La Russie bloque le site d'une influente ONG spécialisée dans le suivi des manifestations

AFP
<p>Arrestation de manifestants lors d'un rassemblement en soutien à l'opposant russe Alexeï Navalny emprisonné, le 3 février 2021 à Moscou</p>

L'ONG russe OVD-Info, qui comptabilise les arrestations lors de manifestations d'opposition dans le pays, a indiqué samedi que son site internet avait été bloqué par le régulateur des médias, dans un contexte marquée par une répression croissante contre l'opposition.

L'organisation, qui fournit également un soutien juridique aux victimes de persécutions politiques, a déclaré que le régulateur des médias Roskomnadzor a bloqué son site internet en début de semaine.

"Pour l'instant, nous n'avons pas été notifiés" de cette décision "et nous ne connaissons pas la raison de notre blocage", a indiqué l'ONG sur Twitter.

Un tribunal de la région de Moscou a rendu une décision datée du 20 décembre pour "limiter" l'accès au site, selon un registre de Roskomnadzor des sites web bloqués.

Samedi, le site d'OVD-Info n'était pas accessible aux journalistes de l'AFP en Russie.

L'ONG a été créée il y a dix ans lors des premières manifestations de masse contre le pouvoir du président Vladimir Poutine.

En septembre, elle a été inscrite au registre du ministère de la Justice des "agents de l'étranger", un label réservé aux organisations considérées comme oeuvrant contre les intérêts russes.

Le classement en tant qu'"agent de l'étranger" oblige les organisations, médias ou personnes concernées à faire connaître ce statut dans toutes leurs publications, y compris sur les réseaux sociaux, et à se plier à de fastidieuses démarches administratives.

Cette désignation, qui rappelle celle d'"ennemi du peuple" du temps de l'URSS, est censée viser ceux qui reçoivent un "financement étranger" et mènent une "activité politique", des termes flous.

OVD-Info a dénoncé cette mesure comme étant "un acte de pression politique".

Samedi, 103 individus ou organes de presse étaient désignés comme des "agents de l'étranger" par le ministère de la Justice, contre 17 en début d'année.

L'année 2021 a été marquée par une répression croissante contre les voix critiques du régime, qui a débuté par l'emprisonnement d'Alexei Navalny, considéré comme le principal opposant au président Poutine.

Revenu en Russie en janvier après une convalescence en Allemagne, Alexeï Navalny avait immédiatement été arrêté puis condamné à une peine de deux ans et demi de prison dans une affaire de fraude qu'il dénonce comme politique.

L'ONG de défense des droits Mémorial, pilier de la société civile, craint pour sa part d'être fermée avant le Nouvel An.

L'organisation est menacée de dissolution par le parquet qui l'accuse d'avoir enfreint une loi controversée sur les "agents de l'étranger".

<p>Un partisan de Memorial devant le tribunal de Moscou où l'ONG russe est accusée de diverses infractions, le 23 décembre 2021</p>

Interrogé jeudi sur la répression de l'opposition russe, Vladimir Poutine a jugé qu'il ne s'agissait pas de museler des détracteurs mais de juguler des opérations d'influence étrangères.

"Je vous rappelle ce que disent nos adversaires depuis des siècles: la Russie ne peut être vaincue, elle ne peut être détruite que de l'intérieur", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Selon lui, c'est ce qui a entrainé la chute de l'URSS il y a 30 ans.

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