Ukraine: impression de "calme avant la tempête" sur la ligne de front

Sergey VOLSKY
<p>Un militaire ukrainien observe des positions des séparatistes prorusses près du village de Talakivka, dans la région de Donetsk, le 24 novembre 2021</p>

Les mains sur sa mitrailleuse, un soldat ukrainien scrute la steppe grisâtre en direction des positions des séparatistes prorusses. Malgré le calme apparent, il reste vigilant, au moment où Kiev et l'Occident redoutent une offensive de Moscou.

"Je n'exclus jamais la possibilité d'une attaque d'envergure", lâche ce militaire de 21 ans au nom de guerre "Joura", équipé d'un casque, d'un gilet pare-balles et d'une cagoule.

"On riposte de temps en temps aux tirs de l'ennemi", témoigne Joura, qui défend les positions ukrainiennes près du village de Talakivka, dans la région de Donetsk (est).

Posté depuis huit mois sur cette ligne de front qui se trouve près de Marioupol, dernière grande ville de l'Est contrôlée par Kiev, il trouve que la situation s'est un peu calmée depuis deux semaines.

Mais "chez une autre brigade, ça tire tous les jours et assez fort", surtout le soir, avec de "l'artillerie de calibre 82 et 120 millimètres", relate le jeune homme.

Les adversaires ne sont qu'à quelques centaines de mètres de là. "Il faut toujours rester sur ses gardes", souligne Joura.

Car malgré l'accalmie apparente, la tension est à son comble.

Les Etats-Unis, l'Otan et l'Union européenne s'alarment en effet depuis plusieurs semaines des mouvements de troupes russes autour de l'Ukraine, craignant une invasion.

- "Prêt à riposter" -

<p>Un militaire ukrainien observe des positions des séparatistes prorusses près du village de Talakivka, dans la région de Donetsk, le 24 novembre 2021</p>

La Russie nie toute velléité d'agression, mais tous ici ont en mémoire l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, suivie d'une guerre entre Kiev et des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine qui a fait plus de 13.000 morts et dure encore.

Malgré ses dénégations, le Kremlin est considéré comme le parrain des séparatistes et est accusé de leur fournir des hommes et de l'armement.

Si l'intensité des violences a considérablement baissé à partir de 2015, elle n'a cessé de remonter cette année.

Le chef des renseignements militaires ukrainiens Kyrylo Boudanov a déclaré dimanche dans une interview que la Russie avait massé près de 92.000 soldats aux frontières de l'Ukraine, anticipant une offensive fin janvier ou début février.

Une telle attaque pourrait impliquer des frappes aériennes et d'artillerie, suivies d'assauts aéroportés et amphibies, notamment contre Marioupol ainsi qu'une plus petite incursion au nord via le Bélarus voisin, a déclaré M. Boudanov au média américain Military Times.

Pour Joura, "il se peut que (les Russes) veulent faire monter les enchères" ou "simplement accroître les tensions dans la société" ukrainienne.

Il n'exclut toutefois pas la possibilité d'une réelle attaque. "J'y suis prêt", assure-t-il. "On donnera une riposte digne de ce nom à l'ennemi".

Alors que l'armée ukrainienne était dépassée en 2014, elle paraît désormais plus confiante, forte de l'expérience du combat accumulée et mieux équipée, notamment grâce à l'aide des alliés occidentaux.

- Moyens renforcés -

L'Ukraine a notamment reçu des Etats-Unis des munitions, des navires, des dispositifs de missiles antichar américains Javelin et du matériel médical.

<p>Un militaire ukrainien dans une tranchée près du village de Talakivka, dans la région de Donetsk, le 24 novembre 2021</p>

Kiev a aussi utilisé le mois dernier, pour la première fois, un drone de combat fourni par la Turquie, suscitant l'ire de Moscou.

A quelques kilomètres de Joura, Anatoliï, un autre soldat ukrainien, participe à un entraînement de tir avec sa kalachnikov.

"En ce moment, c'est plutôt calme, mais c'est peut-être le calme avant la tempête", déclare ce militaire de 21 ans originaire de la région de Tchernivtsi (ouest). Pour lui, "il y a un très grand risque" d'une guerre avec Moscou.

"Tout dépend du pouvoir ukrainien et de la communauté internationale, de son soutien à l'Ukraine" qui pourrait avoir un effet dissuasif, ajoute-t-il.

Signe que la menace est prise au sérieux, le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a mis en garde jeudi la Russie contre toute tentative d'invasion, affirmant qu'elle le "paierait cher".

Une main sur la crosse de son arme, Anatoliï espère que tous les préparatifs ne serviront à rien et que la guerre "n'aura pas lieu".

Mais, ajoute-t-il, "il est aussi possible que ce soit seulement une question de temps".

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