Soudan: internet et téléphone coupés avant de nouvelles manifestations

AFP
<p>Manifestation à Khartoum, le 19 décembre 2021 au Soudan</p>

L'internet mobile et les communications téléphoniques sont coupés samedi au Soudan où les forces de sécurité quadrillent Khartoum, alors que les manifestants opposés au pouvoir militaire s'apprêtent à braver de nouveau la violente répression.

Si déjà 48 manifestants ont été tués et des centaines blessés depuis le coup d'Etat de l'homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Burhane, le 25 octobre, la journée de samedi s'annonce encore sous haute tension.

Elle a lieu moins d'une semaine après le troisième anniversaire du lancement de la "révolution" qui en 2019 força l'armée à démettre l'un des siens, le général Omar el-Béchir, destitué après trente années de dictature militaro-islamiste.

Ce jour-là, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles, fait pleuvoir des grenades lacrymogènes sur les centaines de milliers de Soudanais qui défilaient et même recouru, selon l'ONU, à une arme déjà utilisée au Darfour en guerre depuis des années: le viol.

Samedi, les autorités ont ressorti un outil de taille: comme durant près d'un mois après le putsch, elles ont coupé l'internet mobile, privant les militants qui s'organisent régulièrement en ligne de la possibilité de diffuser en direct des images de leurs défilés ou de la répression.

Les communications téléphoniques étaient également impossibles, coupant de fait les Soudanais de l'extérieur, en ce lendemain de veillée de Noël à travers le monde.

- "Attirer l'attention du monde" -

"Nous attirons l'attention du monde et lui demandons de surveiller ce qui va se passer au Soudan au sujet du mouvement révolutionnaire pour la liberté et la démocratie", s'alarme ainsi le syndicat de médecins pro-démocratie qui recense les victimes de la répression depuis 2018.

Cette nouvelle journée de mobilisation est placée sous les slogans "Pas de négociation" avec l'armée et "Les militaires à la caserne".

Les ponts vers les banlieues sont désormais barrés par d'immenses containers déposés par des grues des forces de sécurité, de même que les principales artères du centre-ville où se trouvent le QG de l'armée mais aussi le palais présidentiel, vers lequel les manifestants prévoient de converger car c'est désormais là que siègent les autorités de transition dirigées par le général Burhane.

<p>Le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok, le 21 novembre 2021 à Khartoum</p>

Dès vendredi, le gouvernorat de Khartoum a prévenu: les forces de sécurité "s'occuperont de ceux qui contreviennent à la loi et créent le chaos".

Dans son communiqué, il avertit que "s'approcher ou s'en prendre à des bâtiments de souveraineté stratégique est puni par la loi", alors qu'à chaque manifestation, les premiers barrages de grenades lacrymogènes ou de balles réelles ont eu lieu devant le Parlement, le palais présidentiel ou le QG de l'armée.

En apparence, après son putsch dénoncé par le monde entier ou presque, le général Burhane a rétabli le Premier ministre civil Abdallah Hamdok, mais le Soudan n'a toujours aucun gouvernement, condition sine qua non à la reprise de l'aide internationale, vitale pour ce pays, l'un des plus pauvres au monde.

En outre, il promet les premières élections libres depuis des décennies en juillet 2023, sans convaincre les partisans d'un pouvoir uniquement civil dans le pays, sous la férule de l'armée quasiment sans interruption en 65 ans d'indépendance.

- Prochain rendez-vous le 30 -

Ils ont ainsi déjà annoncé qu'après samedi, ils manifesteraient de nouveau le 30 décembre.

Car si les partisans d'un pouvoir uniquement civil ont accepté de travailler avec l'armée en 2019 à redresser le pays, englué dans le marasme politique et une inflation à plus de 300%, ils entendaient mettre un terme à ce partenariat prochainement.

Avec leur coup d'Etat et l'accord politique qui a suivi avec M. Hamdok désormais qualifié de "traître" par la rue, les militaires ont imposé la prorogation pour deux ans du mandat du général Burhane à la tête de facto du pays.

Face à eux, les civils ne parviennent pas jusqu'ici à présenter un plan d'action unifié, ne cessent de répéter les diplomates qui les rencontrent régulièrement.

Dimanche dernier malgré tout, les anti-putsch ont franchi un palier symbolique important: en soirée, aux portes du palais présidentiel, ils avaient annoncé un "sit-in illimité", le mode opératoire de la "révolution" de 2019 qui, au terme de plusieurs mois de sit-in, avait renversé Béchir.

En quelques heures à peine, les forces de sécurité étaient parvenues à disperser les milliers de protestataires à coups de bâtons.

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.