Présidentielle au Chili: Boric ou Kast, à chacun ses quartiers de Santiago

AFP
<p>Un homme photographie le momunent de la Place d'Italie à Santiago, à moitié repeint en blanc par des partisans du candidat ultralibéral José Antonio Kast, le 17 décembre 2021, à deux jours du premier tour de la présidentielle au Chili</p>

Dans le quartier huppé de Lo Barnechea à Santiago, ses hôtels particuliers et ses magasins de luxe, 51,68% des électeurs ont voté pour le programme ultralibéral de José Antonio Kast lors du premier tour de la présidentielle en novembre.

C'est l'un des deux seuls quartiers, sur les dizaines que compte le grand Santiago, où le candidat d'extrême droite a obtenu la majorité des voix. Dans le pays où 1% de la population possède 26,5% des richesses, le socle de son électorat est pourtant surtout populaire, dans les campagnes du nord et du sud.

Son rival au second tour dimanche, le député de la gauche progressiste Gabriel Boric, a remporté la majorité des circonscriptions électorales de la capitale aux 5 millions d'habitants, en séduisant les classes moyennes à moyennes supérieures, mais sans jamais dépasser la barre des 50%.

A Lo Barnechea, les défenseurs de Kast s'expriment avec véhémence. "L'un des problèmes les plus graves est qu'elle (la gauche) cautionne la violence", lance le chef d'une entreprise de consulting, Sergio Adauy, 52 ans, en référence au soulèvement social de 2019 et aux affrontements avec la police.

Selon lui, "l'incertitude et la peur" risquent de provoquer une fuite des capitaux.

"Je travaille avec de nombreuses personnes aux Etats-Unis ou au Canada... Si Boric gagne, les règles du jeu vont changer" et "les traités sur la base desquels les gens ont investi des capitaux ici ne seront pas respectés", dit-il redouter.

<p>Le candidat ultralibéral à l'élection présidentielle au Chili, José Antonio Kast (D), avec sa femmme lors d'un meeting le 16 décembre 2021 à Santiago</p>

José Antonio Kast est un défenseur du libéralisme installé sous la dictature Pinochet et qui a longtemps fait croire au miracle chilien avant que le pays ne soit classé le plus inégalitaire de l'OCDE.

Pour une autre habitante de Lo Barnechea, Maria-Luisa Galleguillos, enseignante de 53 ans, Kast va aussi "apporter la sécurité".

"Je veux que mes enfants n'aient pas besoin d'aller à l'étranger pour travailler parce que dans leur propre pays ils n'ont pas d'opportunités", dit-elle devant un centre commercial et ses magasins de luxe.

Elle affirme être reconnaissante au régime militaire du général Pinochet (1973-1990) d'avoir fait du Chili un pays riche : "s'il n'y avait pas eu Pinochet... nous serions aujourd'hui comme le Venezuela", lance-t-elle.

"Il y a beaucoup, beaucoup de peur du communisme ici", dit Francisca Olivares, 48 ans, une avocate qui se considère "une exception" à Lo Barnechea pour ne pas avoir soutenu Kast. "Pourquoi ? Parce qu'il y a plus d'argent, donc plus de peur de le perdre", sourit-elle.

- "Place aux jeunes" -

Dans le district 10 de Santiago, où Gabriel Boric a obtenu ses meilleurs scores, la commune de Nuñoa a voté à 39,43% au 1er tour pour la coalition Apruebo dignitad qu'il mène aux côtés du Parti communiste.

Sur la Place Nuñoa, où étaient organisés des rassemblements pacifistes et des pièces de théâtre lors du soulèvement d'octobre 2019, un marché de Noël installe ses stands proprement décorés, à l'opposé des centaines de travailleurs informels qui vendent tout type de produits à même le sol dans tout Santiago.

<p>Le candidat de la gauche progressiste à l'élection présidentielle, Gabriel Boric, lors d'un meeting le 16 décembre 2021 à Santiago</p>

Assis dans l'herbe, un couple d'étudiants s'abrite du soleil sous de grands palmiers. Tous deux ont voté Gabriel Boric dès le 1er tour, "pour ce qu'il représente en termes de droits, d'égalité sociale", dit Karla, 25 ans.

Issue d'une famille qui vote traditionnellement à gauche, elle salue son engagement à revoir "la question des retraites", un système par capitalisation qui offre des pensions minimes en fin de carrière, dont Kast est le seul candidat à vouloir le maintien.

Alvaro, 24 ans, étudiant comme elle en génie civil, qui suit la ligne politique de Gabriel Boric depuis son premier mandat de député en 2014, est attiré autant "pour son positionnement social" que "pour ses propositions économiques".

<p>Des soldats chiliens montent la garde devant un bureau de vote à Santiago, le 17 décembre 2021, à deux jours du premier tour de l'élection présidentielle</p>

Il rejette les discours extrémistes et ne se dit pas "alarmiste" en cas de victoire de l'extrême droite : "le président n'a pas autant de pouvoir que ça pour tout changer dans le pays", estime-t-il.

Agustina Rivas, 61 ans, masque brodé sur le visage, finit sa tournée des stands du marché de Noël et raconte avoir "vécu la dictature" et les "tristes" 30 années de démocratie qui ont suivi et leurs "compromis".

Selon la fonctionnaire du ministère de la Culture, "il y a une régression dans la culture et dans la vie en général. Pour moi, il est fondamental aujourd'hui de proposer quelque chose de différent (...) Il faut laisser la place aux jeunes".

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.