Hong Kong: le média pro-démocratie Stand News ferme après une vague d'arrestations

Holmes CHAN
<p>Le rédacteur en chef de Stand News, Patrick Lam, est conduit menotté dans le siège de son média au cours d'une perquisition, le 29 décembre 2021 à Hong Kong</p>

Le média pro-démocratie en ligne hongkongais Stand News a annoncé mercredi sa fermeture après avoir été visé par une série de perquisitions et sept arrestations pour "publication séditieuse", dernier épisode en date de la répression exercée sur la presse locale par les autorités pro-Pékin.

Ce coup de filet survient alors que la communauté internationale s'inquiète de l'implacable reprise en main menée à Hong Kong depuis les manifestations pro-démocratie de 2019. Le Comité pour la protection des journalistes a dénoncé "une attaque ouverte contre la liberté de la presse déjà en lambeaux à Hong Kong".

Le chef de la police de sécurité nationale de Hong Kong, Steve Li, a déclaré que Stand News était accusé d'avoir publié des articles et billets de blog "séditieux" entre juillet 2020 et novembre 2021.

"Ils ont décrit des manifestants à Hong Kong comme 'portés disparus' ou 'violés'... Ce sont des allégations malfaisantes sans aucune base factuelle", a dit M. Li lors d'une conférence de presse.

Mercredi à la mi-journée, la police de sécurité nationale a été vue en train de sortir des cartons de Stand News. M. Li a affirmé que des ordinateurs, des téléphones, des documents et 500.000 dollars de Hong Kong (56.856 euros) en espèces ont été saisis.

Les autorités ont gelé 61 millions de HKD d'avoirs appartenant à Stand News, a ajouté le responsable de la police.

Plus de 200 agents ont mené des perquisitions mercredi au siège de Stand News et aux domiciles de plusieurs employés du média. La police a précisé avoir été autorisée par un tribunal à "chercher et saisir du matériel journalistique d'intérêt".

Un journaliste de l'AFP a vu le rédacteur en chef de la publication, Patrick Lam, être conduit menotté à l'intérieur des bureaux de Stand News.

- Autres arrestations? -

Selon les médias locaux, la police a également arrêté l'ex-rédacteur en chef Chung Pui-kuen, ainsi que quatre anciens membres du conseil d'administration qui avaient démissionné en juin.

Parmi ces derniers figurent la star de la pop cantonaise Denise Ho, l'avocate et ancienne membre du Conseil législatif de Hong Kong Margaret Ng ainsi que l'ex-journaliste de l'Apple Daily Chan Pui-man, également épouse de M. Chung.

M. Li n'a pas exclu d'autres arrestations, expliquant que certaines personnes ne se trouvant pas sur le territoire hongkongais sont sur une liste de personnes recherchées.

Le rédacteur en chef adjoint de Stand News, Ronson Chan, également président de l'Association des journalistes de Hong Kong, a dit que son domicile avait été fouillé et que la police avait saisi chez lui du matériel informatique. Mais il n'a pas été arrêté.

"A cause de la situation actuelle, Stand News va cesser son activité immédiatement, et arrêtera d'actualiser son site et tous ses réseaux sociaux", a annoncé la publication sur sa page Facebook.

Stand News a également indiqué que tout son personnel avait été licencié, que son rédacteur en chef Patrick Lam avait démissionné, et que le site serait mis hors-ligne prochainement.

<p>Des agents du département de sécurité nationale de la police de Hong Kong assistent à la perquisition au siège de Stand News, le 29 décembre 2021 à Hong Kong</p>

"Stand News était éditorialement indépendant, et se consacrait à protéger les valeurs fondamentales de Hong Kong comme la démocratie, les droits humains, la liberté, l'Etat de droit et la justice", a poursuivi le média, créé en 2014 et nominé en novembre pour le Prix de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

- Deuxième média visé -

Pendant les manifestations de 2019, plusieurs journalistes de Stand News avaient eu maille à partir avec la police.

<p>Des journalistes se massent devant la porte du siège de Stand News pendant une perquisition, le 29 décembre 2021 à Hong Kong</p>

Dans un épisode resté célèbre, une reporter du média avait filmé en direct l'attaque ultraviolente menée par un groupe d'individus masqués contre des manifestants pro-démocratie dans une station de métro, et avait continué à filmer alors même que les assaillants s'en prenaient à elle.

Stand News était la cible ces derniers mois de vives critiques des autorités. Le responsable de la sécurité de Hong Kong, Chris Tang, l'avait récemment accusé de publier des informations "biaisées, diffamatoires et diabolisées" sur les prisons de la ville.

Il s'agit de la deuxième entreprise de presse locale à se retrouver dans le collimateur des autorités.

En juin, le journal pro-démocratie Apple Daily avait fermé après le gel de ses actifs et l'arrestation de ses principaux dirigeants en vertu d'une nouvelle loi drastique sur la sécurité nationale imposée par Pékin en juillet 2020.

<p>Des policiers emmènent du matériel saisi pendant une perquisition au siège de Stand News, le 29 décembre 2021 à Hong Kong</p>

Plusieurs opposants hongkongais ayant fui à l'étranger ont condamné les arrestations de mercredi.

"Le Parti communiste chinois continue à poursuivre les journalistes et les médias qui osent le contredire et dire la vérité. Les arrestations de Denise Ho et de Maraget Ng en sont de parfaits exemples", a tweeté l'opposant Nathan Law, en exil au Royaume-Uni.

"Stand News représente un des derniers vestiges du journalisme indépendant à Hong Kong et nous ne sommes pas sûrs qu'il puisse survivre à cette répression", a estimé pour sa part Brian Leung, représentant du mouvement basé aux Etats-Unis Hong Kong Democracy Council.

L'Association des journalistes de Hong Kong et le Foreign Correspondent Club, qui représentent respectivement les journalistes locaux et étrangers, se sont déclarés "profondément préoccupés".

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