Antilles: une "solution individuelle" examinée pour les personnels suspendus en Guadeloupe

Karl LORAND avec Cécile REMUSAT en Guadeloupe et Emmanuelle TRECOLLE à Paris
<p>Une manifestante portant un t-shirt aux couleurs de l'UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe) lève le poing devant du matériel brûlé aux Abymes, près de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, le 24 novembre 2021</p>

Le gouvernement envisage une "solution individuelle" pour les personnels soignants et pompiers de Guadeloupe devant être suspendus car rétifs à la vaccination obligatoire, selon le ministère des Outre-mer, alors que le préfet de Martinique, où la crise s'est étendue, a instauré jeudi un couvre-feu face aux violences urbaines nocturnes.

A l'issue d'une réunion en visioconférence avec le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, le président de l'association des maires de Guadeloupe Jocelyn Sapotille a avancé que la suspension de l'obligation vaccinale "refusée au départ, aujourd'hui (était) étudiée" par le gouvernement.

"Nous ne demandons pas d'abroger la loi, elle s'applique, mais nous demandons une parenthèse pour régler la situation de 1.200 à 1.300 Guadeloupéens qui vont se retrouver sans revenus" car suspendus, a-t-il ajouté à la presse.

Mais un porte-parole du cabinet du ministère des Outre-mer a affirmé à l'AFP que "l'obligation vaccinale des soignants et des pompiers ne sera pas levée".

Le ministère des Outre-mer s'est engagé à "appliquer la loi avec proportionnalité et discernement dans le cadre des instances locales de dialogue et d'écoute", précise un communiqué publié à l'issue de la réunion à laquelle participaient également le préfet, des membres des cabinets du ministre de l'Intérieur et du ministre des Solidarités et de la Santé.

"Il est légitime qu'une solution individuelle puisse être proposée à chaque personnel devant être suspendu" a ajouté le ministère, qui tiendra vendredi à 15h00 une réunion similaire avec le président du conseil régional, le président du conseil départemental et les parlementaires du territoire de Guadeloupe.

Alors que l'opposition à l'obligation vaccinale a constitué l'élément déclencheur de la crise, qui s'est étendue à des revendications sociales, les maires de Guadeloupe proposent également que les soignants ne souhaitant pas se vacciner soient soumis à des tests PCR "réguliers".

"Les travaux interministériels doivent (...) se poursuivre dans les heures à venir pour annoncer la stratégie retenue", a dit le ministère.

Les élus demandent aussi la venue de Sébastien Lecornu sur place "dans un délai assez court" et l'ouverture d'un débat sur une éventuelle évolution du statut de la Guadeloupe.

Selon le ministère, Sébastien Lecornu se rendra "prochainement sur place", mais un tel déplacement "ne doit pas s’organiser sous la pression et doit s’inscrire dans le cadre d’engagements précis et partagés".

- "Démissions en chaîne" -

La crise a gagné la Martinique, département voisin où, comme son homologue de Guadeloupe vendredi dernier, le préfet a imposé un couvre-feu, "de 19H00 à 5H00".

Il a pour objectif "le retour à une situation apaisée" qui "permet(te) ensuite de dialoguer, de travailler, d'avancer", mais également "le retour du service public et la réouverture du système scolaire", a indiqué le préfet de Martinique Stanislas Cazelle à l'AFP.

La sécurité sera renforcée dès la nuit de jeudi à vendredi, a-t-il précisé, "avec un dispositif plus mobile et plus nombreux pour cibler les points les plus difficiles".

Les tensions et blocages de certains axes perduraient jeudi sur les deux îles.

En Martinique, des détonations ont notamment été entendues vers 17h30 et de grosses fumées noires sont apparues dans le ciel au-dessus de Châteauneuf, a constaté une journaliste de l’AFP.

<p>Evolution de l'incidence, des nouvelles hospitalisations et de la vaccination en Guadeloupe et en Martinique et moyenne française, selon Santé publique France</p>

Les tensions à l'hôpital de Pointe-à-Pitre depuis le début de la grève générale le 15 novembre commencent à faire sentir leurs effets: une association d'internes a invoqué mercredi le droit de retrait de ses adhérents pour "péril imminent" et des médecins hospitaliers démissionnent.

"Je ne comprends pas que l'action syndicale soit tournée vers des entraves à l'outil de travail (...) vers des intimidations, des insultes, des agressions envers les personnels et particulièrement les médecins", a déclaré sur la radio RCI Guadeloupe le directeur du CHU, Gérard Cotellon. "Je commence à payer les conséquences de tout ça: ce sont des démissions en chaîne".

La direction du CHU de Martinique a pour sa part annoncé que "dans le contexte actuel", elle était contrainte "d'activer le service minimum sur

<p>L'épave d'une voiture brûlée bloque une rue de Fort-de-France, le 25 novembre 2021</p>

l'ensemble des sites du CHUM afin de sécuriser les professionnels et les patients", en raison de "grandes difficultés à assurer les soins dans l'institution".

En Martinique également, les autorités locales et nationales ont ouvert la porte à un dialogue avec les syndicats et les élus.

Les leaders des 17 organisations syndicales, le préfet et le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy, ont ainsi participé jeudi à une réunion de conciliation à la préfecture. Les participants en sont ressortis au bout de 4H, mais aucun n'a souhaité s'exprimer jusque là sur la teneur des discussions.

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