Kazakhstan: les manifestants prennent d'assaut la mairie d'Almaty

Abduaziz MADYAROV
<p>Des policiers anti-émeute patrouillent alors que des manifestations antigouvernementales se déroulent à Almaty au Kazakhstan, le 5 janvier 2022</p>

Les manifestants au Kazakhstan ont pénétré mercredi dans le principal bâtiment de l'administration d'Almaty, capitale économique de ce pays en proie à des troubles sans précédent après une hausse des prix du gaz.

Débuté dimanche dans une ville de province, le mouvement de colère s'est étendu à Almaty, la plus grande ville du pays, dans la nuit de mardi à mercredi, lorsque près de 5.000 personnes ont été dispersées par la police à coup de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène.

Mercredi après-midi, un groupe de plusieurs milliers de manifestants a pris d'assaut le bâtiment de l'administration de la ville, parvenant à pénétrer à l'intérieur malgré les tirs de grenades et de gaz de la police, selon un journaliste de l'AFP.

Des hommes en uniforme de police ont été aperçus déposant leurs bouclier et leurs casques en une pile pour embrasser les protestataires. "Ils passent de notre côté!", a lancé une femme en enlaçant un autre manifestant.

Cette crise est la plus grande menace à ce jour pour le régime mis en place par l'ancien président Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé cette ex-république soviétique jusqu'en 2019, mais qui conserve une grande influence.

Dans un effort pour juguler la crise, le président actuel Kassym-Jomart Tokaïev a limogé le gouvernement et décrété l'état d'urgence dans plusieurs régions dont Almaty et la capitale, Nur-Sultan, récemment rebaptisée ainsi en l'honneur de M. Nazarbaïev.

Un couvre-feu nocturne y sera en vigueur de 23H00 à 07H00 locales.

- Crise gazière -

Les manifestations de protestation sont rares au Kazakhstan, pays autoritaire où les rassemblements doivent recevoir l'autorisation préalable des autorités.

Après celles de la nuit de mardi à mercredi, le ministère de l'Intérieur a rapporté l'arrestation de plus de 200 manifestants, accusés d'avoir "violé l'ordre public" en bloquant les routes et en attaquant des véhicules.

Le président Tokaïev s'est pour sa part adressé à la population dans une vidéo diffusée sur Facebook en appelant au retour au calme.

<p>Carte du Kazakhstan localisant les villes où ont eu lieu d'importantes manifestations lors des derniers jours</p>

"Nous n'avons pas besoin de conflit", a-t-il dit après avoir mis en garde les protestataires dans une précédente adresse contre toute "provocation".

Le mouvement de colère a débuté dimanche après une hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL), dans la ville de Janaozen, dans l'Ouest du pays, avant de s'étendre à la grande ville régionale d'Aktau, sur les bords de la mer Caspienne, puis à Almaty.

Le gouvernement avait dans un premier temps tenté de calmer, sans succès, les protestataires en concédant une réduction du prix du GNL, le fixant à 50 tenges (0,1 euro) le litre dans la région, contre 120 au début de l'année.

La hausse des prix du gaz est perçue par la population comme injuste au vu des vastes ressources gazières et pétrolières du Kazakhstan.

- "Le vieillard dehors!" -

<p>Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev lors d'un sommet de la CEI à Strelna, en Russie, le 28 décembre 2021</p>

A Almaty, des journalistes de l'AFP ont vu la police disperser dans la nuit de mardi à mercredi une foule de 5.000 personnes à coups de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène.

Les protestataires scandaient des slogans anti-gouvernementaux comme "Gouvernement démission!" et "Le vieillard dehors!", en référence à l'ancien président Noursoultan Nazarbaïev.

Les messageries populaires WhatsApp, Telegram et Signal étaient indisponibles mercredi au Kazakhstan, tandis que les sites de deux médias indépendants semblaient bloqués.

La télévision a par ailleurs rapporté mercredi l'arrestation du directeur d'une usine de traitement de gaz et d'un autre responsable dans la région de Mangystau, où se trouve Janaozen.

Ils sont accusés d'avoir "augmenté le prix du gaz sans raison", ce qui a "entraîné des protestations massives dans tout le pays", selon cette source.

<p>Manifestation anti-gouvernementale à Almaty le 4 janvier 2022</p>

Le Khazakstan, première économie d'Asie centrale habituée par le passé à des taux de croissance à deux chiffres, souffre de la baisse des prix du pétrole et de la crise économique en Russie, qui a mené à la dévaluation du tenge kazakh et une forte inflation.

La région de Mangystau dépend du GNL comme principale source de carburant pour les voitures et toute augmentation de son prix entraîne celle des produits alimentaires, déjà à la hausse depuis le début de la pandémie de coronavirus.

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