Premier pas du Conseil de sécurité de l'ONU pour aider l'Afghanistan des talibans

Philippe RATER
<p>Le drapeau des Nations unies devant le siège de l'ONU, à New York, le 23 septembre 2019</p>

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi à l'unanimité une résolution proposée par les Etats-Unis qui facilite pendant un an l'aide humanitaire à l'Afghanistan, au bord de l'effondrement économique, en espérant que les talibans n'en tireront pas profit.

La résolution stipule que "le paiement de fonds, d'avoirs financiers" comme "la fourniture de biens et services nécessaires" pour répondre aux "besoins humains fondamentaux en Afghanistan", sont "autorisés" et "ne constituent pas une violation" des sanctions imposées à des personnes et entités liées aux talibans.

L'adoption de ce texte représente un premier pas de l'ONU à l'égard de l'Afghanistan, dirigé depuis août par les talibans dont le régime n'est pas reconnu jusqu'à présent par la communauté internationale.

La résolution de l'ONU est "un bon pas" en avant, a réagi à Kaboul un porte-parole des talibans.

Le texte vise à réduire le risque d'un afflux de réfugiés fuyant la pauvreté dans les pays voisins de l'Afghanistan et à répondre au besoin d'une assistance accrue, comme l'ont relevé les Etats-Unis.

"Cette exception humanitaire vise à faciliter l'aide au peuple afghan, mais ce n'est pas un chèque en blanc pour des organisations qui transgressent leurs obligations internationales", a déclaré l'ambassadeur américain adjoint à l'ONU, Jeffrey DeLaurentis, en allusion aux talibans.

Contrairement à une précédente version du texte qui prévoyait des exemptions aux sanctions limitées à du cas par cas -- recalée lundi par la Chine --, la résolution adoptée couvre la fourniture d'aide humanitaire au sens large.

"La situation actuelle en Afghanistan est critique" et "la crise humanitaire doit être réglée le plus tôt possible", a souligné l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun. "L'aide humanitaire ne doit pas être assortie de conditions et ne doit pas être politisée", a-t-il ajouté, en rejetant toute "condition arbitraire".

Pour tenter de garantir que l'aide ira bien aux Afghans et que les talibans n'en profiteront pas, la résolution prévoit un réexamen de l'exemption générale liée à l'aide humanitaire après douze mois. La Chine a cependant fait savoir qu'elle ne considérait pas que l'autorisation expirait dans un an.

"Cette exemption vise à fournir immédiatement un soutien au peuple afghan qui en a désespérément besoin. Rien de plus", a au contraire martelé l'ambassadrice d'Irlande, Geraldine Byrne Nason, en rappelant que les talibans ne suivent toujours pas les demandes internationales en matière de respect des droits humains.

- "Sauver le peuple afghan" -

Lors des négociations, la France et l'Inde avaient insisté, en vain, pour que la durée de la résolution ne porte que sur six mois, selon des diplomates.

"Si des preuves révèlent que l'exemption fait l'objet d'abus ou que de l'argent parvient à des personnes sanctionnées, il est possible de revenir en arrière", assure à l'AFP un diplomate sous couvert de l'anonymat.

<p>Carte des projections sur l'insécurité alimentaire dans les provinces d'Afghanistan entre novembre 2021 et mars 2022 et localisation des personnes déplacées à l'intérieur du pays</p>

La résolution "encourage fortement les fournisseurs" d'aide humanitaire à "minimiser tout avantage" direct ou obtenu par voie détournée pour les personnes ou les entités visées par des sanctions internationales.

En Afghanistan, les travailleurs humanitaires peuvent être amenés à effectuer des transactions financières avec des ministères dirigés par des personnes sanctionnées et la résolution leur permet de ne pas se retrouver alors en position de violation des sanctions.

Ce texte inclut aussi un contrôle de la destination des aides humanitaires dans les deux mois qui suivent leur distribution, ainsi qu'un rapport onusien sur le fonctionnement de l'assistance tous les six mois.

Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths, a salué l'adoption de cette résolution, qui permettra selon lui aux quelque 160 organisations humanitaires sur place de remédier aux "niveaux alarmants de besoins et de souffrance dans le pays".

Les Etats-Unis ont de leur côté accordé de nouvelles exemptions aux sanctions économiques imposées aux talibans, ce qui doit contribuer à la mise en oeuvre de cette résolution, a annoncé mercredi le département du Trésor.

Ces exemptions, qui doivent permettre d'acheminer de l'aide en Afghanistan, autorisent le paiement de droits, taxes et redevances au gouvernement contrôlé par les talibans, selon un communiqué du Trésor.

Après le retour au pouvoir des talibans mi-août, les Etats-Unis ont gelé près de 9,5 milliards de dollars de la Banque centrale afghane et la Banque mondiale a aussi suspendu ses aides à Kaboul.

Mercredi, la Russie a réclamé à cet égard "un dégel des actifs et ressources financières" bloqués par l'Occident.

Le 10 décembre, la Banque mondiale a annoncé le versement avant fin décembre d'une aide humanitaire de 280 millions de dollars à l'Unicef et au Programme alimentaire mondial, à destination de l'Afghanistan, ces agences onusiennes étant chargées de distribuer ces fonds.

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