Présidentielle: Taubira se jauge face à "l'impasse" d'une gauche plus que jamais divisée

Robin BJALON
<p>L'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira, participant à une audition parlementaire sur l'indépendance de la justice, le 9 juillet 2020, à Paris / AFP PHOTO / Thomas SAMSON</p>

Fin du suspense... jusqu'à "la mi-janvier": Christiane Taubira a dit vendredi "envisager" sa candidature à l'Elysée, "donnant rendez-vous à la mi-janvier" à ses sympathisants, pour répondre à "l'impasse" d'une gauche plus que jamais divisée.

"J'envisage d'être candidate à l'élection présidentielle de la République française", a déclaré l’ancien ministre de la Justice de François Hollande dans une vidéo de trois minutes diffusée sur les réseaux sociaux.

"Je ne serai pas une candidate de plus", a-t-elle toutefois affirmé, assurant vouloir "mettre toutes (ses) forces dans les dernières chances de l'union", à l'heure où la gauche est éparpillée entre plusieurs candidatures, pour un faible total d'environ 25% des intentions de vote au premier tour.

A 69 ans, la native de Cayenne dit avoir "fait le compte" des "interrogations et attentes" des Français avant de se lancer pour "ouvrir un chemin commun".

"J'ai toujours dit que je prendrai ma responsabilité", a-t-elle appuyé.

L'ancienne garde des Sceaux n'a pas fait mention d'une potentielle participation à la Primaire populaire, prévue fin janvier 2022 et qui vise à désigner un candidat unique à la gauche. La date limite de candidature est fixée au 15 janvier.

"Nous saluons la position de Mme Taubira", se sont félicités auprès de l'AFP ses organisateurs, appelant l'ancienne ministre à "participer au vote de la Primaire populaire" et "faire gagner la justice sociale et l'écologie en 2022".

Chez les écologistes, deux lignes différentes ont déjà réagi.

"C’est bien, elle met les pieds dans le plat de l'union", a applaudi Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire écologiste. Là on commence vraiment (...) à voir un gouvernement de gauche, donc allons-y!", s'est-elle réjoui sur RMC.

"J'en ai un peu assez de ces candidatures qui potentiellement s'ajoutent les unes aux autres", a réagi le candidat écologiste Yannick Jadot qui tenait au même moment une conférence de presse.

"On est à quatre mois de l'élection présidentielle, et à gauche et chez les écologistes on n'arrive pas à parler aux Français", a-t-il ajouté, assurant que sa candidature à lui "sera là jusqu'au 10 avril, au 24", dates des premier et second tour de la présidentielle.

Depuis quelques semaines, l'ancienne députée de Guyane avait multiplié les contacts avec les entourages de plusieurs candidats à gauche, faisant espérer une possible candidature pour les partisans d'une "union".

La potentielle candidature de Christiane Taubira divise encore un peu plus le paysage à gauche, à quatre mois du scrutin présidentiel.

Outre l'ancienne garde des Sceaux, sont également susceptibles d'obtenir les 500 parrainages la socialiste Anne Hidalgo, l'écologiste Yannick Jadot, l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, le communiste Fabien Roussel ou encore Arnaud Montebourg (La Remontada), Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (LO).

- Popularité intacte -

Malgré de rares apparitions médiatiques, Christiane Taubira jouit toujours d'une popularité intacte auprès de l'électorat de gauche, issue notamment de son combat pour le mariage pour tous en 2013.

Une étude Odoxa pour L'Obs publiée il y a une semaine a révélé qu'elle est, à gauche de l'échiquier politique, la figure jugée "la plus compétente", "convaincante" et "proche des préoccupations des Français". Devant Anne Hidalgo et Yannick Jadot.

Reste pour l'ancienne députée européenne à transformer les attentes d'une partie de la gauche et convaincre plus largement.

Testée pour la première fois depuis la proposition d’Anne Hidalgo de primaire, Christiane Taubira est créditée de seulement 2% d'intentions de vote au premier tour, selon un sondage OpinionWay - Mieux voter publié mercredi.

Autre épine dans son pied, tout en assurant que les propos des antivax sont "un ramassis d'imbécillités", elle avait refusé fin septembre d'appeler à la vaccination contre le Covid en Guyane, arguant que donner une consigne alors qu'elle ne disposait pas de suffisamment d'"éléments d'information" risquerait de "décrédibiliser" sa "parole forte".

Des propos très critiqués, le ministre de la Santé Olivier Véran évoquant même la "lâcheté" de l'ancienne députée.

Ce n’est pas la première fois que la Guyanaise se lance dans la course à l’Elysée: en 2002, elle avait été candidate sous les couleurs du Parti radical de gauche (PRG), recueillant 2,32% des voix.

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