote est prévu à partir de 08H00 GMT.

Lundi, le président du Parlement Andreas Norlén, chargé de piloter le processus de désignation, avait fixé le vote à mercredi matin, afin de tenter d'accélérer les négociations en l'absence d'accord.

"Il arrive qu'une date limite rende les parties négociantes plus disposées à faire des compromis", constate Anders Sannerstedt, professeur de sciences politiques à l'Université de Lund.

Bien que championne affichée de l'égalité des sexes, la Suède n'a jamais jusqu'ici eu de femme Première ministre, contrairement à tous les autres pays nordiques.

La passation de pouvoir avec Stefan Löfven risquait de tourner au mauvais feuilleton pour Magdalena Andersson, une économiste et ancienne nageuse de haut niveau, connue pour son style direct et pragmatique, mais parfois "technocrate".

<p>Le Premier ministre suédois Stefan Löfven (g) sert la main au président du parlement Andreas Norlen lors de la remise de sa démission à Stockholm, le 10 novembre 2021</p>

Les équilibres politiques serrés du Parlement suédois, qui avaient déjà vu la formation d'un gouvernement prendre quatre mois après les dernières élections de 2018, lui ont compliqué la tâche.

Les sociaux-démocrates, alliés au gouvernement avec les écologistes, doivent en effet s'assurer le soutien ou a minima de l'abstention sur leurs deux bords: le Parti du Centre d'une part, le Parti de Gauche de l'autre.

La cheffe de ce dernier, Nooshi Dadgostar, avait déjà brièvement fait chuter Stefan Löfven en juin lors d'un vote de défiance inédit, avant de permettre son retour au pouvoir une fois un projet de libéralisation des loyers enterré.

- Trois priorités -

Elle réclamait cette fois-ci un geste sur les retraites, alors que la fameuse réforme suédoise des pensions a fragilisé de nombreux petits retraités.

Au terme de l'accord annoncé mardi soir, quelque 700.000 retraités verront leur pension augmenter de 1.000 couronnes (environ 100 euros) par mois.

Magdalena Andersson a aussi obtenu le soutien du Parti de Gauche pour son budget 2022, dont l'adoption par le Parlement s'avérait également épineuse.

Peu probable, la seule hypothèse d'échec serait désormais que le Parti du Centre juge l'accord sur les retraites inacceptable et retire son soutien promis à Mme Andersson.

<p>Magdalena Andersson (g), ministre des Finances suédoise, est élue à la tête du Parti social-démocrate, à Göteborg, le 4 novembre 2021</p>

Seule candidate après le retrait de M. Löfven, "Magda" Andersson avait pris la tête des sociaux-démocrates début novembre.

Une fois acquise sa nomination à Rosenbad, le siège du Premier ministre, son grand défi est connu: parvenir à convaincre les électeurs de maintenir les sociaux-démocrates au pouvoir en septembre prochain.

Autour de 25% dans les sondages, le parti jadis mené par Olof Palme garde son rang de première formation politique de Suède, mais est proche de ses planchers historiques.

Il devra contrer son grand rival, le parti conservateur des Modérés. Ce dernier s'est rapproché du parti d'extrême-droite anti-immigration des Démocrates de Suède (SD) et est désormais prêt à gouverner avec son appui au Parlement.

Les jeux d'alliances entre grands et petits partis rendent le scrutin encore plus imprévisibles, soulignent les analystes.

Pour relancer son camp, Magdalena Andersson a fixé trois grandes priorités: "reprendre le contrôle démocratique" sur les écoles, le système de santé et les maisons de retraite après une vague de privatisations; installer la Suède en championne du climat; et combattre la ségrégation et la brutale guerre des gangs que la Suède ne parvient pas à enrayer.

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