Des chefs de partis souverainistes réunis à Varsovie pour débattre de l'UE

Stanislaw WASZAK
<p>La chef de file de l'extrême droite française, Marine Le Pen, à Varsovie le 3 décembre 2021 à l'occasion d'une réunion de partis souverainistes</p>

Une quinzaine de partis souverainistes d'extrême droite et conservateurs, dont le Rassemblement national de Marine Le Pen, candidate à la présidentielle française, et le parti polonais Droit et Justice (PiS), signataires en juillet d'une déclaration commune en vue d'une alliance, se sont réunis samedi à Varsovie pour débattre de leur vision de l'UE et tenter de se rapprocher.

Les discussions qui se déroulent dans l'hôtel Regent ont été inaugurées par le président du PiS Jaroslaw Kaczynski. Avant le début de la conférence, une dizaine de manifestants ont scandé devant l'hôtel "Non au fascisme!", "Traitres!".

Vendredi, lors de la première journée de son déplacement à Varsovie, Mme Le Pen a indiqué à la presse que l'objectif de cette rencontre était de créer "ce grand groupe" au Parlement européen où les partis souverainiste sont actuellement scindées en deux groupes distincts.

"On peut envisager avec optimisme dans les mois qui viennent le débouché si vous voulez de cette force politique" qui, si elle voit le jour, "sera la deuxième force au sein du parlement européen", a-t-elle déclaré.

Parmi les signataires de la déclaration de juillet figurent, outre Mme Le Pen, le le chef de la Ligue italienne Matteo Salvini (absent à Varsovie), le Premier ministre et patron du Fidesz hongrois Viktor Orban, M. Kaczynski, le président de Vox en Espagne Santiago Abascal, ainsi que la cheffe de Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni.

Au Parlement européen, le RN et la Ligue appartiennent au groupe Identité et Démocratie (ID), tandis que Droit et Justice, Vox et Fratelli d'Italia sont dans le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE). Le Fidesz, qui a divorcé en mars du groupe du Parti populaire européen (PPE), est lui à la recherche d'autres partenaires.

"C'est un travail de longue haleine de réussir à réunir l'ensemble des mouvements politiques. Ca prend du temps", a reconnu Mme Le Pen, pour qui la rencontre de Varsovie sera une "étape importante".

Les partis signataires de la déclaration en juillet ont insisté la nécessité d'une "réforme profonde" de l'UE, craignant la "création d'un super-État européen".

-- "Tournant historique" --

Selon Ewa Marciniak, politologue de l'Académie polonaise des sciences, les participants tâcheront de "minimiser les différences entre eux", notamment leurs positions parfois divergentes face à Moscou, sur l'avortement, le mouvement LGBT, ou leurs affiliations historiques, insistant sur "la volonté commune de retrouver les racines de l’UE".

Cette rencontre entre souverainistes intervient dans un contexte particulier avec la création d'une nouvelle coalition gouvernementale en Allemagne et la récente signature d'un traité franco-italien de coopération renforcée.

"Un des éléments du nouvel accord de coalition en Allemagne évoque la fédéralisation de l’UE", à l'opposé des souhaits des leaders souverainistes, rappelle Ewa Marciniak.

<p>Le Premier ministre polonais Mateusz Morawieckidevant le Parlement européen à Strasbourg, le 19 octobre 2021</p>

Vendredi, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a considéré qu'il s'agit en ce moment d'un "tournant dans l'histoire de l'Europe, de l'Union européenne, des États membres souverains de l'UE".

"Soit (...) ensemble nous mettrons un barrage à l'usurpation qui concentre le pouvoir entre les mains des élites européennes (...), soit nous serons confrontés à l’extension des compétences (des institutions européennes, ndlr) et à la contraction de ce qu’est l'une des les meilleures inventions de l'humanité, c'est-à-dire des États souverains", a-t-il estimé lors d'une réunion d'experts.

De son côté, Katalin Novak, ministre hongroise de la Famille, a assuré que "l'objectif de Fidesz est de faire en sorte que les personnes nationalistes, pro-liberté, anti-immigration et respectueuses des valeurs familiales traditionnelles soient représentées aussi fortement que possible dans le processus décisionnel européen".

En octobre, Mme Le Pen a déjà rencontré MM. Morawiecki et Orban, pour dénoncer "l'asservissement" de l'UE et la "submersion migratoire".

La Pologne et la Hongrie sont menacées par un mécanisme de l'UE permettant de suspendre le versement de fonds européens en cas de violation des principes de l'Etat de droit, en raison de leurs démêlés récurrents avec Bruxelles sur le respect des valeurs jugées fondamentales au sein de l'Union européenne.

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